I.— TEXTES
" Et Dieu créa les grands poissons et tous les animaux doués de rie et de mouremeni que les eaux produisent, et tous les oiseaux, chacun selon son espèce.'' — " Et il fit les bêtes de la terre, et les animaux domestiques, et tous les reptiles, selon leur genre. Et Dieu rit que c'était bon." (Gen. I, 21, 25.)
Dans leur brièveté, ces textes sacrés rangent les animaux en trois classes : ceux de Teau ou aquatiques, ceux de l'air ou aériensy ceux de la terre ou terrestres... Les savants naturalistes n'ont cessé d'étudier leur interminable nomenclature, en les divisant et subdivisant par ordres, tribus, races, familles, genres et espèces. Est-il rien de plus admirable à l'imagination, rien de plus intéressant pour l'esprit que de parcourir les anneaux successifs de la chaîne ininterrompue des êtres organisés, si magistralement échelonnés dans la nature par le Tout-Puissant ?
IL— CONSIDÉRATIONS
I. — Les eaux salées et douces sont peuplées d'une innombrable quantité de poissons et d'animaux aquatiques. Les plus rudimentaires, parmi eux, les mollusquesy rattachent l'ordre des végétaux à celui des animaux : telles les belles anémones de mer et aussi les éponges. Les huîtres produisent la nacre et les perles, associant ainsi la beauté à l'utilité. C'est par myriades que les animaux inférieurs vivent sur le corail, sur les algues et sur les rochers submergés. Ces colonies inconnues et inac-
cessibles ont leur beauté spécifique, comme les animalcules de la phosphorescence marine. "Un seul offre dans la petitesse de son corps des parties incomparablement plus petites, des veines, du sang dans ces veines, des humeurs dans ce sang, des gouttes dans ces humeurs, des vapeurs dans ces gouttes.'* (Pascal, Pensées I.) Il y a sans doute dans ce sang d'autres animalcules qui en renferment d'autres encore plus petits ! . . . Ainsi Dieu est grand dans ses œuvres les plus infimes.
C'est par myriades encore que les poissons de toute dénomination, de toute forme ou dimension, de toute configuration et de toute couleur se jouent et s'ébattent, parmi les hautes lianes qui germent au fond des mers, à la surface des lacs tranquilles, dans le cours des fleuves majestueux, dans les rivières et les moindres cours d'eau. Combien le prophète a raison de s'écrier :
" Quelles sont grandes, Seigneur, vos œuvres ! Vous avez tout fait avec sagesse . . . Voici cette vaste mer aux bras immenses : là, sont les reptiles sans nombre, les animaux petits et grands . . . Sur elle naviguent les bâtiments. En elle se meuvent les monstres que vous avez formés pour s'y jouer. Tous attendent de vous que vous leur donniez la nourriture en temps opportun. Quand vous la leur donnez, ils la recueillent, et quand vous ouvrez la main, tous sont comblés de biens ! " (Ps. 103.)
Ce langage sublime marque les soins de la Providence envers toutes les créatures animées. Elle joint la bonté à la beauté.
II. — Les oiseaux sont les favoris de la création. Leur organisme est presque toujours merveilleu-
sèment beau : le corps solide et bien proportionné, la forme effilée et gracieuse, la tête bien dégagée, parfois surmontée d'une huppe ou d'une crête, les yeux vifs, aptes à voir de près et de très haut, ayant les deux paupières munies de leur membrane transparente et protectrice, le bec ou pointu, ou long, ou court, ou recourbé, les deux pattes de longueur et de grosseur variables avec ongles ou griffes, avec des serres ou des membranes de natation . . .
Mais la beauté réside plus encore dans les ailes et le voly dans les plumes et le chant, dans les nids et les œufs . . . L'aile est faite d'os courts et fermes, couverte de plumes serrées, terminée par de longues pennes : toutes s'étendent dans le vol, se soulèvent, se hérissent même en tremblant, s'abaissent à volonté. . . Le vol n'est pas le privilège de tous ou il reste parfois très bas. En général il est haut et rapide. L'aigle, grâce au sien, est le roi des airs . . . Les couleurs sont souvent ternes et grises. Mais il suffit de parcourir un musée ornithologique pour se laisser séduire à la beauté du plumage : plumes blanches et frisées de l'autruche, éclatantes et multicolores du faisan et du paon, soyeuses aux flancs et à la queue du paradisier, élégantes au suprême degré de l'oiseau-lyre, incarnat et pourpre du cardinal, écarlateset azurées du lophophore de l'Himalaya. Il n'est pas jusqu'au mignon oiseau-mouche du Canada qui n'attire par sa taille et sa grâce. . . Le chant est le plus appréciable privilège de l'oiseau. Musicien, il donne des concerts la nuit, comme le rossignol, le jour en cage comme le serin, ou sur le grand théâtre de la nature. . . Les nids sont des chefs-d'œuvre chez plusieurs classes : car l'oiseau
est aussi architecte. En même temps, il se révèle habile tapissier, maçon, plâtrier, tisserand. Le nid de l'oiseau-mouche à gorge de rubis accuse l'art le plus délicat : c'est un sertisseur ... Et les œufs que l'oiseau dépose dans son nid sont aussi d'une remarquable beauté : surtout en raison de leur coloration indéfinie, de leur dimension et de leur nombre. Quiconque en a vu une collection dans un musée en demeure émerveillé . . .
