‹ La batelière de PostunenChapitre 3 sur 10 · DE PO ST UN EN I · texte numérisé non relu

DE PO ST UN EN I

contre vents et marées, et, comme il arrive à ces pécheurs, race Imaginative, il fit un mariage de passion, non de raison.

Il épousa une fille qui n'avait rien, une enfant de dix-sept ans, Katharina-Barbara, née Kuttel.

A vingt-trois ans, son père venant de mourir, il se trouva maître de sa part d'héritage, petite part, rognée de toute façon par le testament du défunt.

A en juger par les discours de ses frères, il aurait dû s'estimer trop heureux. Il fut d'un autre avis; il prit en guignon ces morceaux de terre épars, l'un ci, l'autre là, tous aussi loin que possible du rivage. En revanche, il commença à convoiter une

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propriété qu'on disait à vendre, la ferme de Postunen.

Si, de Weggis, on se rend ;i pied à Lucerne, on arrive en vingt minutes au bord d'un golfe, dit de Kussnacht, qui barre le passage et s'avance à plus d'une lieue dans rintérieur des terres. C'est là qu'est Postunen. Le seul moyen de continuer sa route, à moins d'un long détour, est de monter en bateau.

On ne le fait guère aujourd'hui. La navigation à vapeur a tué la station de Postunen, ainsi que celle d'Altstad, sur l'autre rive, en f;)ce. M;iis autrefois Pos-

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tiuicn cuit un lieu d'assez grand passiige.

Les paysans des paroisses voisines, Weggis, Fitznau, même Gers^iu, s'y embarquaient fréquemment. La traversée, d'une demi-heure, coûtait dix kreutzer.

11 y avait prix réduit quand on était plusieurs.

Le domaine, qu'on peut voir encore, consiste en prairies, où abondent les arbres fruitiers, et qui montent en pente douce jusqu'au pied d'une colline boisée, dont les sapins isolent l'enclos de Postunen du reste de l'univers.

Quelques champs se chauffent au soleil, entre la prairie et les sapins. I^i ferme est à cent pas du rivage. Elle est en

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bois, dans le style du pays.

Un grand toit à deux pans tombe de droite et de gauche, aussi bas que possible. Il n'y a de jours que sur le devant, où des avants-toits abritent les fenêtres de chaque étage.

Rien pour l'agrément ni pour le luxe; une simple maison, de rustique apparence . Elle n'a d'autre ornement qu'un beau noyer qui la couvre de son ombre.

Les arbres étaient vieux, la maison aussi. Mais Jos- Anton ne voyait que la grève et le bateau. Il en rêva si bien qu'il entama des nc^ociations souterraines en vue de vendre tout ou partie de ce qu'il possédait à Weggis et d'acheter Postunen.

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Mais il s'entendait mal en affaires. Les offres de ses acheteurs étaient petites; les prétentions de son vendeur étaient grandes, si grandes qu'en réalisant toute sa fortune, il ne pouvait encore acquérir Postunen qu'à la condition de contracter une grosse dette.

Cette perspective ne laissa pas de l'inquiéter; mais il avait beau supputer les intérêts et les charges, la grève de Postunen était la plus forte. Katharina- Barbara, femme prudente, finit par se laisser séduire elle-même.

« C'est une grosse affaire, lui dit-elle; mais on ne te veut point de bien par ici, et tu n'y as pas le cœur à l'ouvrage. A la garde de Dieu ! »

20 I.A BATFLIP.RE

Jus -Anton obtint un léger rabais, juste de quoi lui donner occasion de franchir le pas. 11 le franchit, en effet. Dès qu'on le sut, la famille jeta les hauts cris; on lui dépêcha son frère aîné, Thomas-Casimir, pour le chapitrer d'importance; mais il était trop tard, il y avait promesse de vente.

A partir de ce moment, les rapports ne furent pas trop intimes entre les Lottenbach de Weggis et celui de Postunen.

Les premiers parlaient de Jos- Anton comme d'un pauvre garçon , bon à mettre sous tutelle, et Jos-Anton ne leur répondait qu'en allant son chemin, sans leur rien dire de ses affiiires.

DK posruxnx 21

Cc^-ciidaiu il avait juré de leur donner tort, et Katliarina- Barbara l'y encourageait de son mieux. Peine inutile, car tout lui souriait à Postunen : la bêche, les prés, le bétail.

Les ressources, d'ailleurs, n'y manquaient pas. Le pré suffisait à riiivernage de deux vaches; pendant que l'herbe poussait pour les nourrir, le blé se dorait au soleil, sur la pente de la colline; les arbres, vieux serviteurs, se chargeaient encore de fruits abondants, et le bateau gagnait ses journées sur l'eau.

