Mémoires d'un bourgeois de Paris, t. I, p
ses inquiétudes et son orgueil — après tout légitime — que le hasard, plusieurs fois, lui ait permis de faire connaître de menus chefs-d'œuvre : « J’ai passé dans ma vie par des émotions bien diverses; j'ai subi les émotions pleines d’anxiété du médecin près du lit d'un mourant; j'ai subi les émotions fiévreuses d'un directeur de théâtre dans l'embarras; j'ai subi les sérieuses et graves émotions de la politique dans des temps de crises et de dangers; j'ai subi les émotions aussi, non moins vives, d’un directeur de journal littéraire manquant de copie. Dans toutes les situations sociales, il y a debons et de tristes jours, mais la mauvaise fortune est souvent suivie de chances heureuses et inattendues. Comme directeur de la Revue de Paris, j'attendais souvent des mois entiers des articles qui ne m'arrivaient jamais, et, plus d’une fois, on m'’apporta des petits chefs-d’œuvre sur lesquels je ne comptais pas : une nouvelle de Mérimée, le: Vase Étrusque, la Curée d’Auguste Barbier. Pour un médecin, pour un directeur de journal, pour un directeur de théâtre, comme pour un général d'armée, la première qualité et le premier mérite, au point de vue de la pratique des affaires et du succès, c’est d’être heureux‘. » Il est naturel que, parmi les collaborateurs de la Revue de Paris, ses plus vives sympathies aillent à Eugène Scribe, bon commerçant comme lui.