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L'ORGANISATION DE LA VICTOIRE

En 1950, les femmes occupaient 364 sièges à la Chambre des députés.

Au Sénat, la proportion était plus faible, Ce n’est pas que les collèges sénatoriaux fussent antiféministes, mais l’éligibilité demeurait fixée à quarante ans par la Constitution. Alors beaucoup de candidates reculaient devant l’obligation d’avouer un âge que reniait la coquetterie. Elles préféraient le Palais-Bourbon, la « Chambre des gosses », disaient-elles avec des minauderies puériles.

Dans tous les domaines de l’activité sociale, les premières places furent enlevées avec une telle rapidité que les adversaires déconfiits cessèrent bientôt de résister, Ils ne formaient plus qu’une troupe en déroute ne sortant de sa stupeur que pour crier à la trahison.

Rosa, malgré de pressantes sollicitations, avait refusé de briguer un mandat politique.

Elle préférait poursuivre ses succès au barreau et Denise Fleurier l’avait approuvée.

— Tu lâcherais la proie pour l'ombre, lui disait-elle. Ta réussite comme avocate est certaine. Tu seras Bâtonnière. Dans la carrière politique, on ne sait jamais ce que le lendemain vous réserve.

Elle venait d’atteindre sa vingt-sixième année, l’âge favorable pour donner le plein essor au talent, à condition de ne point disperser ses efforts.

Quatre ans après, M° Dupont de Bazoches était l’un des avocats les plus réputés. Les dossiers affluaient à son cabinet. Elle plaïdait aux quatre coins de la France et gagnait beaucoup d'argent.

Le surmenage que s'était imposé Denise Fleurier avait détruit sa santé; elle dut abandonner la direction du lycée George-Sand, puis la présidence du P. A. F. Rosa la suivit dans sa retraite et démissionna du poste de secrétaire générale, en raison, dit-elle, des exigences de ses occupations professionnelles; mais, en réalité, parce que sa nature indépendante n’aurait pu supporter la zizanie qui germait au sein du Conseil supérieur et ne manquerait pas de tout envahir lorsque l'autorité de la Présidente ne la contiendrait plus.

Denise Fleurier mourut le 20 octobre 1955.

Elle eut des obsèques nationales. Douze discours furent prononcés au cimetière. Il pleuvait, les rafales d’un vent glacial déchiraient les phrases et dispersaient les fleurs de rhéto-

rique répandues sur la tombe de la glorieuse disparue. L’assistance était immense. Les hommes éternuaient dans leurs chapeaux. Les femmes grelottaient, les pieds eouverts de boue. On compta vingt pneumonies, huit rhumatismes articulaires; quant aux bronchites simples et aux coryzas, impossible de les dénombrer.

Rosa éprouva une grande peine. Elle prit le deuil et se retira quelques jours à Bazoches.

Son père vieillissait. Une atteinte au foie l’obligeait à modérer son goût pour les apéritifs et les liqueurs. Il s’en consolait en courant les filles, au grand désespoir de sa femme. Non que M” Dupont souffrît de jalousie, — l’âge l’avait affranchie de cette faiblesse, — mais elle craignait pour la santé de son mari qu'elle savait, par expérience, incapable de modération. Et puis, elle redoutait que ces fantaisies fussent coûteuses.

Leur petite fortune acquise avec tant de peine, elle la voyait s’engouffrer dans le tourbillon des jupons dévergondés.

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