‹ La bataille romantiqueChapitre 49 sur 139 · US SR RU · texte numérisé non relu

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tres de Triboulet et de Ruy Blas, à la face de ces fiers héros qui faisaient bondir jadis nos poitrines ; de Lucrèce Borgia, de Marion de Lorme et de Marie Tudor à la place de ces belles et chastes héroïnes dont les malheurs mouillèrent nos veux tant de fois! Et l’on s’étonnerait que le drame ait été balayé honteusement hors des enceintes théätrales comme un immondice!... » Vienne la réaction salutaire! Que « par le chemin de l'étude », on retrouve la belle simplicité d'autrefois !…

Chaudesaigues pourtant n'était pas sans reproche. Il avait publié en 1834 un roman audacieux, Elisa de Rialto, et en 1835 un recueil de vers d’allure fort peu classique, avec son frontispice de Célestin Nanteuil!. C'était un gentil esprit et un joyeux — un trop joyeux compagnon. Mais de cruelles déceptions l'avaient aigri. Et puis, en matière de critique, il devenait un autre homme : il suivait son maître G. Planche et souvent il le dépassait.

D'autre part, les ambitions académiques de Hugo ravivaient les colères. Trois échecs successifs ne l’avaient pas découragé. On lui avait préféré Dupaty et Mignet en 1836, Flourens en 1840. Malgré les railleries amicales d’A. Karr, il s’obstinait toujours : l’Académie pouvait le conduire à la Chambre des pairs. Enfin, le

1. Le bord de la Coupe, Paris, Werdet et Ollivier, 1835, in-r8. — Sur Chaudesaigues, voy. Lucas, Portraits et souvenirs littéraires.

7 janvier 1841, il força les portes à une majorité de deux voix. Cette majorité était d’ailleurs assez disparate : auprès de Chateaubriand, de Lamartine et de Nodier, on y trouvait des historiens, des philosophes, des hommes politiques, — même des classiques déterminés, Lebrun et Viennet, qui, ce jour-là, eurent de l'esprit. En revanche, les auteurs dramatiques, Scribe et Casimir Delavigne en tête, et tout le parti Joconde avaient fait bloc en faveur de son concurrent Ancelot!.

V. Hugo n'abusa pas de sa victoire tardive. Il affecta, dans son discours, d'oublier les querelles littéraires pour parler de politique, sa récente ambition. Salvandy, lui, se plaça sur le terrain de la poésie. Il n'avait pas d’hostilité de parti pris contre le nouvel élu, à quiilavait donné sa voix, mais il distribua les conseils et les éloges aigres-doux qui sont de tradition : « Nous vous avions vu... publier à dix-huit ans votre premier recueil 1vrique qui n’a pas élé surpassé, même par vous... » Quelques mois plus tard, Ancelot, admis à son tour, cherchait sa vengeance et disait son fait à cette littérature « qui met sa gloire à fouler sous ses pieds toutes les traditions, à mépriser toutes les lois, à renverser tous les autels et qui espère se grandir en se dressant sur des débris ».

Mais déjà, Hugo songeait à revenir au théàtre et à défendre ses conquêtes contre le retour offensif de la

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