Aussi bien, l'homme s'éprend d'une profonde sympathie pour les oiseaux : ils le charment, tant par la délicatesse de la forme, pour l'éclat du plumage, par la mélodie de la voix, par la gracieuseté du mouvement. Vivantes fleurs qui volent, qui parsèment le ciel et embellissent les airs de leurs splendides parures. L'homme parvient à les détenir en captivité; mais il ne réussit guère à les acclimater, ni à les domestiquer en serviteurs dociles et reconnaissants... Pourtant ils le servent à leur façon : exquise alimentation, duvet moelleux et délicat, élégant plumage aux reflets de pierres précieuses, échenillage des cultures et des moissons, des plantes et des arbres fruitiers !..
m. — Les animaux terrestres qui peuplent l'univers présentent un autre genre de beauté, plus sévère et plus grave. La structure des quadrupèdes est remarquable et supérieure à celle des autres embranchements inférieurs : la taille massive ou légère, petite ou grande, les quatre pattes longues ou courtes, la tête portée sur un cou plus ou moins élevé, la queue en touffe ou en longs poils, tout le corps velu, les yeux parfois placés sur la face, les oreilles bien développées, le nez et les lèvres achevant
Texpression. Moins vives que les couleurs des oiseaux, celles des quadrupèdes sont parfois d'une teinte exquise et d'une superbe finesse. Cependant la peau du tigre est peinte de bandes noires sur fond clair, ainsi que celle du jaguar : ce qui relève la beauté de leur forme. La gazelle, aux pattes grêles, au corps mince, au cou délicat, à la tête fine est le type même de la grâce légère. Le lion est bien le roi : son aspect est superbe : par la proportion des membres, la largeur de la face, l'ampleur de la crinière, le farouche des yeux, mais non la cruauté.
Isolé, l'animal de telle famille peut être beau. Réunis entre eux, ceux de la même famille offrent un spectacle séduisant. Jadis, dans nos prairies de l'Ouest paissaient les grands troupeaux de bisons : c'était la vie dans ces immenses solitudes, par leurs mouvements agiles, leurs jeux, leurs combats, leurs courses, leur nombre et leur réunion. L'ordre et la discipline, que savait observer leur instinct, causaient au spectateur un sentiment de satisfaction véritable . . .
Les autres, ** animaux domestiques ", ne manquent pas de procurer de l'agrément à l'homme. Tels le chat et le chien. Ce dernier surtout, " l'ami fidèle", est remarquable, moins par la beauté de son pelage dans certaines races, que par le dressage pratique, l'attachement invincible, l'oubli des châtiments, la docilité aux ordres, le dévouement dans le danger. Nul autre animal ne sait, comme lui, exprimer son affection par ses cris étouffés, ses aboiements, ses attitudes : il est le bon serviteur du foyer (V. Souben, Ibid.)
LA BEAUTÉ PHYSIQUjE 23
Il est un troisième animal, près de nous, qui porte en lui tous les caractères de la beauté : le cheval. L'Écriture, dans le livre de Job, esquisse à merveille le portrait du cheval guerrier :
*' As- tu donné au cheval la force ? As-tu revêtu son cou d'un hennissement éclatant ? Feras-tu bondir la bête comme une sauterelle ? Le son magnifique de ses narines est terrifiant. Il creuse la terre du pied, il tressaille d'audace, il s'élance au-devant des hommes armés. Il dédaigne la peur, il ne recule point devant le glaive. Sur lui retentit le carquois, s'agitent la lance et le bouclier. Il écume, il frémit, il dévore l'espace, il ne se contient plus au bruit du clairon. Dès qu'il entend la trompette, il dit : Allons ! De loin, il flaire la bataille, la voix des chefs et les clameurs des armées." (Job 39).
Les sociétés, enfin, des abeilles et des fourmis sont faites de traits étonnants et charmants et déconcertent le savant. Voyez leur organisation mutuelle, la division de leur travail, leurs véritables minuscules industries, les séries d'opérations et de constructions d'une complexité inouïe : tout chez elles confond d'admiration et d'allégresse !
" Bénissez le Seigtieur, cétacés et tout ce qui se meut dans les eaux 1 . . . Bénissez-le, bêtes sauvages et troupeaux. ' (Dan. 3.) — " Interroge les ai imaux et ils V enseigneront ; les oiseaux du ciel, et ils t'instruiront. . . Parle à la terre, et elle te répondra; et les poissons de la mer prendront une voix. . . Qui donc ignore que tous les êtres sont l'ouvrage de la main du Seigneur f ' ' (Job 12.)
Article FV. — La Beauté humaine