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violent, pour l’opposer aux œuvres qu'elle joue. Il a découvert que les tragédies les plus médiocres — l’Ariane de Thomas Corneille — lui valent peut-être ses succès les plus nets, et il se hâte de conclure: « C’est donc l'actrice et non la pièce qui attire la foule et, si elle attire la foule, c'est que sa manière est précisément l'opposé de la manière classique'. »
Peu importe la qualité des vers qui passent par sa bouche. « Elle fut plutôt une mime tragique qu’une tragédienne », écrit-il encore en 1858?; façon ingénieuse d'éliminer à peu près Racine et Corneille de leurs tragédies, de leur refuser toute part aux applaudissements qui s'adressent à leur interprète. Là est sa grande préoccupation. Même dans cet article chronologique, sa rancune n’a pas désarmé : « Seule, elle a fait vivre, pendant dix-huit ans, une forme morte, non pas en la rajeunissant, comme on pourrait le croire, mais en la rendant antique, de surannée qu'elle était peut-être... » Ce peut-être n'est-il pas charmant? Et enfin, voici le grief nettement exprimé : « En ressuscitant la vieille tragédie morte, elle enraya le grand mouvement romantique qui eùüt peut-être doté la France d’une forme nouvelle de drame. Elle rejeta aux scènes inférieures plus d’un talent découragé. » On croirait presque entendre parler Vacquerie*.
1. Art. dram. — Cf. III, 44, 2. Article du Moniteur, 11 janvier 1858 (Portraits contemporains). 3. Mais Vacquerie est encore plus catégorique : « M! Rachel
Le succès de Rachel ne pouvait enrayer un mourvement qui s'était enrayé de lui-même; il eut pour effet cependant de ranimer les polémiques apaisées.
Toujours à l’affüt de l’actualité, les feuilletonistes se réveillent'... Mais ce qui importe, ce n’est pas le témoignage de quelques sots. IL y a des symptômes plus graves. Dans les colonnes de l’Arliste que l’on ne saurait accuser de malveillance, Chaudesaigues se lance contre la littérature nouvelle en une charge furieuse*. Rien ne trouve grâce devant lui et, s’il évite les personnalités injurieuses, il désigne les œuvres. Tout est corruption dans ce lyrisme qui ne s'est pas dégagé d’un individualisme stérile, dans le roman toujours en quête de monstruosités, dans l’art dramatique surtout qui s’est contenté de proclamer, « à grand bruit de préfaces, l’avènement du laid idéal! Belle trouvaille et qui aboutit à encombrer nos théà-
ne joue pas dans les drames discutés, elle joue les tragédies consacrées. C’est un talent lâche. Elle a besoin d’être rassurée contre ses rôles. Elle a besoin qu'ils soient connus et aimés du public, que deux siècles lui en répondent... Il lui manque l’initiative, la spontanéité, l'originalité. Elle n’est pas de ces génies jaloux qui veulent des pièces que personne n'’ait touchées... Elle a nui à l’art... Elle a été mauvaise au drame, elle a été l’amie de ses ennemis... » (Déc. 1855. Profils et grimaces, p. 166.)
1. Voy. par exemple la Romantiade, poème lunatique par Satyricon [le médecin Blandet] 1839. Mème au temps héroïque de la bataille, on aurait peine à trouver un pareil ramassis d’injures, de grossièretés et de basses calembredaines.