‹ La bataille romantiqueChapitre 15 sur 139 · La Cousine Betle · texte numérisé non relu

La Cousine Betle

mettent leur gloire à ne rien ignorer des adresses de la spéculation‘. Et n'oublions pas que le Saint-Simonisme est tout ensemble une secte religieuse et une société d’études industrielles. Il semblerait que le monde se soit transformé, et les mémorialistes s’étonnent et s'indignent. À vrai dire, il y a là quelque naïveté de leur part. Ce qui est nouveau, ce n’est pas l'attrait de l’or, c’est sa valeur sociale, son prestige, la dignité qu'il confère. La classe riche s'impose. L’orgueil de la fortune ne le cède plus à l’orgueil du nom.

Il n’est qu’une noblesse véritable : celle que l’on gagne par son effort personnel, en s’élevant de la petite boutique paternelle aux bureaux somptueux des hautes entreprises commerciales. Les épaulettes de la garde nationale, les bals de la cour, la Chambre, le ministère, il n'est rien à quoi ne puisse prétendre le bourgeois enrichi dans la parfumerie ou les bonnets de coton. Comment ne perdrait-il pas un peu de son bon sens, — et de son cœur?

Les caricaturistes s'égayent à ses dépens, c'est un inépuisable sujet de plaisanteries. Mais la caricature s'en tient aux ridicules extérieurs; elle ne voit pas au fond des âmes, qui se corrompent. Célestin Crevel, bourgeois de 1830, ne ressemble pas à César Birotteau, bourgeois de 1820. Celui-ci s’enorgueillissait à son rang,

1. Voy. D’ Véron, Mémoires d’un bourgeois de Paris, t. V, p. 316; — H. Heine, De la France, Paris, Renduel, 1833, ch. vin, p. 193 (article du 27 mai 1832).

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parmi ses commis, entouré de sa femme et de ses enfants : touchant tableau des vertus domestiques!... Son successeur au comptoir de la Reine des roses se soucie peu de la famille et de la vertu. Il est fier de son pouvoir. actuel, bien plus que des mérites qui l'ont aidé à le conquérir. Il ne conçoit pas qu'il puisse exister une hiérarchie, où ne lui soit pas réservée une place éminente. Il ne croit qu'à lui-même, à ses appétits et à la certitude qu'il a de les satisfaire par son argent. Le D' Bianchon le constate avec mélancolie : « L'argent autrefois n’était pas tout, on admettait des supériorités qui le primaient. Il y avait la noblesse, le talent, les services rendus à l’état; mais aujourd'hui, la loi fait de l'argent un étalon général!. »

Tout le sérieux de la vie a pour objet de l’acquérir. La suprême distinction est de le bien dépenser. Dans cette société nouvelle, c’est par les folies du luxe que les jeunes gens avides d'élégance peuvent se détacher de la médiocrité commune. Leur intelligence n’a pas d'autre emploi.

Après les journées de Juillet, toute une portion de la jeunesse, et non la moins active, se trouve écartée — ne füt-ce que par fidélité à la monarchie déchue — des fonctions publiques. Certains s'offrent pour chefs à la démocratie et, sans transition, passent d’un traditionalisime absolu aux idées républicaines les plus

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