Voy. Philibert Audebrand, Petits mémoires du XIX° siècle
mées établies, de créer de la gloire, pour la monnayer. Aucune unité de programme ou de méthode : tout parti pris a pour effet d'écarter une classe de lecteurs. — « Nos doctrines », proclamait fièrement la Muse française. Et le Globe aussi avait une doctrine, et même le Mercure du XIX* siècle, et les Débats : une doctrine, ou au moins des idées directrices. La Revue de Paris n'en a pas. Sa nouveauté est de n’en pas avoir; chacun y trouvera nourriture à son goût. Elle n'est pas un groupement, uné armée; elle est une entreprise industrielle.
La chasse aux rédacteurs, la chasse aux abonnés, tout est là. Véron est très fier de l'adresse qu'il déploie à ce double exercice : « Le croira-t-on, je regardai comme une première condition de succès d’un recueil littéraire d’avoir au moins deux chevaux dans mon écurie, pour visiter le matin les gens de lettres, comme les agents de change visitent les banquiers. Je courais après l'esprit, après le talent, après le savoir de nos écrivains, comme les gens d’affaires courent après le bien d'autrui. Pour le dire en passant, c'est de la Revue de Paris, c'est de mon premier cheval et de mon premier harnais que datent mes premiers envieux et mes premiers ennemis, si toutefois j'ai l'honneur d’avoir des envieux et des ennemis*. »
Il conte ses campagnes de directeur, dit ses efforts,