CHAPITRE I
La Beauté de Dieu
AitTiCLE I. — La Beauté de son Être
I — TEXTES
*' Je vit éternellement." (Deuter. 32, 40.) — " Je suis Celui qui suis.'' (Exod. 3, 14.) — " Dieu est esprit, et il faut quon V adore en esprit et en vérité.'' (Jean 4, 24.). — " Il est la lumière en qui il ny a point de ténèbres, et il est pour les âmes un foyer de lumière.'* (I Jean 1, 5.)
Dieu existe : la raison le découvre dans ses œuvres, la foi l'aperçoit à travers la révélation de l'Écriture. . . Aussi, l'âme, "faite à son image," doit aspirer à le mieux comprendre, à admirer son être et à l'adorer, à aimer sa bonté, à s'éprendre de sa beauté, à le servir avec fidélité et joie, avec empressement et constance.
I. — La notion de Dieu est accessible à la raison humaine. Ses œuvres, dont il est fait mention précé-
demment, proclament son existence ; elles laissent entrevoir quelque ombre de sa puissance, de sa grandeur, de ses qualités . . .
" Les païens ou Gentils, écrit TApôtre, ayant connu les perfections invisibles de Dieu par les oeuvres de la création, ne Font point glorifié comme Dieu ; mais par une coupable inintelligence ils ont changé la gloire du Dieu incorruptible en des idoles ou en images d'hommes et d'animaux, et travesti sa vérité en mensonge. Ils étaient donc inexcusables. Et Dieu, en punition de leur folie volontaire, les a livrés aux désirs de leurs cœurs et aux passions avilissantes." (Rom. 1, 18-24.)
Pouvez-vous, en effet, connaître l'homme dont vous découvrez l'existence par l'empreinte de son pied sur la neige ? Non. Mais, au moyen de ce léger vestige, vous pouvez bien conjecturer ou sa taille et son poids, ou la direction et la rapidité de sa marche . . . Par le nid sur la branche, vous connaissez l'artiste ailé, sans le voir, comme un beau tableau révèle l'habile main qui n'est plus . . .
Ainsi, sans voir Dieu, qui est invisible, vous le pouvez contempler dans l'empreinte marquée sur les créatures, sur votre âme personnelle surtout et sur celle des autres. Vous découvrez ses admirables perfections les unes après les autres, graduellement plus lumineuses.
Mais dans la Bible, il se révèle à ses créatures raisonnables ; il se nomme à Moïse, il lui donne ses dix commandements ; il règne sur Israël qui devient son peuple . . . Désormais la foi le reconnaît avec toutes ses grandeurs et lui voue au Temple un culte unique et sempiternel. . .
— L'idée de l'Être divin est analysable à l'intelligence humaine.
Elle comprend que Dieu existe par lui-même^ sans devoir son existence à aucun autre être.
Elle comprend qu'il est ainsi l'Être premier, anîérieur à tous les siècles imaginables, car on ne peut supposer un seul moment où il n'était point . . . Vous êtes, vous, un être secondaire, dépendant, accidentel.
Elle comprend qu'il est l'Être éternel, qui a toujours été, dans une durée sans commencement ni fin . . . Vous êtes, vous, un être temporaire, éphémère, passager.
Elle comprend qu'il est l'Être absolu, qui ne dépend d'aucun autre, dans toutes les conditions . . . Vous tes, vous, un être relatif, dépendant, soumis.
Elle comprend qu'il est l'Être nécessaire, qui ne i>eut se concevoir inexistant. Car il faut bien qu'il y en ait un de ce genre, sans quoi rien ne serait, ni personne n'existerait . . . Vous êtes, vous, un être contingent, inutile, presque superflu : est-ce que Dieu, le monde, ne se seraient point passé de vous, de la présence d'Adam et d'Eve, ainsi que de leur postérité ?
Elle comprend qu'il est l'Être infini, étant illimité dans sa personne et ses qualités . . . Vous êtes, vous, fini, borné dans le temps et l'espace, corps et âme.
Elle comprend qu'il est la Cause ou le Créateur de toutes choses, visibles et invisibles. . . Vous êtes, vous, un effet, votre corps venant de vos parents, votre âme de Dieu seul.
