‹ La bataille romantiqueChapitre 17 sur 139 · Comtesse Dash, Mémoires des autres · texte numérisé non relu

Comtesse Dash, Mémoires des autres

3. Mémoires d’Alton Shée; — du vicomte d’Aulnis. — Jacques Boulanger, Les Dandys, Paris, Ollendorf, r907.

s’encanailler ainsi. Mais elle n’en conserve pas moins, dans ses pires folies, un souci d'élégance. Jamais la mode n’eut plus d’empire. Les triomphes du comte d'Orsay ont fait tourner toutes les têtes et, même dans son exil de Caen, Brummel vieilli, luttant contre la misère, demeure toujours « l’inimitable ».

En 1829, E. Ronteix a publié le Manuel du Fashionable'. C’est un art très compliqué. Il y faut, avec un grand air de nonchalance, une extrême attention. Il n’est pas de travailleur dont l'existence soit réglée d’une façon plus minutieuse que celle du dandy. Pour chaque heure de la journée, un code mystérieux fixe la tenue décente, l’attitude à avoir, les lieux où il convient de se montrer. Un manquement à la discipline mondaine, une faute de goût, une négligence, et l’on serait perdu de réputation. Mais aussi, quelle gloire d'avoir sa place au café de Paris, d'entrer au Petit Cercle ou, quelques années plus tard, au Jockey Club, d'être de ceux dont le nom est illustre entre la rue Grange-Batelière et la Chaussée d’Antin!

Ici encore, la naissance n'est pas l'essentiel. Le grand-père de Brummel était confiseur ! Dans les rangs de la jeunesse dorée, il en est plus d’un qui dévore brillamment une fortune gagnée sans élégance en quelque boutique : on oubliera très vite, et volontiers,

1. Manuel du Fashionable ou Guide de l’élégant, par Eugène R...x, Paris, Audot, 1829.

que la mère de Lucien de Rubempré gardait les femmes en couches’... [l n’y a pas si loin qu'on croirait de ces élégants à Joseph Prudhomme. Ce sont les deux aspects d’une société : le prestige du commerce et le culte de la mode, l’apothéose de la Bourse et le règne du Boulevard.

Les écrivains de la jeune génération s'adaptent aisément à ce milieu social. Ils voient à leur portée des jouissances immédiates et un pouvoir nouveau : il suffit de se défaire de certains scrupules encombrants. L'artiste ne peut plus être un servant de l'idéal ; il doit entrer dans la vie, se mêler à la lutte, conquérir sa royauté, à moins qu'il ne lui plaise, dandy de la poésie, d’affecter une attitude de détachement et d'ennui. Mais, de toute façon, l’ingénuité du cœur, les enthousiasmes naïfs, les pures extases, tout cela est passé de mode. Pour la grande majorité de ceux qui tiennent une plume, l’art est un métier ou un instrument de plaisir. Le jeune poète arrivé de sa province, riche de ses rêves, son manuscrit à la main, a vite fait de perdre ses illusions. Il n’écrirait plus de ces lettres que l'enthousiasme arrachaïit à Turquéty ou à Victor Pavie, aux environs de 1827. Il n'entend parler que des « réalités du métier », de la « puissance de la réclame », des « difficultés de la librairie? »... Le temps

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