‹ La beauté de l'âme chrétienne, religieuse, sacerdotaleChapitre 16 sur 95 · I.— TEXTES · texte numérisé non relu

I.— TEXTES

" Je vis les figures de toutes sortes d'animaux ; et toutes les idoles de la maison d' Israël étaient peintes sur le mur tout autour." (Ezech. 8.) — " Elle vit des hommes peints sur la muraille, images des Chaldéens, tracées en couleur." (It. 23.)

Ce sont les deux seules allusions de la Bible, concernant l'art de la peinture. Les nations idolâtres, voisines des Hébreux, s'étudiaient à l'invention des œuvres d'art, encore primitives et grossières. Elles les faisaient toutes converger vers les voluptés dépravées et les ornementations du culte païen.

II — CONSIDÉRATIONS

I. — La peinture occupe la première place, parmi les arts libéraux. Elle exprime le même genre de beauté que la sculpture, la beauté sensible, intellectuelle et morale. Elle est aussi plus émouvante et plus claire que la musique : ainsi elle s'élève audessus des deux arts, parce que ses moyens sont plus expressifs, plus riches, plus variés : perspective et couleur.

Par Toeil et le regard, la peinture représente non-seulement la passion et la volonté, mais l'attention, la pensée ou appliquée à un objet précis, ou plongeant dans les radieuses profondeurs de l'idéal et de l'infini.

Par la couleur, elle accroît l'expression de certains traits, sans trop les accuser : elle atténue, sans trop les effacer, l'accent de certains autres. En vertu de la couleur, elle augmente l'éclat de la beauté et dissimule, en partie, les formes ingrates ou fâcheuses : ce qui lui permet un usage modéré de la laideur, absolument interdit en sculpture.

Par les jeux de la lumière, elle prend possession de l'air et de l'espace, et y répand ses créations en toute liberté.

Par la perspective, elle multiplie les plans, les aspects ; elle étend le champ de la vision et fait entrer dans ses cadres les formes les plus diverses de la nature. (Lévêque, Science du Beau.)

Les procédés de la peinture sont très variés. Selon la matière employée, c'est la peinture à l'eau ou aquarelle, la oeinture à l'huile ou à la cire. Selon la résultat visé, c'est la peinture sur verre, sur tapisserie.

sur émail, sur porcelaine, sur marqueterie ou pièces de rapports. Selon le sujet reproduit, c'est la peinture de batailles, de paysages, de marines, de fleurs et de fruits, d'arabesques, et surtout la peinture d'animaux et de personnages célèbres ou héroïques, religieux ou saints.

Les premières traces de peinture chrétienne, encore au berceau et étrangère aux délicatesses et aux grâces de la forme grecque, se trouvent dans les catacombes. Leur caractère est plus symbolique qu'artistique. C'est la barque, sj^mbole de l'Église ; le paon, symbole de l'immortalité ; l'agneau, le poisson, le pélican, qui représente le Christ ; la colombe, le Saint-Esprit . . . Sur les murs, l'on représente les faits bibliques : Isaac sur le bûcher, Jonas dans la baleine, Daniel dans la fosse aux lions . . . , tous comme types figurant le Messie.

II. — Les fresques murales offrent des traits d'ensemble d'une remarquable beauté.

Ce genre de peinture, appliquée sur l'enduit frais d'un mur ou d'une voûte, y pénètre et s'y incorpore. Si le travail est long et fort compliqué, ses effets servent de récompense à l'artiste, aux yeux des amateurs.

Le premier enduit est fait de chaux, de sable et de tuiles pi'ées. Lorsqu'il est asséché, on en pose un second que l'on humecte d'eau. Enfin on couvre le fond d'un dernier enduit, composé de chaux, de sable et de pouzzolane. C'est sur ce fond encore humide que l'artiste travaille ses dessins et ses personnages. Nulle peinture n'est plus réfractaire aux injures des années.

Les églises d'Italie abondent en fresques incomparables de beauté. Le Jugement dernier de Michel- Ange, à la chapelle Sixtine, est considéré comme le chef-d'œuvre du genre.

En France, au dernier siècle, Hippolyte Flandrin à St-Germain-des-Prés et Puvis de Chavannes au Panthéon et à la Sorbonne, ont conçu et exécuté de magnifiques fresques décoratives. Ils ont réussi, avec un art parfait, à réaliser leurs rêves de grâce et de splendeur. Les deux génies ont su aérer leurs œuvres de souffles mystérieux, caressants, légers. Ils ont su spiritualiser les formes, ainsi que les teintes de figures idéales, qui séduisent l'esprit en soulevant l'admiration des sens. Ils ont su poétiser la matière que fournit la nature par l'art d'évoquer des visions pures et nobles et de suggérer des images qui s'achèvent en pensées et en sentiments très délicats.

III. — Les tableaux religieux constituent, à eux seuls, une immense et opulente galerie, qui réunit les plus ravissantes beautés.

L'Italie du seizième siècle est ici encore à la tête des autres nations. La peinture y compte cinq grandes écoles : Yécole Florentine, remarquable par son style grandiose et harmonieux ; Vécole Romaine, qui se distingue par la correction du dessin, le charme et la suavité de ses compositions : c'est l'école spiritualiste de l'Ombrie ; Vêcole Lombarde, remarquable par la grâce, l'expression et la finesse du dessin ; Vécole Vénitienne, qui s'est signalée par la richesse du coloris et Vécole Bolonaise, par la beauté des formes.

Après Michel-Ange, Raphaël devint le plus célèbre des peintres. Outre les tableaux de la Sainte- F a mille y la Vierge à la Chaise, le Mariage de la Vierge^ Sainte- Cêcile, il a laissé la Transfiguration, son chef-d'œuvre et peut-être le chef-d'œuvre de la peinture... Léonard de Vinci a peint surtout la Cène, la Joconde et le Saint-Jean, deux beaux tableaux du Louvre. L'Assomption du Vénitien Le Titien et celle de Murillo, Espagnol, passent pour de magnifiques chefs-d'œuvre . . .

L'art chrétien comporte une splendeur de beauté unique, bien supérieure à celle de la nature. Pourquoi ? Parce que le génie de l'artiste, au lieu de travailler sur un modèle, doit chercher son thème et son invention dans une région plus élevée. Loin d'imiter le réalisme, il monte jusqu'au surnaturel, au céleste, au divin.

Ce n'est pas qu'il se flatte d'atteindre la perfection d'un insaisissable idéal. Il s'étudie seulement à s'en rapprocher.

C'est pour cette raison que le beau, s'attachant au divin et remontant à sa source, est la dernière expression, ici-bas, des réalités sublimes des éternelles splendeurs !

Article IV. — La Beauté de la Musique

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