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n'est plus où un libraire pouvait être conquis par la lecture des vers d’un inconnu. En 1831, Ladvocat, l'éditeur de Hugo, de Casimir Delavigne et de Byron, est réduit à la misère’. L’effort collectif que s’imposent, pour venir à son aide, les écrivains dont il fut l’ami, ce Livre des cent un où figurent tant de noms glorieux est comme un dernier hommage au représentant d’une race éteinte.
« Mon affaire, déclare le Dauriat des /l{lusions perdues, mon affaire n’est pas de procéder au dépouillement des élucubrations de ceux d’entre vous qui se mettent littérateurs, quand ils ne peuvent être ni capitalistes, ni bottiers, ni caporaux, ni domestiques, ni administrateurs, ni huissiers! On n'entre ici qu'avec une réputation faite. Devenez célèbre et vous y trouverez des flots d'or... Je ne suis pas ici pour être le marchepied des gloires à venir, mais pour gagner de l’argent et pour en donner aux hommes célèbres. Le manuscrit que j'achète cent mille francs est moins cher que celui dont l’auteur inconnu me demande six cents francs... [l peut y avoir dans le monde des poètes immortels, j'en connais de roses et de frais qui ne se font pas encore la barbe; mais en librairie, jeune homme, il n'y a que quatre poètes : Béranger, Casimir Delavigne, Lamartine, Victor Hugo ;
1. Voy. J. Janin, Histoire d'un libraire, dans Crilique, portraits el caractères.
car Canalis!... c’est un poète fait à coups d’articles'... »
Des dispensateurs de gloire, encore, les directeurs de grandes revues, l’ancien correcteur d'imprimerie . François Buloz, propriétaire en 1831 de la Revue des Deux Mondes, — le carabin L. Véron, inventeur d’une pâte pectorale, fondateur de la Revue de Paris en 1829, directeur de l'Opéra en 18371, une des gloires les plus éclatantes du Café de Paris, — Victor Bohain, le boiteux fertile en ressources, directeur du Figaro, millionnaire et préfet de la Charente en 1830, complètement ruiné et démissionnaire un an plus tard, auteur dramatique, créateur du journal L'Europe litléraire et aussi du Château des fleurs (Concert, bal et promenade), jamais à court d’inventions, capable de toutes les besognes, d’une activité et d'un entrain prodigieuxa
En ces aventuriers de lettres, à la fois industriels, spéculateurs, artistes, hommes du monde et cabotins, une société se révèle. Tous, d’ailleurs, avec leurs aptitudes diverses, conçoivent de même leur rôle et leurs devoirs de directeurs de revues. Il ne s’agit plus, comme autrefois, de défendre les idées ou l'esthétique d’un parti, mais de réunir, grâce à un ingénieux éclectisme, le plus grand nombre possible de souscripteurs, d'exploiter commercialement les renom-
1. Balzac, Les Illusions perdues, I, Un grand homme de province à Paris.