‹ La beauté dans la nature et dans l'artChapitre 2 sur 6 · L UNIVERS · texte numérisé non relu

L UNIVERS

parcourent jusqua 2,000/ 00 de lieues par jour, et la traînée de lumière qu’elles laissent derrière elles a souvent plusieurs millions de lieues de longueur (i). Nos idées de poids, de dimensions, de limites, sont bouleversées dès que nous essayons de pénétrer dans l’immensité ; mais le résultat de nos pensées à ce sujet est toujours une impression de beauté par la grandeur. Tout ce qui dépasse non seulement notre intelligence, mais notre imagination, est de nature à nous enthousiasmer. Le berger ignorant, comme le savant astronome, demeure en extase devant la sublimité des cieux étoilés.

(1) La queue de la grande comète de 1882 s’étendait sur une longueur minimum de vingt-cinq millions de lieues.

LA BEAUTÉ DU VRAI

Le souverain maître et le pèfe de la vie, dans l’espace où se meut notre système planétaire, est le soleil. Il est le grand dispensateur de la lumière et de la chaleur, sans lesquelles rien ne germerait sur notre globe, rien ne s’épanouirait sur les autres astres qui évoluent autour du foyer central. On conçoit qu’il ait été adoré, dieu visible dont l’éclat nous aveugle. Selon la position de la terre dans son éternelle rotation autour de ce tout-puissant, la faune, la flore et l’homme affectent des formes et des couleurs particulières. De là la variété des aspects de la

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nature, aux points cardinaux que notre science a déterminés.

L’altitude a également son influence sur le caractère des êtres, des plantes et des fleurs; les climats et les saisons exercent en même temps une action sur la coloration et la structure de tout ce qui vit. L’atmosphère en adoucit ou en accuse les contours, selon qu’elle renferme beaucoup ou peu d’humidité.

Ces causes sont certaines; elles ont pu être étudiées; la pratique et la théorie sont d’accord pour donner à chacune d’elles son importance particulière. Lorsque le désordre se met dans ces causes, quand les saisons troublées bouleversent les lois climatologiques, l’ensemble des êtres subit une pression mauvaise, qui peut avoir pour résultat un commencement de dégénérescence. Les conditions de l’existence et l’aspect des êtres animés sont en rapport direct. Ainsi nous avons les premiers termes du problème : santé est sy-

nonyme de beauté, maladie est synonyme de laideur dans la nature. En sociologie, le bien et le mal correspondent aux mêmes idées : un vice est laid, une vertu est belle; les actions sont qualifiées de bonnes ou de mauvaises. Dans la conscience, Ehomme méchant est répulsif. La beauté morale et la beauté physique répondent aux mêmes lois intimes. L'action ou l’être nuisible font donc éprouver la même sensation désagréable. Des bêtes ont été déclarées laides, comme la taupe, parce qu’on pensait quelles nuisaient aux récoltes. Le crapaud est moins répulsif depuis qu’on le sait inoffensif et utile. Les animaux doués de grande puissance forcent à l’admiration et nous paraissent d’une beauté particulière; car la force est une qualité, physique ou morale, qui répond encore à l’idée de grandeur, de magnificence.

Les phénomènes, dans l’espace et sur le globe terrestre, produisent l’admiration ou la terreur,

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l’extase ou l’effroi, le plaisir ou la tristesse, et le sentiment de la beauté s’en dégage selon leur plus ou moins d’intensité.

Les décharges électriques, dans les temps d’ignorance, ont fait croire à la colère des dieux ; la foudre était une arme céleste redoutable et les hommes ont longtemps pensé quelle frappait les coupables, qu elle punissait les criminels échappés à la rigueur de la justice. Le spectacle de l’orage bouleversant les nues, déchirant l’espace par de longs zigzags de feu, déchaînant des tempêtes, dévastant les champs et les villes, apportait à l’esprit de l’homme une sorte de terreur mêlée de fascination, où l’effroi dominait. Aujourd’hui que non seulement la science a expliqué le phénomène, mais en a paralysé dans une certaine mesure les effets destructeurs, l’impression de beauté semble devoir dominer.