En outre, la coutume exigeait que le batelier de Postunen.

comme son confrère d'Altstad.

eût quelque tonnelet dans sa j.ivo, aux fins de désaltérer les

voyageurs qui venaient de loin, et ce petit commerce, tacitement autorisé, valait aussi quelques florins au bout de l'an.

« La belle affaire ! dirent ceux de Weggis, quand ils virent que Jos-Anton n'avait recours à la bourse de personne. Qu'est-ce que ça dépense, un homme seul et sa femme, tous les deux bons pour travailler? »

De tous les propos qui lui revinrent, aucun ne sonna plus mal aux oreilles de Jos-Anton, car s'il avait un chagrin, c'était justement de voir la maison rester vide.

Comme il ferait bon, pour un bambin, apprendre k marcher sur la pelouse de Postuncn ! Q^and l'idée en venait à

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Barbara, ses yeux se remplissaient de larmes.

Vingt-deux ans s'étaient écoulés depuis le jour de leur mariage, et ils attendaient encore, ou plutôt ils n'attendaient plus, lorsque Barbara, depuis quelque temps souffrante, sentit remuer dans son sein. Jos- Anton, dans la joie de cette nouvelle, promit à la Sainte-Vierge que si l'enfant venait à bien, il irait en pèlerinage à Notre-Dame des Ermites.

A quelques mois de là, Jos- Anton se mit en route, pieds nus, comme il convient à un pèlerin. Il lut était né une fille, qui paraissait bien portante, encore qu'un peu chétive. On l'appela Margaretha, et y eut

grand festoiement à Postunen à Toccasioii de son baptême. Thomas-Casimir daigna )' assister.

Cependant la joie fit place à l'inquiétude. La fillette ne prospérait pas. 11 semblait qu'elle ne pût ni vivre ni mourir. Jos- Anton fit un second pèlerinage ; puis il en fallut un troisième, et ainsi de suite, pendant plusieurs années. A douze ans, ou la crut perdue. Ce n'était pas maladie proprement, c'était faiblesse. Elle faisait pitié à voir, pale, les lèvres blêmes, les bras plus maigres qu'on ne saurait dire.

Elle avait poussé tout en longueur, comme les plantes qui s'étiolent loin du jour, et pouitant ce n'était pas la lumière qui

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lui avait maiiquc, non plus que le bon air. Jos-Anton, dans l'angoisse de son cœur, fit un vœu singulier.

Il promit à la Sainte-Vierge que si Margaretha reprenait des forces, il recueillerait et élèverait chez lui, comme son propre enfant, le premier orphelin que la misère ferait tomber à la charge de la .commune. Certes, les pèlerinages n'avaient point été inutiles, puisque Margaretha vivait; mais ce vœu fit plus que tous les pèlerinages ensemble.

Dès le lendemain, elle mangea de meilleur appétit, et on la vit prospérer et se fortifier comme par miracle. Au bout d'un an, elle était méconnaissable, tant

elle avait bonne miii^ ^i /...i.-.

visage.

Le moment vint pour Jos- Anton d'accomplir son vœu.

Baltliazar . seul enfant d'un pauvre journalier, était né posthume, et la mère était morte des suites de ses couches. Jos- Anton le recueillit aussitôt. Dès lors, pendant deux années, les plus belles de sa vie, il vit prospérer également B.ilth.iz.ir el Margaretha.

Ces deux annci-s uc joiu lurtiit aussi deux années de si grande abondance que la dette de Jos- Anton, déjà fort diminuée, fut réduite à quelques cents francs.

Tout allait donc pour le mieux à Postunen, et le batelier cnvisa<rc.n"t d'un œil serein

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la vieillesse qui s'approchait. 11 eût voulu vivre; mais la mort tient peu de compte de nos vœux.

On le vit s'afiaiblir sans cause apparente vers la fin de l'hiver; puis il mourut subitement, au moment où l'on comptait sur l'cté pour lui rendre son ancienne vigueur.

11 reposait au cimetière depuis cinq grands jours, lorsque Katharina-Barbara reçut, de son beau-frère et de son neveu, la visite que nous avons r.-icontéc.

Elle sentait bien qu'il y avait quelque raison dans leurs dis

cours; mais ils en parlaient fort à leur aise, comme si c'était une chose toute simple de renvoyer l'enfant, de se séparer de Grite et de quitter Postunen.

D'ailleurs elle envisageait que la dette n'était plus une charge, que les prés n'étaient pas si maigres qu'il plaisait à Jérémias de le dire, et quelques journées d'ouvriers ne tireraient pas à conséquence. Mais le bateau !

