‹ La bataille romantiqueChapitre 93 sur 139 · T. HE, p · texte numérisé non relu

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Mondes comme le Compagnon. George Sand lui donna encore, sans parler de ses articles, Consuelo (février 1842-mars 1843), la Comtesse de Rudolstadt (juin 1843-février 1844) et Zsidora (mars-juin 1845). La même année 1845, la Réforme commençait le Meunier d'Angibaut (janvier); la Presse, Teverino (août) et l'Époque, le Péché de M. Antoine (octobre).

Ici les conditions étaient autres. De la Revue, George Sand passait au Journal, le roman philosophique devenait roman feuilleton. La prédication sociale perdait de son importance; du moins, elle devait changer de caractère et s'adapter à ce public nouveau.

La Réforme, inspirée par Ledru-Rollin et rédigée par Flocon, avait bien été fondée pour défendre les idées démocratiques‘; mais la Presse, comme sa rivale l’'Époque, relevaient d’une conception toute différente du journalisme. C'est une révolution véritable qui s'était opérée aux environs de 1840. Aux anciens journaux d'opinion et de doctrine, destinés à une catégorie limitée de lecteurs, se substituait la grande presse suivant la formule d'Émile de Girardin, presse à tarif réduit et à tirage multiplié. Les 40 francs de l’abonnement ne suffisant plus à couvrir les frais et la publicité devenant la grande ressource, le journal devait attirer à lui un public indéfiniment accru, ménager avec prudence les opinions et tenir la curiosité sans cesse en

r. Voy. la lettre de G. Sand à Louis Blanc (novembre 1844).

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éveil. Le roman-feuilleton habilement découpé en tranches quotidiennes’ offrait des ressources précieuses. Encore fallait-il qu’il eût de quoi piquer cette curiosité, la laisser chaque jour en suspens, dans l'attente du numéro à venir. De vagues dissertations plaquées sur une intrigue rudimentaire et sans imprévu ne suffisaient pas à cela. Sans sacrifier le caractère démocratique, cher à la majorité des lecteurs, il fallait multiplier les péripéties, varier les décors pittoresques, compliquer le romanesque de l'intrigue : toutes choses à quoi George Sand, pour le moment, s'intéressait peu.

C'est cette combinaison du roman social et du roman populaire, dans de vastes compositions de coupe romantique, qu'Eugène Sue s’efforça de réaliser.

Personne, il est vrai, ne soupçonna d’abord la fortune étonnante qui attendait les Mystères de Paris et la portée qu'on leur découvrirait bientôt. Les prudents et classiques Débats qui les accueillirent? n'avaient pas coutume de se livrer à la propagande démocratique. Eugène Sue, d’ailleurs, était le contraire à peu près des écrivains ouvriers chers à George Sand : rien, dans sa vie, qui rappelàt l’existence cahotée et les pénibles expériences de Michel Masson.

S'il ne méprisait pas le peuple, il l’écartait avec soin de sa route, préoccupé seulement de sa gloire mon-

1. Voy. Palurot feuilleloniste dans le Jérôme Palurot de L. Reybaud (1843).

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