Les dieux armés de la foudre se sont dis-

persés à mesure que l’homme a trouvé la solution d’un plus grand nombre de problèmes. L’horreur du vide a disparu depuis quon sait de science certaine que l’univers est partout peuplé de myriades d’astres en mouvement. Nous avons été vaguement pénétrés d’un sentiment du sublime bien plus profond dès que nous avons reconnu que l’idée d’infini et d éternité dominait de très haut les rêves de notre imagination. La science nous conduit directement à la découverte de la splendeur. Nous pouvons comparer aujourd’hui les produits de la croyance et les réalités du savoir : l’énormité des soleils à la tête de Jupiter foudroyant; les évolutions stupéfiantes des astres à la cour de l’Olympe ; la loi de ces évolutions aux misérables restrictions et règlements établis pour nos rapports sociaux. Nos actions et nos appétits tendent à nous amoindrir; l’univers et la nature nous élèvent au-dessus de nous-mêmes. L’igno-

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rance crédule est aveuglément poussée vers le mal; l’influence du savoir est bienfaisante, elle produit un effet moral. Le réel seul et son étude nous conduiraient mieux que tout le reste, inventions et suppositions, à la conscience de la beauté.

La fiction est fausse, le mensonge est odieux. Le vrai contient plus de merveilles en un tout petit coin de terre que l’imaginé dans la tête des plus grands poètes.

Nous pouvons nous permettre aujourd’hui de ces affirmations; les travaux de l’homme et ses observations les ont rendues légitimes. L’histoire naturelle, la physique, la chimie, l’astronomie, les sciences exactes nous ont plus rapproché de la beauté en toutes choses que les rêves et les hypothèses qui ont été faits depuis des milliers d’années. Ceci est un fait qui n’est point réfutable. La nature et l’univers, pour lepeu qu’ils aient livré de secrets à notre persévérante

curiosité, nous ont montré plus de sublimité que n’en contenaient toutes les théogonies anciennes et toutes les religions modernes. Les personnifications divines même, conçues dans des cerveaux enfants, se sont trouvées en désaccord avec les phénomènes naturels, et bien en dessous d’eux. Les immortels ont été rendus petits par les savants établissant la grandeur et la majesté des choses. La sérénité des systèmes solaires a démontré la mesquinerie des colères prêtées aux dieux; des cieux observés avec exactitude l’implacable magnificence a nui aux tableaux extatiques qu’on nous faisait des demeures célestes.

La beauté est dans la vie ; c’est une erreur de la chercher ailleurs. Rien n’est beau que le vrai, le poète avait raison. L’imaginé perd de son charme à mesure que nous avançons dans le déblaiement des spéculations et des conjectures. Où y a-t-il le plus de grandeur, dans la créa-

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tion tout d’une pièce de notre globe par la volonté divine, ou dans ce tourbillonnement des atomes pendant des millions d’années; dans cette rotation prodigieuse, autour de son centre d’attraction, de la nébuleuse détachée du soleil; dans ces effroyables convulsions subies par la terre en formation, avant que la croûte extérieure eût acquis une solidité relative?

La création par un mot nous laisse froids : il semble que le fait s’accomplisse sans effort, comme un acte de prestidigitation hors de la portée des sens. La formation en quelque sorte fatale de la terre s’accorde en tout point avec les faits de germination, de gestation, de naissance et de développement des êtres et de tout ce qui a vie. Le globe est un assez grand théâtre pour que tous les Olympes possibles puissent s’y complaire à tourmenter les hommes; il n'est rien au contraire de trop vaste dans les cieux pour la prodigieuse splendeur des sphères. Mieux

vaut laisser nos pensées voler dans l’incommensurable que de les arrêter sur des êtres sortis de notre imagination bornée. La chimère ne soutient pas la comparaison avec la réalité.

