‹ La bataille romantiqueChapitre 28 sur 139 · D ET · texte numérisé non relu

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Les journalistes honnêtes se lamentent. Je ne parle pas des feuilles littéraires seulement ou de celles qui, par principe, restent attachées au passé. L’attitude du Constitutionnel est à noter. Organe de la bourgeoisie moyenne, fier de ses 22.000 abonnés, il s’est arrogé comme une sorte de magistrature censoriale. Libéral arrivé et assagi, il a quelques écarts de jeunesse à faire oublier et son austérité récente doit être sans faiblesse : le libéralisme et la jeune école ayant mené quelque temps le même combat, il est nécessaire de rompre avec éclat une solidarité compromettante.

Au lendemain d'Hernani, il a souligné l’exlravagance des prélendus réformateurs. C’est de ses bureaux qu'est sortie, quatre ans plus tard, la pétition réclamant l’interdiction d'Antony sur la scène du Théâtre-Français!. Le 31 mai 1834, un nouveau scandale le force à intervenir encore. Défenseur de la vertu, il se dresse contre la France lilléraire de Charles Malo pour lui reprocher ses complaisances coupables ; elle a commis le crime d'accueillir l’article de Th. Gautier sur Villon : les

cier pourtant avait prodigué les tirades vertueuses ; mais le sujet était difficile à admettre. — Voy. encore M. Masson, les Intimes (1831), F. Soulié, les Deux cadavres (1832); À. Pommier, la Pile de Volla; Arnould Fremy, les Deux anges (1833); Siméon Chaumier, la Tavernière de la cilé (1835), l’Hôlel de Pétau-diable (1836); A. Houssaye, Une pécheresse (1837)...

1. Article de Jay. La reprise annoncée pour le 28 avril 1834, à l'occasion des débuts de Marie Dorval, fut interdite au dernier moment par Thiers. Voy. A. Dumas, Mémoires; article de Janin aux Débals du 5 mai 183/.

vers du poète-cueux et les commentaires de son admirateur, double attentat aux principes essentiels. La polémique est menée d'un tel ton qu'elle conduit les adversaires devant les tribunaux ; et ilest inutile d’ sg ter que le Conslilulionnel a gain de cause.

Pourtant, la France lilléraire avait donné des gages ; elle avait flétri les immoralités à la mode? et c’est un de ses rédacteurs qui avait trouvé la formule à grand effet : « Pour sauver l’art, fermez les théâtres !* »

A son tour, la presse étrangère entre en ligne : l’occasion est bonne de souligner — déjà! — la légèreté française. L’Edinburgh review“ s'attaque à nos romanciers et la Quarterly review à nos dramaturges. Je choisis quelques phrases : « Littérature qui ne s’abreuve point aux sources pures et durables d’une conviction intérieure et s'applique à fouiller les dégoütants mystères de la morgue, de la salpêtrière ou de la place de Grève... » — « La bâtardise, la séduction, le viol, l’adultère, l’inceste comme motifs, le poignard, le poi-

1. Procès du 18 juin, 2 et 9 juillet. — France liléraire, t. XI, D:492;

2. Article d'A. Desessarts, t. IL, p. 193 : « Littérature galvanique et convulsionnaire. Des titres hideux blessent nos regards, des drames rouges de meurtres et sentant la taverne se trainent sur nos théâtres... »

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