‹ La bavoletteChapitre 6 sur 12 · DE MAURICE A MF.LCT · texte numérisé non relu

DE MAURICE A MF.LCT

Lyon, 30 avril 1

Je vous vois d'ici plongée dans votre rêverie, mon amie, votre cou de cygne penché en avant, dans la pose la plus gracieuse du monde. Votre front se charge peu à peu de nuages, et dans votre tête s'amasse tout doucement une tempête formidable. Je suis un traître ou un ingrat ; je vous trompe ou je vous oublie.

Calmez-vous, Melcy; la confiance dont vous me faites un reproche ne vient pas de moi seul, mais de

VOUS. Si je crois imperturbablement vous connaître, c'est parce que j'ai foi dans vos paroles. Vous m'avez dit que je pouvais partir. Quelque sacrifice qu'il dût m'en coûter, je ne vous aurais pas laissée sans cela. Vous vous repentez donc de me l'avoir inspirée, cette confiance imperturbable ? Je l'ai donc prise trop légèrement ? Votre lettre contient un mot fort vilain : Je ne conseillerais ni à vous ni à qui que ce soit au iiwnde déjouer ce jeu avec une autre femme. C'est-àdire que toute autre, à votre place, aurait déjà succombé. Vous en avez donc eu la tentation ? car enfin, on ne dit pas de pareilles choses sans de bons iiiolirs, et alors il fallait m'envoyer, au lieu de ces vagncs menaces, le récit de ce qui vous arrive et que vous me cachez. C'est à vous de faire amende honorable et l'aveu de vos torts. .ïe vous donnerai volontiers le (li'lail (les miiMis.

Mes occupations ne me laissent point de Irévo. Les faillites se succèdent ici avec une rapidité surprenante!. Je reçois par (juarts et par moitiés ce qui m'est dii , l;iii(hs (|iir je payt^, intégraUMuent mes dettes : à ce compte-là, une fortune va grand train. Malgré nia plulosopliic, j'en suis un peu étourdi.

Votre chapitre sur les élans spontanés a servi de texte à mes méditations. Nous n'avons jamais eu que de bien légères querelles ; autant que j'en ai pu juger, vous êtes en effet peu susceptible de tourner brusquement de la froideur à la tendresse ; mais je ne crois pas être ainsi : je n'ai rien de britannique, et dans l'occasion vous trouveriez que mon cœur n'est pas aussi orgueilleux que vous l'imaginez. Le plus sage est d'éviter les querelles à l'avenir, et de nous pardonner nos torts avant qu'ils aient eu le temps de grossir. Tâchons de n'avoir point d'orages ni de colères comme celles du ciel ou de l'Océan. Ce sont les amours vulgaires qui ne procèdent que par brouilleries et réconciliations ; les nôtres sont plus élevées. Pour joindre l'exemple au précepte, je vais oublier le vilain mot que renferme votre lettre, et dont j'étais pourtant très-fàché tout à l'heure. Si vous avez quelque autre péché sur la conscience, faites-m'en la confession ; vous trouverez en moi la clémence du bon Henri IV.

Adieu, fière Melcy, je vous vole les mille caresses que vous me refusez, parce que dans votre prochaine lettre vous me les accorderez de bonne grâce.

DE MELCY A MAURICE.

Paris, 6 mai IS

Huit jours n'élaienl pas In^p pour vous rondro la pnrcillc ni vous aiiprcndre combien les négligences causent {l'ennui . Non, nionsieur, je ne vous accorde pas de bonne grûcc la nioindi-e caresse. Ma col^r•e n'est pas finie, et les vagues s'agileni encore. Tenez, je n'y veux plus penser, ol j)oiir nie distraire je vais vous rarf)iil('r, comme dans 1rs Milh- et une A?^?7.v, une aventure dont une de mes amies est l'héroïne.

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