IMPRESSIONS SUR NOS SENS

Sur la terre comme dans l’univers, dimensions et étendues produisent un sentiment d’étonnement et d’admiration. Du haut d’un pic, l’horizon s’éloigne à des profondeurs où le regard se perd, où les plans solides du globe deviennent fluides et semblent former les premières couches des nuages. Fleuves et rivières prennent la forme de couleuvres d’argent se frayant un passage dans les vallées. Les collines à dos arrondis, les montagnes se découpant en profds sévères, les éboulements de rochers sont enveloppés d'une atmosphère qui noie les duretés de

la forme et donne de la finesse aux couleurs. Une impression de plaisir pénètre le spectateur, qui se sent impuissant à l’exprimer; il reste attendri et émerveillé devant ces choses que la lumière apporte à ses regards ; il voit tout un pays dans sa réalité, avec ses villes, ses villages, ses champs, ses forêts; il embrasse tout un coin de la nature et de l’humanité, il se rend compte en sa conscience de la mesquinerie de nos luttes quotidiennes. La sensation est bienfaisante; le tableau revêt un caractère de beauté : on s’élève en soi-même dès que l’esprit échappe aux frontières étroites et dépasse ses limites journalières.

Peu importe le pays et ses aspects. L’idée de fertilité, comme l’idée de stérilité, est étrangère à la sensation éprouvée. Que le sol ait élé bouleversé par les volcans ou soit plane et désert ; que le paysage représente une terre riche et verdoyante ou des plaines sablonneuses brûlées

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par des chaleurs torrides, l’impression n’en sera pas moins excellente, quoiqu’elle puisse affecter des formes diverses, de l’horreur à l’extase, et du rire aux larmes.

La variété des aspects étant infinie produit une infinie variété d émotions. Les tableaux terrestres changent à mesure qu’on se déplace, avec le climat, avec les pays, avec le temps. Des pâturages brumeux de la Hollande aux déserts de l’Afrique, des pics neigeux de la Norwège aux prairies de l’Amérique du Nord, la nature revêt mille apparences qui se^ caractérisent chacune par des traits particuliers, des physionomies spéciales. Les panoramas se déroulent en se transformant sans cesse. La terre a ses vagues comme l’océan, mais elles sont solides, et dans leurs replis, sur leurs déclivités, à leur sommet l’humidité, la lumière et la chaleur ont créé des tableaux radieux, sur lesquels on n’est jamais las de porter ses regards. Les

grandes forêts, les rivières sinueuses suivant le cours des vallées, les montagnes tantôt austères, tantôt riantes, les gorges sinistres où roulent avec fracas des torrents, les lacs reluisant comme des miroirs d’acier dans leur cadre de collines, donnent à la pensée un vol plus large, au cœur des sentiments plus profonds en y faisant germer l’amour de la beauté. Toutes les parties du globe ont un attrait pour le voyageur sensible aux tableaux de la nalure.

Quand le cœur est épris, quand l’esprit s’enthousiasme, ce n’est pas parce que le spectacle des choses affecte un caractère gracieux ou riant, aimable ou lumineux. Il y a des horreurs qui sont des beautés, comme il y a des actions violentes qui font sur la conscience l’effet d’actions vertueuses. Les nuits sombres et tempétueuses, pendant lesquelles le tonnerre gronde avec éclat, où Ton voit les nuées rouler éperdues en laissant apercevoir les profondeurs

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insondables déchirées par de sinistres éclairs, sont d’une beauté grandiose. L’inondation qui ravage et répand partout la désolation avec la ruine, a des côtés sauvages qui troublent les sens : c’est leur beauté particulière qui nous touche et nous enlève pour un moment à nos préoccupations monotones.

