La Nouvelle revue encyclopédique
écrit et elle trouve bons mes grands coups de sabre ou de pied, si vous voulez. Notre ami M. Geoffroy avait une peur terrible que ce M. Cousin ne se vengeàt. Comment se vengerait-il, je vous demande. Je n’attends rien de luiet ne crains rien. — Je vous parle de moi bien longuement, cher Fabas, et de ce que je fais parce que je sais que cela vous intéresse : n'êtes-vous pas mien et ne suis-je pas vôtre? Si vous saviez combien vos lettres m'ont pénétré le cœur et combien je vous sens, combien je me sens uni à vous non pas seulement par la sympathie, mais par la communion des idées et par une sorte de résolution vertueuse qui nous réunit, vous, Jean, moi et quelques autres. Ma foi, si des efforts aussi généreux, aussi désintéressés, ayant pour but le bien et cimentés par la sainte union de l'amitié n'aboutissent qu'à de faibles résultats, il sera toujours beau et doux de les avoir tentés et Dieu nous en tiendra compte. J'ai une confiance immense dans notre Jean : éprouvé comme il l’a été, comme il vient de l'être encore par la mort de sa femme, il relève toujours vers le ciel un front plus sublime à chaque orage. Je me sens fort avec lui; quand je l'écoute, je m'’élève; qu'il marche, je le suivrai partout. Formons une phalange de penseurs et essayons ce que la pensée tournée au bien peut pour le bonheur de nos semblables. Pourquoi nous a-t-il été donné, avec le tourment de la vie, un désir inextinguible de voir la vertu et le bonheur régner sur la terre et ne voyonsnous de toute part que le vice, la sottise, l'hypocrisie, le malheur et tous les fléaux? Ah! corrigeons tout ce que nous pourrons de cette œuvre encore si imparfaite et, puisque la vie avec tant de maux nous est odieuse et insupportable, vendons cher ce qui nous reste de jours, en imprimant au moins un rayon d'espérance au front de cette humanité si misérable aujourd'hui dans le doute et l’immoralité qui la dévorent.…
Sur l’amitié enthousiaste de George Sand, il fonde les plus belles espérances : .
Je vois des gens qui pensent comme nous et qui veulent tourner tous leurs efforts à bien. Je vous dirai que M”° Sand qui est revenue à Paris et avec qui j'ai été causer m'a paru dans une belle et noble voie. Non seulement elle cherche la vérité, mais elle me paraît y marcher à grands pas. Elle dit qu'elle n’a rien fait encore, voulant dire qu’elle veut faire autre chose. Nous allons voir ce qu'elle va nous donner. Elle est fort en train de travailler, elle va aller en Suisse et de là en Italie, à cause de la santé d'un de ses enfants. J'ai l'espérance qu'elle va prêter à la sainte philosophie de beaux accents. — Je cherche d’autres nouvelles à vous donner. M. de Lamennais s'occupe de son livre de philosophie. Quel qu'il soit, ce livre sera bien important pour le monde. M. de Lamennais est le dernier prêtre que produira le catholicisme et la parole de ce dernier prêtre sera un hommage à la philosophie et pourtant un livre religieux...
Lélia accepte volontiers cette sorte de dépendance et le rôle qui, dans l’œuvre commune, lui est réservé. « Vulgarisateur à la plume diligente‘ », elle traduira en ses romans la philosophie du maître et, par le prestige de son art, lui gagnera les intelligences et les cœurs. Toujours déçue dans le passé, elle découvre avec lui les bases d’une religion et d’une foi nouvelles*? ; avec lui, elle rêve de la cité future fondée sur l'amour. Elle