Elle en revenait toujours là.

— N'est-ce que ça} dit tout à coup Margaretli.i.

— Le malheur est qu'on ne peut pas l'affermer sans affermer aussi le domaine.

— Si ce n'est que »;a, reprit Margarctha, restons à Postunen et gardons BalthaTuir. Ces hom-

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mes sont tous les mêmes. Ils

croient toujours qu'il n'y a

qu'eux. ■)

Le lendemain, de grand matin, Margaretha descendit au bord du lac, portant deux rames sur son épaule.

Le bateau reposait de l'arrière sur la grève, et la première

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cliose à faire était de le mettre à flot. Elle poussa de toutes ses forces; mais il ne bougea pas d'un cran.

C'était un de ces bateaux plats, largement évasés, sans voile ni gouvernail, qui n'obéissent qu'à la rame, et dont la proue ressort au-dessus de l'eau et bat les vagues en avançant.

Les paysans n'en ont pas d'autres au bord du lac de Lucernc, et celui de Postuncn avait été construit pour être solide plutôt que l^er. Cependant, en faisant levier avec la rame, tantôt d'un côté, tantôt de l'autre, Margaretha réussit à le dég:\ger.

Aussitôt elle y s;iuta, le poussa au large et se mit en devoir de

me p o s T u N n N ^ $

ramer. Elle n'y était point entièrement novice; toutefois elle avait encore le plus difficile à apprendre.

Le batelier se place à l'arrière, debout, et fait mouvoir deux grandes rames, longuement croisées, munies de larges palettes.

Tant que la charge n'est que de trois ou quatre personnes, il peut faire seul. Jos-Anton, du moins, n'avait jamais pris d'aide pour si peu. Mais quand la charge est plus forte, il faut un aide, qui se place à l'avant et rame assis, avec une seule rame.

Jos-Anton faisait ordinairement remplir cette office par un vieux troupier, nommé Tobie, lequel vivait assez misérablement chez

î6 LA BATKI.IF.Rr

un fermier du voisinage, gagnant son pain comme il pouvait. Il avait marché fait avec lui pour les jours de grand passage.

Les autres jours, c'était Barbara, et quelquefois Margaretha, qui remplissait les fonctions d'aide-rameur. Margaretha savait donc ramer à l'avant; mais Jos- Anton ne lui avait jamais permis d'essayer à l'arrière, de peur qu'elle ne se forçat. « Elle a trop d'ardeur », disait-il.

Margaretha reconnut bientôt que la différence étiait plus grande qu'elle ne croyait. A l'avant, les deux bras travaillent sur une rame; à l'arrière, on n'a qu'un bras par rame, ce qui demande beaucoup plus de force et de justesse d.iiis If monvenioiit.

nr posTL'Nix '7

L.i justesse lui manquait surtout. Les deux rames ne partaient jamais ensemble; celle de gauche , maniée par le bras droit, gagnait toujours. Sans cesse il y en avait une qui ne faisait que lécher la surface de l'eau, tandis que l'autre plongeait lourdement.

Et puis, comme il arrive aux commenvants, au lieu de hire effort d'une manière graduelle et suivie, elle se jetait de tout son corps en avant, ce qui fut cause, le mouvement ayant été manqué et l'eau seulement effleurée, que plus d'une fois elle faillit tomber tout de son long.

En moins d'une heure, elle fut au bout de ses forces.

Comme elle allait rentrer, un

bateau de l'Untenvald doubla le cap voisin, se dirigeant sur Kussnacht et venant droit à elle.

Elle eut honte, et fit des efforts désespérés pour gagner promptement la rive; mais, dans sa hâte, elle rama d'une iaçon tellement désordonnée qu'elle tourna sur place au lieu d'avancer.

L'embarcation de^Unte^^'3ld.

remplie de jeunes garçons et de jeunes filles, en habits de fête, passa tout près d'elle et s'arrêta pour se donner le spectacle de sa gaucherie. Les quolibets ne manquèrent pas à la batelière, qui ne sut que répondre.

Margaretha rentra mortifiée.

Néanmoins, dans la soirée, quand clic put supposer que

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tous les promeneurs étaient rentrés au port, elle se hâta de retourner à son bateau.

La nuit était fraîche et superbe. Il n'y avait pas une ride sur l'eau, et le silence était si profond qu'on eût entendu , d'une demi-lieue à la ronde, le son cristallin des gouttes qui tombent de l'aviron. Elle réussit mieux cette fois, beaucoup mieux.

II ne lui arrivait plusdetourner sur place, ni de tomber en avant, et déjà le bateau lui semblait plus léger.

