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LE RETOUR A LA TERRE

M° Palavas ayant revêtu un costume plus simple, suivit en voiture le fourgon qui gagnait Bazoches. M” Suzanne Poirier l’accompagnait.

C'était une jeune femme d’une trentaine d’années, mais en paraissant moins.

Intelligente, instruite, laborieuse, consciencieuse, avec un beau talent de parole, M° Dupont de Bazoches l’avait découverte et se l'était attachée. À l'ombre de la grande avocate, sa situation personnelle ne se développait pas; elle le sentait bien, mais la patronne était pour elle si gentille, si généreuse! Une catastrophe, cette disparition subite! Qu’allait-elle devenir ? Son petit appartement, rue Charlotte-Corday, était insuffisant pour l’exercice de la profession. Ses rares clients personnels, elle les recevait dans le confortable Cabinet que la Bâtonnière lui avait installé chez elle. C'était done toute une nouvelle existence à organiser.

Grandes apparaissaient les difficultés qu'il

faudrait surmonter. Peu d’amis et pas d’amoureux, ses occupations l’absorbaient trop.

Cependant son visage était gracieux, illuminé par deux grands yeux où luisaient les reflets d’un feu intérieur. Les stagiaires malicieux prétendaient que ce feu n’était pas alimenté par le seul amour de la jurisprudence.

Ils arrivèrent à Bazoches quand le soir tombait. Le cercueil fut déposé dans l'église.

M° Palavas s’entendit avec le curé pour la cérémonie. Elle aurait lieu le lendemain à dix heures. On déchargea les couronnes apportées par une voiture de déménagement.

— Nous allons coucher à Reims, dit Michel, lorsque tout fut réglé.

Ils descendirent dans le meilleur hôtel, place Drouet-d’Erlon.

— Chère amie, dit Michel, j'estime qu’il serait contraire aux convenances de dîner dans la salle du restaurant, et, si vous le voulez bien, nous nous ferons servir dans l'appartement.

Suzanne Poirier approuva.

— Quelle journée! soupira Palavas. Le défilé, la cérémonie, les discours! Je suis épuisé et j'imagine que vous êtes dans le même état.

La jeune fille en convint.

— Pour nous remonter, nous allons prendre un cocktail. Je connais quelques bonnes recettes ; laissez-moi faire.

Il donna des instructions minutieuses au sommelier et alluma une cigarette.

Les cocktails étaient réussis, M° Palavas exprima sa satisfaction et en demanda deux autres d’une formule différente.

— Me voici retapé, mais j'ai une faim de loup.

Il sonna le maître d’hôtel et fit un menu que la Bâtonnière n’aurait pas désavoué.

— Et comme vin?

— Du champagne, naturellement, et le meilleur.

Lorsqu'ils se mirent à table, reposés, émoustillés par les cocktails, l'intimité du salon leur parut charmante.

L’un et l’autre évitaient de parler de la défunte; ils préféraient s'occuper d’eux.

Palavas jouant au naturel le rôle de séducteur, complimenta la jeune fille sur son talent et sur sa grâce.

— Je vous plaignais, dit-il, de vous voir végéter dans l’ombre de besognes ingrates. Je souffrais comme j'aurais souffert devant une jolie plante privée de soleil et qui ne peut faire épanouir ses boutons.

La vulgarité de ces compliments n’offusqua point Suzanne Poirier, d’abord parce qu’une femme aime toujours les compliments, quels qu'ils soient; ensuite, parce que le charme de Michel Palavas l'avait bien souvent troublée sans qu'elle osât l’avouer.

Peu à peu, les chaises se rapprochèrent, les plaisanteries jaillirent, les pieds se rencontrè-

rent, puis les mains. Le champagne aidant, la secrétaire perdait la tête. Ses yeux flambaient; la jurisprudence n’y était pour rien.

Et quand le beau Michel lui ayant saisi la tête lui déposa sur les lèvres un ardent baiser, loin de se défendre, elle y répondit.

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