OBSERVATEURS; APTITUDES SPÉCIALES
sont unies entre elles par la symphonie des colorations, par la place quelles occupent dans l’espace, par leur valeur relativement aux choses qui leur sont proches, par leur vivacité ou leur douceur, par le rôle brillant ou effacé qu’elles jouent dans l’orchestre des tonalités. Les aptitudes ont ainsi' des champs d’attraction et il est inintelligent de leur désobéir. Ce n’est qu’en se livrant à ses instincts, en écoutant la parole secrète qui parle en lui, que l’artiste peut arriver à son développement naturel. C’est pourquoi les écoles autoritaires, où règne un principe arrêté, sont pernicieuses : les facultés d’observation peuvent y être annihilées en partie ou amoindries ; ainsi s’efface la personnalité qu’elles promettaient.
Des artistes sont quelquefois portés à étudier les coins bizarres de la vie; dans les actions et les formes humaines, ils voient surtout les côtés ridicules : l’ampleur, la grâce, la majesté, la finesse pour eux sont des mots vides de sens,
LA BEAUTÉ DANS L’ART
ou qui du moins n’éveillent en leur esprit rien qui les passionne. Détournez-les de leur goût, ils ne feront rien que de médiocre.
Ces facultés spéciales ne sont point communes. Peu d’hommes distinguent le caractère typique des êtres et des plantes ; peu sont impressionnés par les mouvements de la vie. Ainsi que la plupart d’entre nous meurent sans avoir réellement aimé, une énorme majorité d’hommes passent dans la vie sans avoir ressenti aucun plaisir à considérer les multiples aspects sous lesquels la réalité leur est apparue. Pour la plupart, un beau chêne respecté par les siècles, un bouleau élégant, le contour pittoresque de collines se détachant finement sur le ciel, une gorge fraîche, où rmroite un filet d’eau, une maisonnette délabrée à l’ombre de noyers touffus., n’ont d’autre intérêt que leur utilité matérielle : le chêne deviendra un beau sommier, la source pourra faire tourner la roue d’un