La lune se leva derrière les croupes du Rigi , une belle pleine lune de mai, qui, ne trouvant point de vaguelette à faire miroiter, se réfléchit dans un lonçr trait de lumière

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simple et net. Margaretlui le prit pour point de mire. Il s'agissait de naviguer dans le sillon lumineux, sans que la proue déviât ni à droite ni à gauche.

Lorsqu'elle vint attacher son bateau sur la rive, dix heures sonnant tour à tour à toutes les chapelles du bord du golfe, elle avait réussi plus d'une fois à faire quinze, et même vingt ramées sans sortir du rayon.

L'aurore la retrouva sur l'eau.

Comme elle aurait bien vengé sa honte de la veille, si quelque embarcation de rUnten\ald eût daigné doubler le cap!

Pour ramer, comme pour foucher, comme pour tant d'autres exercices, le tout est d'avoir

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le coup. Margaretha l'avait.

Aussi le bateau lui scmblat-il glisser sur les ondes. Il tournait au commandement, et lorsqu'elle visait quelque pointe de clocher, sur l'autre rive, elle laissait derrière elle un sillage irréprochable.

Le moment était venu de tenter une épreuve décisive.

Elle mit le cap sur Altstad et se porta en avant.

Elle fit la traversée d'une haleine, correctement, et revint de même, n'ayant pris que quelques minutes de repos dans l'interN'alle, et n'ayant pas employé beaucoup plus de temps que les bateliers ordinaires. La sueur ruisselait sur son front et sur ses bras; mais elle savait ramer.

A peine de retour, clic alla chez Tobie, qui avait eu l.i charge du bateau pendant la maladie de Jos-Anton, et lui dit que le lendemain, jour de foire à Lucerne, c'était elle qui passerait; mais qu'elle serait bien aise qu'il vînt tenir la rame d'avant, comme à l'ordinaire.

Tobie était un vieux soldat, revenu du scrx'icc de Naples, où il serait, sans doute, resté toute sa vie, sans une fièvre maligne qui l'avait tourmente longuement.

Il vivait d'une chétive pension, et de quelques services qu'il rendait à Jos-Anton ou à d'autres fermiers. On le tenait pour un f.iinc.mt. parce qu'il

n'avait pas su, après avoir vécu si longtemps de la vie du soldat, s'astreindre à un travail régulier, journée par journée.

Habituellement taciturne, il devenait bavard et railleur lorsqu'il avait fait au cabaret une station prolongée. Filles, garçons, paysans, citadins : il n'épargnait personne, pas même les curés. Il lui échappait des mots qui effrayaient les bonnes âmes.

Ceux qui avaient habitude avec lui le disaient honnête homme; mais, dans le public, on le redoutait vaguement. Jos- Anton n'avait jamais eu à s'en plaindre; il ne lui reprochait que de trop aimer l'eau-de-vie.

Quand Tobie eut entendu

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Margaretha, il la r^arda d'un air tout drôle.

— Qu'est-ce que tu as à me regarder ainsi? dit-elle d'un ton piqué. Je te dis que c'est moi qui passerai désormais. Je te fais le même marché que mon père, et si tu es complaisant, j'y ajouterai un pourboire de temps en temps. Allons, je compte sur toi pour demain.

— On y sera, la bourgeoise, répondit-il en portant la main à la hauteur de l'œil, on y sera, foi de troupic;

A quatre heures «i ;ii).

Tobie puisait l'eau au fond du bateau, selon la coutume de son

oûkc, et bientôt quatorze passagers des paroisses de W^gis et de Fitznau y prenaient place l'un après l'autre.

Ils s'étaient distribués sur les bancs de côté, de manière à faire bon équilibre pour les rameurs; au milieu, s'entassaient des paniers remplis d'œufs ou de volailles, et des corbeilles de légumes verts, lesquels donnaient de grandes tentations à deux jolis cabris qu'on menait vendre à la foire.

\Jn peu après, Margaretha prit place à l'arrière, au grand ctonnement de tous les passagers.

■ — Que laitcs-vuUN, la L'uijcr

dit l'homme aux cabris. C'est pas votre place. Tenez-moi plutôt

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ces deux bêtes. Je ramerai bien pour vous.

— Laissez faire notre bourgeoise, dit le troupier, c'est sa fantaisie... Ça n'ira pas loin d'ailleurs, ajouta-t-il entre ses dents.

Celui qui eût regardé dans ce moment la chemisette de Margaretha eût vu que le cœur lui battait. Elle jouait de malheur.

Le vent s'était levé; il faisait de grosses vagues, et dans ses exercices de la veille et de l'avantveille, par de tranquilles matinées ou le soir au clair de lune, l'idée ne lui était pas venue qu'il pût f;»irc des vagues.