Et dans la Bible, il se révèle ainsi à la foi des croyants, montrant clairement au monde que la rai-
son et la foi s'associent et s'humilient à ses pieds, toutes deux ayant en lui leur origine commune.
III. — Les aspects de la Divinité sont les manières dont elle apparaît à notre vue. On les peut réduire à trois : la vérité, la bonté, la beauté.
1. La vérité exprime l'idée que Dieu est intelligible, étant l'intelligence infinie, qui se connaît et se comprend elle-même, manifestation lumineuse de son Être, contemplation sans bornes avec une complète satisfaction de toutes ses perfections . . .
Toutes les vérités de ce monde, idéal, principes, axiomes, en religion les dogmes révélés, découlent de cette source divine : ce ne sont que des lueurs, mêlées d'ombres ! . . . Le plus savant ici-bas ignore bien plus qu'il ne sait.
Ce n'est qu'au ciel que l'âme glorifiée pourra contempler la Vérité éternelle, qui est Dieu lui-même, dans un extatique ravissemenc . . .
2. La bonté exprime l'idée d'amabilité qui attire. Dieu se fait aimer parce qu'il est infiniment aimable : c'est tout son être qui l'attire lui-même et le retient dans l'amour infini.
Toutes les manifestations de la bonté divine nous imposent un charme séduisant. Il y a, dans la création, œuvre de la Bonté, mille et mille choses charmantes et attrayantes. La plus vraie et la plus belle ici-bas est la tendresse maternelle, qui enveloppe l'enfant même malheureux, même indigne et coupable.
Faible image de la bonté du Père des cieux, qui a créé la bonté de cœur dans toutes les mères. Nulle ne rapproche plus de l'idéal infini que la tendresse de Marie pour Jésus.
98 LA BEAUTé DIVINE
Cette bonté divine reste l'objet de notre admiration et devient le mobile de l'amour de charité, qui nous fait aimer Dieu, non parce qu'il est bon pour nous — ce serait le rapetisser, — mais parce qu'il est infiniment bon en lui-même.
La gloire du ciel seule fera resplendir les traits du Père céleste, quand on l'y verra ''face àface*\ et sans terme.
3. La beauté exprime l'idée de splendeur et d'éclat de tout l'Être de Dieu. Toutes les beautés extérieures n'en sauraient être qu'un pâle et insignifiant reflet... Seules la personne de Jésus et celle de Marie ont pu en donner une idée à la terre.
Une condition de la beauté est Vintégritéy celle à qui rien ne manque. Un homme, amputé de ses bras, n'est pas physiquement beau ; moralement non plus, s'il entre en colère. A Dieu, rien ne manque : il n'a ni tache, ni lacune. Il jouit de toutes les qualités à l'infini et possède la beauté intégrale.
Une seconde condition de la beauté est Vharmonief celle qui résulte de l'accord de ses propriétés essentielles. Deux yeux inégaux la troublent dans une belle physionomie, des couleurs mal assorties dans un beau tableau, des notes discordantes dans un concert. En Dieu, les perfections s'harmonisent dans une seule : bonté et justice, puissance et sainteté . . .
Une troisième condition de la beauté est la variété. Les sens et l'esprit se fatiguent de la monotonie : aussi la nature et l'art ne réalisent l'impression du beau que par la variété des objets. En Dieu, rien de semblable : la vision de l'une de ses qualités ne
saurait lasser et leur contemplation éternelle demeure variée à l'infini.
Une dernière condition de la beauté est Véclat ou le splendide rayonnement. Si un puissant projecteur électrique colorait une ville, un paysage, une flotte immense sur ses ancres, de toutes les teintes simultanées de Tarc-en-ciel, vous auriez une radieuse idée de Téclat. H ne saurait néanmoins déterminer une image de la beauté divine, même s'il se transformait en soleil au haut du firmament et baignait la nature de sept couleurs.
Oui vraiment, Dieu est beau. Il est la beauté souveraine, d'où émanent toutes les beautés angéliques et humaines. Puisse-t-elle réussir à captiver votre esprit, à séduire votre cœur, à ravir votre admiration, à éclairer votre vie jusqu'au dernier jour !
Article II. — La Beauté de ses Perfections