Monselet, Sialues et statueltes
4. Voy. ses lettres à Havet, sa campagne de critique théâtrale (Œuvres posthumes, publ. par E. Havet, Paris, Charpentier, 1837-78).
La révolution de 1830 avait assuré le triomphe de la bourgeoisie. La bourgeoisie triomphante voulut un art à sa mesure : vulgaire, prudent, soucieux de la morale et des principes, sachant à l’occasion faire verser de douces larmes et dispensateur d’une saine gaité, — un art surtout qui n’eût pas de prétentions extravagantes et qui restàt dans son rôle naturel, distraire l’honnèête citoyen et le reposer de plus graves soucis.
D'ailleurs, cette clientèle était facile à satisfaire ; elle avait ses articles préférés : le comique de Paul de Kock, quelques romans pleurards, le théâtre de Scribe ou d’Ancelot. Les plus raffinés se haussaient aux élégances de Casimir Delavigne. Pour les imaginations ardentes, ces bons mélodrames où la vertu court, sans dommage, tant de périls. Après boire, quelques chansons de Béranger.
Quant au désordre romañtique, une société bien organisée ne saurait s’en accommoder... Or il semble, sous la placide monarchie de Louis-Philippe, que ce
désordre gagne tous les jours. Le temps est loin, où il suffisait aux novateurs de bouleverser les principes de l'esthétique. Ils ont maintenant d’autres audaces. Comme dira Joseph Prudhomme, ils sapent les bases mêmes de l’ordre social. La littérature, proclament-ils, n'a pas affaire de prêcher la vertu ; et, pour le prouver, ils prêchent tout le contraire. Seules, les difformités morales sont matière d'art, le reste n’est que fadeur et banalité : extension déplorable de la vieille formule, le beau c’est le laid.
L’anarchie est contagieuse. Les prosateurs ont suivi les poètes, les manœuvres de la littérature renchérissent sur les artistes véritables. « Le lecteur ne se prend qu’à un hameçon amorcé d’un petit cadavre déjà bleuissant'... » On lui tend des cadavres, et pis encore. Assassinats, scènes de débauche et de prostitution, incesles, viols... les romanciers ne reculent devant rien. Ils offrent, du cœur humain et de la vie, l’image la plus repoussante. Le roman moderne rivalise d’immoralité avec le roman historique, le roman fashionable avec le roman populaire. Et Népomucène Lemercier, enfin dégoûté du théâtre, a créé le roman physiologique*.
1, Th. Gautier. Préface de Mademoiselle de Maupin.
2. Alminti ou le mariage sacrilège, roman physiologique. Paris, Dupuy, 1834. — « Quand on pense à l’âge respectable de l’auteur et à sa dignité d’académicien, proteste la Revue de Paris (t. LVIT,
p. 201), on a quelque peine à comprendre que M. Lemercier ait osé apostiller un pareil livre de son nom et de ses titres. » Lemer-