Il n'y avait pas proprement de danger; mais ce sont deux choses, et denx chose*; bien

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uiii..n.ui<-:>, de rallier quand k bateau glisse sur un miroir uni, ou quand il danse sur les lames.

A l'avant, on s'en tire toujours :

il n'y a qu'à regarder l'aviron et à mesurer son coup; mais à l'arricre, il fiiut regarder des deux côtés à la fois, ou plutôt il faut sentir, deviner la vague, et prendre en quelque sorte le rhythme des flots turbulents. .

Les premiers coups ne furent p.is heureux. Deux fois la vague se déroba sous la rame de Margaretha, et Tobie, le vieux sournois, eut un sourire qui en disait long.

La rougeur monta au front de la jeune fille; mais elle ne désespéra point. Cinq minutes

4vS LA BATELIÈRE

ne s'étaient pas écoulées que déjà son coup de rame devenait sûr, régulier, souple à la vague.

et que le bateau, porté de lame en lame, cinglait vers la rade de l'autre rive,

Tobie ne ricanait plus. Il ouvrait de grands yeux étonnés.

Margaretha rencontra son regard, et se sentit plus forte encore.

A mi-lac, elle en était à se dire que les vagues ne faisaient qu'ajouter au plaisir. La traversée fut un peu longue, car le temps était mauvais et le bateau pesamment chargé; toutefois le retard n'eut rien d'extraordinaire, et les quatorze passagers, les deux cabris, les légumes. k"î (viif-î. '•"= v,>iinios

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débarqucrent licurcu^cnicnt sur la plage d'Altstad.

Au retour, comme on partait à vide, Tobie demanda la permission de prendre l'arrière. Margaretha comprit son intention, et ne fit point de difficultés.

La besogne avait cté rude pour une enfant de quinze ans, et depuis qu'elle n'était plus soutenue par l'excitation de la tache à remplir, elle sentait les bras lui trembler.

Dès qu'on eut abordé, elle laissa Tobie amarrer le bateau, et prenant les deux rames sur son épaule, elle les emporu comme un trophée.

Sur le seuil de la maison, elle se trouva f^ice à f;ïce avec

Thomas- Casimir, qui venait voir à quoi la veuve s'était décidée.

— Eh bien ! oncle Thomas- Casimir, lui dit-elle d'un petit air malicieux, m'avez- vous trouvé une place?

— Ça viendra. Faut prendre patience.

— Alors j'ai été plus heureuse que vous; on en a une, et une bonne. On est la batelière de Postunen.

L'oncle Casimir n'en passa pas moins deux longues heures à conférer avec Barbara et Margaretha. Il ouvrit de grands yeux quand on lui démontra

DE POSTUNEK $1

que le domaine, malgré le prix qu'il avait coûté, rapportait un bel intérêt, et qu'on pouvait l'envisager comme franc.

L'histoire de la guérison miraculeuse de sa nièce le trouva médiocrement crédule, et quant à la vocation de batelière, dont elle se faisait gloire, il s'en moquait tout ouvertement. Mais ce qui le touchait et rompait ses mesures, c'était la grosse dette, presque entièrement payée ; aussi, laissant Margaretha plaider en faveur de Balthazar, et protester qu'elle ne l'abandonnerait jamais, non plus que le bateau, il supputait à part lui le prix des récoltes et tous les petits gains accessoires , additionnait les bénéfices, défalquait les in-

térêts , et by embrouillait à plaisir.

Il convint cependant que si Barbara et Margaretha voulaient demeurer à Postunen, ce qui était la plus grande folie du monde, attendu qu'elles ne pouvaient que s'y ronger d'ennui, il n'y avait aucune raison majeure qui s'y opposât.

La dette payée, on pouvait vivre, moyennant stricte économie. Mais il tint ferme contre la vocation de Margaretha, pur enfantillage ! Et quant à Balthazar, il n'en voulut point démordre.

Le vcvu de Jos-Anton ne liait que lui, et ce n'était pas k deux femmes à se cliai|»er d'un si lourd fardeau, quand il y avait une bourse des pauvres à Weg-

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ç,. . i.. fut son dernier mot.

Comment faire pour aller contre la volonté expresse de Thomas-dsimir, l'ancien de la famille ? Barbara n'en voyait pas le moyen. D'ailleurs, elle n'était guère rassurée, elle-même.

Elle avait eu de mortelles inquiétudes, le matin, en regardant le Kiteau danser sur les vagues. Mais elle ne savait que répondre à la jeune batelière, qui la suppliait de lui permettre au moins d'essayer.