Qu’est- ce que le voyageur va chercher au loin, au prix de mille fatigues, bravant les dangers et la mort, surmontant les obstacles? Les aspects divers sous lesquels se présentent les pays inconnus. Des jouissances intimes et profondes l’attendent au pôle et dans les steppes; pour les connaître, il a quitté des champs riches cultivés avec soin, des villes où le confort est poussé jusqu’au raffinement, une existence faite de bien-être, de succès faciles, d’affections satisfaites. Le bonheur assuré ne l’arrête pas; l’imprévu l’attire avec une force irrésistible. Les tableaux désolés des mers polaires exercent

une fascination peut-être plus puissante que les paysages délicats des zones tempérées. L’effroyable solitude des glaciers débarrasse l’esprit des égoïsmes encombrants; la contemplation des « horreurs sublimes » élève la conscience à des hauteurs où les misères mesquines de l’humanité apparaissent dans leur méprisable aspect. Abandonné dans les déserts de l’Afrique ou les prairies américaines, frissonnant au rugissement des fauves, au galop des buffles ébranlant le sol, le voyageur est saisi d’une émotion telle, l’épouvante et l’admiration font sur ses sens un effet d’une telle énergie qu’il est enlevé en quelque sorte à lui-même et grandit dans la mesure de ses sensations. Pourquoi irait-il côtoyer les précipices vertigineux de la Suisse ou des Karpathes, pourquoi escaladerait-il l’Hymalaya, qu’irait* il faire dans les gorges sauvages des Cordillères ou sur les champs de neige de la Laponie, s’il n’était pas

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invinciblement attiré par des beautés d’un ordre supérieur?

La majesté tranquille de l’océan, le silence des grandes forêts, la paisible sérénité des champs produisent sur le cœur un effet qu’on pourrait comparer à la caresse d’une main d’enfant : un frisson de volupté parcourt la peau, on se sent attendri dans ce milieu tout de sourire et de lumière.

Tandis que le regard se perd dans les étendues fluides qui se confondent là-bas avec les fines brumes du ciel, la respiration cadencée des vagues est comme une symphonie sur un thème d’une monotonie apaisante. Les flots, couronnés de crêtes étincelantes, se poursuivent en ondoyant et viennent mourir sur le sable, incessamment, ou jeter sur les rochers inébranlables leur écume sans consistance. Et dans le grand miroir radieux qu’il surplombe, l’infini se contemple.

Au milieu des forêts, une musique émouvante sort des arbres immobiles; les masses vertes des feuilles chuchotent entre elles, les insectes bruissent sur le sol orné de mille plantes diverses, les oiseaux jettent leurs cris d’appel dans les profondeurs. Au travers du dôme de feuillage, les rayons de soleil tracent de lumineux sentiers, qui plaquent partout de petits foyers, étincelants comme des pierreries. Par des percées, on aperçoit le bleu limpide de l’atmosphère.

Dans les champs fertilisés par le travail, où la nature a été tourmentée, où les plantations, faites avec régularité, sembleraient devoir ôter au paysage sa physionomie ingénue, le promeneur se sent fier du rôle que l’homme est parvenu à jouer au moyen d’une intelligence qui ne se rebute devant rien. Les haies sont taillées; les arbres sont conduits savamment pour leur faire produire le maximum de leurs fruits; les

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champs, labourés et ensemencés, ressemblent à une étoffe imprimée en couleurs différentes, par carrés irréguliers ; les chemins sont tracés pour la plus grande facilité des rapports industriels et commerciaux; les sentiers môme, quoique dessinés d’une manière fantaisiste, où les préoccupations du passant se lisent dans les zigzags et les détours en larges courbes, ont je ne sais quoi de civilisé et de voulu. On sent partout le résultat des nécessités ; la lutte pour l’existence se marque dans l’aspect général et dans le détail des choses. Mais la lumière, l’atmosphère veloutée, l’harmonie de la végétation, un certain désordre joyeux dans la manière dont les plantes se développent, reprenant ainsi sans cesse une liberté que l’homme essaie de leur ôter, composent un charme et une grâce auxquels on ne résiste pas.

