Revue de Paris, t. XXXIV, p
Ne dirait-on pas que Souvestre a pressenti les Misérables?..,. Mais, pour écrire les Misérables, il faudra un grand poète et un artiste. Il n'en demande pas tant; l'écrivain populaire de ses rêves ne s’élèverait pas beaucoup au-dessus des romans de Michel Masson, les Contes de l'Atelier, le Macon ou les Souvenirs d’un enfant du peuple.
Le peuple, Auguste-Michel-Benoît-Gaudichot Masson! l’a bien connu. Il a vécu de sa vie et, s’il parle de l'atelier, ce n’est pas en homme de lettres, après une enquête rapide. Sa vie est déjà un roman populaire; rien n'y manque, les épisodes, le pittoresque, la moralité. Lui-même en est très fier. Peut-être, en la racontant, l’a-t-il un peu romancée?, mais il est certain qu'elle échappe à la banalité. Avant ses débuts de journaliste, il a vraiment essayé de tout; aucune éducation littéraire; rien n'a formé ou déformé son esprit, sa spontanéité devrait être absolue. Vers l’âge de dix ans, il figure parmi les danseurs du théâtre de Mont-Thabor (ancien cirque Franconi) et déjà, s’il faut en croire-la légende, il écrit un drame sur la conquête du Pérou, en collaboration avec le maître de ballets de son théâtre. Deux ans après, il est employé au Grand-Mogol automat-, un des spectacles forains
1. Ses romans sont signés soit de son nom, soit — en collaboration avec Raymond Brucker — du pseudonyme Michel Ray-
mond.