— Sais-tu quoi? dit Margaretha, disons tout à monsieur le curé; il sera pour nous, je p.iric.

— Il est homme de bon conseil, répondit Barbara.

Le curé tomba d'accord que

si elles pouvaient suffire à la tâche, elles ne devaient pas répudier la plus petite partie de la dette que Jos-Anton avait contractée envers la Sainte-Vierge, mère de notre Seigneur Jésus,

Mais il s'efFraya à lidcc dune si jeune fille seule sur l'eau avec le premier venu, quand il y a tant de gens qui rôdent par le pays ! Toutefois, il se laissa toucher par la bonne grâce de Margaretha, et par Tavcu naïf qu'elle lui fit de son apprentissage et de son triomphe.

Et puis, il lui sembla qu'il y avait comme un signe sur le front de cette belle enfant. Il ne faut pas aller contre la volonté de Dieu, pensât il. et il

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promit de parler à Thomas- Casimir.

Or le curé était un homme puissant à Weggis, plus puissant à lui seul que tous les Lottenbach réunis.

Une fois sous sa protection, Barbara et Margaretha respirèrent tranquilles, Thomas-Casimir, qui était bonhomme au fond, céda sans trop de rancune.

Mais Jérémias, qui avait déjà affermé le domaine dans sa pensée, resta des mois et des mois sans reparaître à Postunen.

En revanche, le curé de Weggis ne connut plus d'autre route pour se rendre à Lucerne.

Le soir de ce jour mémorable,

56 LA BATE Ll ÈR r.

Margaretha remonta dans son bateau, portant un objet mystérieux, qu'elle cachait sous son tablier. C'était un portrait de la Sainte-Vierge, qui avait orné la paroi de sa chambre.

Rien n'est plus fréquent, au bord du lac des Quatre -Cantons, que les témoignages naïfs de la dévotion des pêcheurs. Le moindre cap à son oratoire.

Margaretha voulait aussi en avoir un pour elle; elle voulait avoir sa madone de Postunen.

Le tout était de choisir le lieu. Elle se dirigea vers une forêt de sapins, dont les pentes ardues, coupées de rochers à pic, tombent dans le lac à quelques pas de Postunen, du côté de Kussnacht.

Longtemps clic longea le rivage, allant et revenant. Enfin, elle s'arrêta en face d'un églantier touffu, qui avait poussé de fortes racines entre les couches du roc, et dont les jets arqués se courbaient sous le poids des corolles.

Au - dessous , s'entrelaçaient les tiges dégarnies d'un lierre énorme, qui tapissait au loin les rochers. Elle y attacha son bateau, et chercha l'endroit le plus favorable.

11 y en avait un qu'on eût dit fait exprès, une niche naturelle.

Fixer une cheville dans une étroite fissure et y suspendre le portrait, fut l'affaire d'un instant.

Puis Margarctha se mit à genoux et demeura longtemps en prière.

Quand elle rentra, elle avait le cœur léger.

— Mutterli, disait-elle, la Sainte-Vierge est d'accord.

Deux an lices s'écoulèrent sans autre événement que la succession monotone des heures et des saisons.

Hlles ne passèrent point inaperçues sur le front de Katharina-

Barbara. La pauvre femme avait bien vieilli. Les habitués de Postunen se disaient l'un à l'autre que Jos-Anton n'aurait pas longtemps à l'attendre, làbas, vers la grande église.

Quant à Balthazar, il avait grandi comme un enfant qui n'a rien d'autre à faire. Bon sommeil, bon appétit, bon cœur, mauvaise tête; chacun le gâtait de son mieux.

Tobie n'avait guère changé.

Certaines figures, aux traits accusés et nets, une fois labourées et sillonnées, sont à l'abri des injures du temps. Tel on l'avait vu revenir du ser\*ice, tel on l'avait toujours vu dès lors, et personne ne savait son âge. Il était devenu l'un des

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habitants de Postunen. Barbara s'affaiblissant de jour en jour, on avait eu plus souvent besoin d'aide. Bientôt il avait passé à Postunen la moitié de ses journées, puis toutes ses journées, et finalement on s'était avisé qu'il y avait une chambre disponible . Etait-il domestique ?

était-il ouvrier? 11 ne le savait pas lui-même, 11 était de la maison. On ne lui payait point de gages : mais il manquait rarement de monnaie dans sa vieille bourse de cuir. Il ne se pressait jamais; il allait de son pas méthodique, et l'ouvrage se trouvait fait à point.

Le soir, été comme hiver, il s'établissait dans la grand'chambre, sur le poêle de grès, et ne

64 I.A BATELIERE

bougeait non plus que le vieux chat noir qui filait sur les genoux de Margarctha. Puis, à un moment donné, il s'échappait sans mot dire par une trappe qui communiquait avec sa chambre.

