‹ La bataille romantiqueChapitre 59 sur 139 · LP;F · texte numérisé non relu

LP;F

2, € M"° Delmare doutait trop du cœur de son mari; il n’était que dur, ct elle le jugeait cruel. Il y avait plus de rudesse que de colère dans ses emportements, plus de grossièreté que d’insolence dans ses manières. La nature ne l'avait pas fail méchant; il avait des instants de pitié qui l’'amenaient au repentir et, dans le repenlir, il était presque sensible. » (P. 110).

manciers de l’amour lyrique. Ils y trouveront tous les thèmes (passion, pudeur, colères, regrets, remords, extases, sarcasmes et malédictions), tous les décors et jusqu'au décor exotique de l’île Bourbon, tous les épisodes traditionnels : le bal, la partie de chasse, les évanouissements propices, les coups de feu dans la nuit, le kiosque abandonné parmi les verdures, le rendezvous nocturne, le retour brusque du mari, la fuite éperdue, la rivière où flottent, au milieu des fleurs, les voiles blancs d'Ophélie ou les cheveux noirs de Noun la créole.

L'amour, sous toutes ses formes. L'amour brutal et maladroit de Delmare; l'amour instinctif de la jeune servante; l'amour de Sir Ralph, prêt à tous les sacrifices, que rien ne rebute ou ne décourage... Ralph, l’'amoureux en réserve : elle sait déjà le prix de ces affections discrètes, sans impatience.

L'amour mondain de Raymon fait d’ardeurs sensuelles, d’exaltations verbales, d’enthousiasmes factices, d'orgueil, d’égoïsme surtout, — l'amour du. professionnel ravi de son rôle, « plaidant ses passions » avec assez d’ardeur pour êlre dupe lui-même, mais prompt à se reprendre quand sa tranquillité est en jeu, sachant risquer sa vie pour satisfaire un caprice ou par un mouvement de vanité, mais incapable de sacrifier rien de ses habitudes, de ses commodités. C’est à la fois le héros romantique et la caricature de ce héros et George Sand a merveilleusement rendu ce

mélange d’ardeur et de cabotinage, d'élégance et de vulgarité!.

Et par-dessus tout, l'amour d'’Indiana, l’héroïne chère à son cœur — brune idéale, passion et pureté... — toule faiblesse, trop délicate pour résister à la force brutale, à la merci d’une émotion, indomptable cependant et, au long de « sa vie morne et rongée d’ennuis », éprouvant parfois le besoin de dépenser en exercices violents ses réserves d'énergie nerveuse. Elle semble alors se réveiller de sa mélancolie léthargique; il lui faut le bruit et le mouvement. Amazone intrépide, comme George Sand, elle s’abandonne à l'ivresse de la course et l’on s’effraye autour d'elle de la voir soudain si différente d'elle-même.

Contre son mari, elle dédaigne d'engager la lutte, mais il n'obtiendra rien de sa volonté, libre malgré tout : « Je sais que je suis l’esclave et vous le seigneur. La loi de ce pays vous a fait mon maître. Vous pouvez lier mon corps, garrotter mes mains, gouverner mes actions... Mais sur ma volonté, monsieur, vous ne pouvez rien, Dieu seul peut la courber et la réduire. » Lectrice de Rousseau, elle sait opposer « aux intérêts

Page 1