Histoire de ma vie
tiplie les expériences — on sait souvent de quel ordre. « Des hommes qui, par moi, devenaient des idées », écrira-t-elle à Sainte-Beuve!, et elle a besoin, en effet, pour en être touchée, que les idées se matérialisent et s’humanisent ainsi. En quoi elle reste femme, elle qui l’est si peu, à d’autres égards.
Elle a la coquetterie de sa faiblesse. Même quand Pierre Leroux aura éclairé sa route, elle protestera encore, peut-être avec quelque affectation de modestie : « Avant que les disciples se mettent à prècher, il faut que les maïîtrés aient achevé d'enseigner. Autrement, ces efforts disséminés et indisciplinés ne feraient que retarder le bon effet de la doctrine. Moi, je ne puis aller plus vite que ceux de qui j'attends la lumière. Ma conscience ne peut même embrasser leur croyance qu'avec une certaine lenteur; car, je l'avoue à ma honte, je n'ai été jusqu'ici qu’un artiste et je suis encore, à bien des égards et malgré moi, un grand enfant?, »
Autour d'elle, d’ailleurs, ces aspirations et cette inquiétude sont générales. Des doctrines apparaissent, religieuses, politiques, sociales, qui voient dans le roman un précieux instrument de diffusion’. Et les