‹ La bataille romantiqueChapitre 75 sur 139 · Préface de Mademoiselle de Maupin · texte numérisé non relu

Préface de Mademoiselle de Maupin

>. Voy. la préface de Césaire, Révélation (1830) : « Une vaste lice est ouverte, dans notre Europe, à toutes les religions et même à tous les systèmes et les champions du catholicisme peuvent y

tendu de Guttinguer!, le Saint-Simonisme romanesque de M"° Joséphine Lebassu d’Helf?, le néo-christianisme de Gustave Drouineau... Celui-ci a la prétention d’être un grand constructeur : il finira dans un asile d’aliénés.

Depuis longtemps, les ironistes des petits journaux lui prédisaient ce destin. Les Souvenirs de Delécluze nous ont laissé de lui un portrait un peu caricatural : « Petit de taille, grêle de toute sa personne, jetant habituellement la tête en arrière pour regarder de haut en bas ceux qui lui parlaient, c'était au fond un bon garçon très spirituel, mais gonflé d’une espèce de vanité toute exceptionnelle... Dès que Drouineau se jetait dans son néo-christianisme, ce n'élait plus le même homme. Il prenait des airs de grand-prêtre, de prophète, et l'entretien se transformait en d’étranges monologues. Étienne a gardé le souvenir d’une de ses tirades à la fin de laquelle, après s'être efforcé de débrouiller sa prétendue doctrine religieuse, il s'arrêta tout à coup dans la grande allée de la pépinière et

descendre comme leurs rivaux... Qu'ils y paraissent avec confiance, protégés qu’ils sont du bouclier de la vérité. »

1. On sait que Sainte-Beuve avait travaillé avec lui au roman d'Arthur, mais qu'il se retira. Guttinguer publia seul, et sans nom d'auteur, d’abord la partie purement philosophique du livre : Arthur ou Religion el solitude, 3° partie, Paris, Toulouse, 1834, in-8°. Trois ans plus tard, l’ouvrage complet : Arthur, Paris, Renduel, 1837 (1°° partie, Mémoires; 2° partie, Religion et solitude. — La 1°° partie est le roman proprement dit; la 2° n’est qu’une refonte du volume de 1854).

>. Voy. la Saint-Simonienne, Paris, Tenré, 1833, in-8°.

dit à Étienne : « Regardez, monsieur! À ma droite » est Jésus-Christ, à ma gauche Mahomet, et moi je » m'avance en droile ligne, en les laissant là tous deux; » ce n'est pas plus difficile que cela! ! »

Tout d’abord, il s'était jeté avec ardeur dans les rangs du parti libéral et sa tragédie de Rienzi (en ce temps-là Casimir Delavigne était un grand poète) avait, en 1826, obtenu à l'Odéon un succès triomphal; même, on l'avait trainé sur la scène, une couronne sur la tête et malgré lui — du moins il l’affirma dans une lettre aux Journaux*.

Aux environs de 1830, il se sentit pris d’ambitions nouvelles, sous l'empire peut-être de cette déception commune à tant de libéraux. La révolution politique n'avait rien donné de ce qu’on attendait. C’est donc qu'il fallait autre chose : un renouvellement absolu de l'ordre social. Drouineau s’attacha passionnément à l’œuvre de reconstruction. Dans son cerveau fumeux, des idées Saint-Simoniennes se heurtaient à des souvenirs de Ballanche, à des convictions chrétiennes; c'était un fouillis de religions et de philosophies. « La société sera sauvée par une synthèse religieuse, morale et sociale qui doit se former au milieu de l’ordre, dans le travail intellectuel qui se fait aujourd’hui. Mais quelle

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