‹ La bataille romantiqueChapitre 44 sur 139 · G. Planche, Portraits liltéraires · texte numérisé non relu

G. Planche, Portraits liltéraires

ou romans, traînent après elles une double suite de parodies et de mélodrames, témoignage de leur succès. Francis [Fr. Cornu] met au théâtre /ndiana et Valenline de G. Sand, celle-ci en collaboration avec Pixerécourt. Six mois après Lucrèce Borgia et sur la même scène, la Chambre ardente des vaudevillistes Bayard et Mélesville se contente de transposer le même sujet dans un milieu différent (4 août 1833). La même année, Merville et Tournemine empruntent leur Louis XIII au Cing-Mars de Vigny; Ch. Desnoyers et H. Rimbaut donnent Deux fous et un Roi, précédé, en guise de prologue, du Château de Saint-Vallier, au théâtre du Panthéon.

A défaut d’adaptations, ce sont de larges emprunts, lambeaux ramassés de toutes parts et cousus de gros fil. Dégagé de toute préoccupation littéraire ou historique et de tout souci d'art, le mélodrame n'en est que plus à l’aise pour chercher les effets scéniques et exploiter Les situations que le romantisme a fait accepter. Son répértoire qui commençait à s’user un peu trouve ici des ressources, — une précieuse collection de monstruosités : enipoisonnements, viols, meurtres, duels, trahisons, vengeances raffinées, amours infâmes ; et personne, avec lui, ne songe à s’indigner au nom de la morale ou de la probité littéraire. De par sa médiocrité, il a tous les droits.

Son domaine s'élargit : l'Espagne de l’Inquisition, la Venise du Conseil des Dix, la France des guerres

de religion, toutes les époques de vie fastueuse et brutale. Son personnel se renouvelle : le roi débauché, l'assassin par devoir, le bandit chevaleresque, la courtisane ennoblie par l'amour maternel (/a Vénilienne), tous les pantins à contrastes... Pixerécourt ne se retrouve plus chez ses hériliers, il ne reconnaît pas cette moralité rigide qui faisait du mélodrame une école de vertu, il maudit l'influence néfaste des romantiques; il s’indigne, mais il est seul à s’indigner.

Ici, comme partout, les barrières des genres se sont effondrées. Le drame romantique et le mélodrame le plus vulgaire alternent sur les affiches des mêmes théâtres, joués par les mêmes acteurs. D’Angelo à la Vénilienne, il n'y a pas différence de genres, mais différence de talents. À. Dumas collabore aux drames d’Anicet Bourgeois qui le traite en égal. Augustus Mac Keat va redevenir Auguste Maquet. Bouchardy, un des fanatiques du cénacle, un des bruyants défenseurs d’Hernani, charpente des intrigues à l’usage de « ceux qui ne savent pas lire », et Robert Macaire marque le triomphe d'une sorte de romantisme populaire et crapuleux.

Cette œuvre, qui doit rester légendaire, a eu une destinée curieuse. Sous sa première forme, elle remonte à 1823 : l'Auberge des Adrels de Benjamin [Antier|, Saint-Amand [Armand Lacoste] et Paulyanthe | Alexandre Chapponier'|. C’est un mélodrame quelconque, à

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