Quant à ses péchés d'eau-devie, il y paraissait peu. Il avait sa goutte de droit le matin, autant le soir; du surplus nul ne se doutait.

Mais Margarctha, quelle transformation, quel épanouissement rapide! L'enfant avait disparu; la jeune fille s'était formée, et, de l'aveu de chacun, il n'y en avait point qui eût meilleure grâce dans toute la paroisse de Weggis. Taille haute, riche et souple, larges épaules arrondies.

DE POSTUNEN 65

bras nciAcux et pourtant délicats, cheveux dorés dont elle ne savait que faire, tant il y en avait : qui eût jamais reconnu la pauvre Grite d'autrefois.

C'est à l'arrière du bateau qu'il faisait bon la voir, penchée sur ses deux rames et s' accompagnant d'un chant à demivoix, moins un chant qu'une cantilène. qu'elle accélérait ou ralentissait, selon qu'elle se laissait bercer par les vagues ou qu'elle précipitait le mouvement de la rame.

Ramer n'est pas toujours chose gracieuse; mais Margaretha ramait comme nagent les poissons. C'était sa vie.

Elle n'y mettait ni la précipitation de ces jeunes matelots

étourdis qui fouettent l'eau de l'aviron, ni la régularité dp ces vieux loups de mer qui marquent sèchement la mesure et respirent à chaque coup.

Sa rame effleurait l'eau, puis y plongeait, rapide, et s'appuyait un instant sur le flot, mais sans le soulever en arrière et presque sans l'agiter. Il est des embarcations qui ne cheminent qu'en creusant un sillon dans la vague; celle de Margaretha glissait toujours, et sans les gouttes qui tombent de la rame au retour et forment des ronds mobiles, elle n'eût pas laissé plus de traces derrière elle que ne font les cygnes en nageant.

Les oiseaux de rivage ne sont pas plus naturellement attachés

DE POSTUNEN 07

.1 leur grève natale que la fille de Jos-Anton ne Tétait à son lac de Postunen, à son bateau et à ses rames. Tous les hôtes de la plage la connaissaient. Il y avait entre eux et elle comme un accord secret et de familières intelligences.

Les mouettes la laissaient approcher sans songer à s'enfuir.

Les poissons entendaient s;i voix. Du temps de son père, pendant qu'il péchait à deux pas, elle s'amusait à leur jeter des brins d'herbe ou des vermisseaux, et le bonhomme laissait faire.

Depuis qu'elle était la batelière en titre, elle n'avait jamais permis à àme qui vive, pas même aux enfants du voisinage.

de venir jeter une ligne dans son domaine.

Postunen était un port franc pour le poisson. Rarement elle descendait au bord de l'eau sans avoir un morceau de pain à distribuer miette à miette. Aussi, dès qu'elle apparaissait, voyaiton accourir, en longues files, ablettes et percliettes. « Elle a un charme », disaient les gens du pays, et l'on parlait de mégères qui soup«;onnaient quelque sorcellerie dans son fait.

Mais sa plus grande sorcellerie était l'attrait de sa beauté. « L;»

belle batelière! » disait-on à plusieurs lieues à la ronde.

Les garçons de Weggis étaient comme leur curé, ils ne savaient plus d'autre route pour se rendre

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.1 la ville, et les beaux messieurs de Lucerne faisaient rarement quelque partie au Rigi sans profiter, pour le retour, du bateau de Margarethfl.

Souvent, dans la belle saison.

il fallait passer huit ou dix fois par jour, ce qui fit que le bateau acheva de payer le domaine.

Margaretha ne fut pas la dernière à deviner pourquoi la route de Posthunen était si fort .1 la mode. Bien loin d'en être ntTenscc, elle parut jouir de son empire et se plaire à ses succès.

Ses grands yeux avaient la hardiesse de l.i joie, et sa bouche

70 LA BATELIKRE

était toujours prête à s'ouvrir au rire de la jeunesse. Jamais elle n'était plus gaie qu'avec les gens de sa paroisse.

Vieillards et jeunes iiuiuincs.

elle mettait tout en mouvement, et il n'était bruit que des joyeuses batelées qui, les jours de marché, partaient en chantant de Postunen.

Les étrangers la trouvaient plus réservée, surtout les beaux messieurs de la ville, dont la langue hardie joue trop souvent avec l'honneur des jeunes filles.

Toutefois, quand elle avait accoutumance avec eux et qu'ils avaient le regard bon, elle ne redoutait point les vives causeries, et souvent leur en remontr.iit pour la riposte.

