Revue des Deux-Mondes, 1°* juin
Avant le départ, en octobre 1858, elle écrivait encore : « Je ne crois pas que la nature de mon esprit me porte jamais à mordre assez à la philosophie. » Au printemps, la grâce métaphysique a fait son œuvre; elle n’aspire plus à la vérité, elle la possède, rayonnante de lumière ; elle est toute à son ardeur de néophyte, suivant les progrès de la doctrine *?, pleine d'une compassion un peu dédaigneuse pour les non-initiés’. Bientôt, elle se sentira prête à la lutte et passera de la propagande philosophique à l’action sociale: ce n’est plus, en effet, un engouement passager.
Peut-être cette influence durable de Pierre Leroux est-elle due au caractère de leur liaison. L’affection qui les unit est surtout d'ordre intellectuel et si, un moment, il y a eu entre eux autre chose, ce fut sans conséquence. P. Leroux n’est romanesque qu’en philosophie; il ne voit'en elle qu'un disciple très cher et ne s'inquiète pas plus de Chopin qu'il ne s’est inquiété de Mallefille. Aussi leur franche amitié est-elle à l’abri