Une fascination rayonne des spectacles de la nature et s’attaque à notre sensibilité. Sombres

et grandioses, radieux ou délicats, peu importe ! Le mot « sublime » qualifie aussi bien l’horrible que le splendide. Pour trouver la laideur, il faut descendre dans les actions des hommes, ou dans leurs travaux. Dans la nature, rien n’est laid, même ce qui est terrifiant. Nos répulsions ont pour cause une impression morale. Le rhinocéros fait faire un geste de dégoût, nous éprouvons un sentiment d’horreur devant l’hippopotame, parce que la forme et la couleur de ces animaux ne correspondent pas à un certain état de notre esprit. Ce n’est également qu’après réflexion que l’éléphant paraît moins monstrueusement grotesque : on sait qu’il est intelligent et sensible; on en a fait un serviteur et un ami. Le rhinocéros et l’hippopotame sont des brutes impossibles à domestiquer. On les a déclarés laids parce que leur vue fait une impression mauvaise et aujourd’hui ils sont laids sans circonstances atténuantes.

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Des paysages alpestres sinistres peuvent produire le même effet sur les esprits faibles, sur les tempéraments énervés. Des déchirures sombres, rochers violemment entrouverts par quelque soulèvement volcanique, ne reçoivent jamais un rayon de soleil ; un torrent glacé s’y précipite avec fracas; point de fleur, point de végétation sur ses bords; ce tableau dantesque effarouche les cœurs sans ressorts, la plupart des femmes : — Emmenez-moi d’ici ; c’est affreux !

Un être ou un objet, un tableau de la nature, un phénomène sont donc laids selon le sentiment qu’ils nous inspirent. L’ombre fait peur; le fracas du tonnerre est « épouvantable » ; un arbre tordu par les vents, vieux, déchiqueté, contorsionné, est qualifié de « hideux » par la plupart des gens. Ces répulsions sont naturelles, instinctives.

Mais on ne peut rien conclure de ces sensations, sinon que nous les avons reçues. Pour-

: iG

quoi le serpent est-il « affreux », si ce n’est parce qu’il nous terrifie, parce que nous connaissons sa force, ou parce qu’on nous a dit que son poison est mortel? Cependant l’observateur qui letudie, à l’abri de ses atteintes, lui découvre une souplesse merveilleuse en ses mouvements, une puissance redoutable en ses proportions, quelque chose de fascinateur en ses prunelles, qui ont l’éclat du diamant. Il s’allonge, il a des courbes et des torsions particulières, on le croirait mû par une force autre que celle des quadrupèdes ou des oiseaux. Ce sont là des beautés. Ne restons-nous pas également en admiration devant les restes des colosses préhistoriques qu’on a trouvés dans les couches terrestres et qui ont été reconstruits pour nos musées? Sont-ils beaux de la même manière et pour les mêmes raisons qu’un lion ou qu’un cerf? Non ; ils imposent le respect par leurs formes gigantesques; une comparaison inconsciente se fait

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dans l’esprit avec les animaux tels que nous les voyons aujourd’hui. Les proportions nous effarent, comme lorsque notre imagination se perd dans l’espace et veut mesurer les astres. La sensation du grand nous saisit et produit une idée de beauté.

Les sentiments irréfléchis et les répulsions ne doivent pas toujours être écoutés. L’horreur est bien plutôt en nous que dans l’être ou l’objet qui nous apparaît tout à coup. Il se fait dans les sens un bouleversement, naturel, qui nous ôte les moyens de juger et de conclure. Mais la sensation ne peut se nier, et il faut en tenir compte comme de tout ce qui est réalité. Telle femme qui contemple un lion dans la cage où on l’a enfermé pour satisfaire nos curiosités, et qui lui trouve un air de majesté dont l’impression est un charme, tomberait peut-être morte d’effroi si elle rencontrait ce même lion au détour d’une colline, en pleine liberté. Le rauquement prolongé de ce

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