DE POSTUNEN 7I

Au reste. le jeu n'était pas plaisant pour quiconque s'aventurait jusqu'à lui manquer de respect.

On parlait d'un peintre, qui, assis à la proue du bateau, s'était mis à la portraiter ouvertement. Elle avait laissé faire; puis, au moment d'aborder et tandis que le peintre jetait sur son œuvre un dernier regard, l'aviron avait tourné dans la maiu de la batelière, et une lame était venue tout à point tomber sur le portrait et le portraiteur. Bien d'autres histoires couraient le pays.

C'est ainsi qu'elle passait le l.ic en tout temps, sans peur ni

souci. De quoi donc aurait-elle eu peur? Le bateau n'était-il pas solide? N'avait-elle pas aussi sa madone au bord de l'eau ?

Le soir, lorsqu'elle revenait seule d'Alstad, elle faisait un détour vers le rocher et se mettait à genoux devant la Vierge.

Que lui disait-elle? Beaucoup de choses, sans doute, car jamais fille pénitente ne fit au confessionnal des pauses plus longues, ce qui était pour Tobie un sujet d'étonnenient toujours nouveau .

Cependant . Katharina - Barbara, sentant qu'elle déclinait, s'effrayait à la pensée de cette belle enfant qu'elle laisserait seule au monde, sans conseil ni protection.

70 I A n ATP. MER F.

« Si au moins, se disait-elle, je pouvais, avant de mourir, la voir mariée à quelque honnête garçon, point buveur, point batailleur, comme ils ne le sont que trop dans nos paroisses! »

Elle profitait des occasions pour diriger l'entretien de ce côté; mais Grite la voyait venir et rompait les chiens en riant.

Un jour que Katharina-Barbara s'était plus avancée que de coutume, Margarctha l'interrompit en entonnant d'une voix moqueuse une chanson toute nouvelle, sans doute quelque refrain qu'elle avait appris sur l'eau, en fliisant la traversée avec des gens de tous pays.

II s'agissait d'une fille qui l.ivnit le linrro nu ruissciu.

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\ingt pas plus bas, une scie faisait grand vacarme; vingt pas plus haut, le moulin allait bon train. A force de les écouter, la belle entendit distinctement ce qu'ils disaient en leur langage :

Un bûu mari, un bon mari!

disait gentiment la roue du moulin en tournant sur son essieu, tandis que la scie, à la voix rauque et saccadée, répondait à chaque coup :

Foin du mari, foin du mari !

Katharina-Barbara ne put, de longtemps, rien apprendre de plus sur les dispositions de sa fille en matière de mariage.

Les garçons de la paroisse pensaient tout justement comme Barbara ; mais avec la batelière ils ne «^iv.iit comment s'v prendre.

7o TA BArEi.i/;Kr

Postuneii était un bel endroit pour la veillée. Point de voisin, solitude absolue, chemins discrets, porte ouverte, et un moyen tout trouvé pour se donner contenance, car il n'y avait qu'à demander à Katharina-Barbara une chopinc de son clairet.

Mais ce qui semblait devoir faciliter les choses, les rendaient plus difficiles au contraire. Margaretha passait les soirées avec sa mère.

S'il venait des visites, elle riait et causait avec eux, aussi gaiment que dans son bateau ; mais ils n'osaient s'aventurer en présence de Barbara. Puis le vieux coucou de la Forêi-Noirc sonnait dix heures : Barbara se levait et chacun en faisait autant.

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Le difficile n'était point de f;iirc entendre à Margaretha que, volontiers, on lui eût parlé d'amour, mais bien de la sonder en secret et d'obtenir quelque encouragement tacite.

Il y avait un moyen cependant : faire à pied le tour du golfe, et s'arranger pour arriver sur la plage d'AItstad au moment où Margaretha y débarquait quelque passager.

Grâce à cette heureuse rencontre, facile à combiner, on passait le lac, en retour, à moitié prix, et l'on avait tout loisir de glisser quelque doux propos d'amitié.

Plusieurs tentèrent l'aventure ; mais aucun n'en sortit à son honneur. Il fallait voir comme les

8o LA BATELIÈRE

yeux de la batelière pétillaient de malice, quand elle déposait sur la plage un amoureux éconduit.

— Ils ont l'air si drôle!

disait-elle à sa mère. Je parie que les filles auraient meilleure grâce si c'étaient elles qui commençaient.

Cependant l'automne était venu et les passagers se faisaient rares à Postunen.

Katharina- Barbara avait son idée. Elle voulait que la batelière employât à coudre son trousseau les longues soirées de l'biver. qui s'iiT""^:'» "t f'V-^t

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