I.— TEXTES
" 7/ arriva que Jésus vint de Nazareth de Galilée et fut baptisé par Jean dans le Jourdain. Et sorti de l'eau, il vit les cieur ouverts, et l'Esprit- Saint descendre ei demeurer sur lui. Et une voix des deux se fit entendre : Tu es mon Fils bien-aimé et je me suis complu en toi. — " Et aussitôt V Esprit le poussa dans le désert." (Marc 1, 9, 12.) — " 7/ en viendra un plus puissant que moi ; lui vous baptisera daîis V Esprit-Saint et le feu." (Luc 3, 16.)
A trente ans, Jésus quitte Nazareth, où il est tant aimé, et, maintenant, tant pleuré des siens. Il esc d'une beauté majestueuse et douce à la fois, " le plus beau des enfants des hommes *' (Ps. 44, 3). Dans une âme noble et belle, tendre et forte, tout s'harmonise, même sur la physionomie ... Il est seul sur la route qui mène au Jourdain, pieds nus, le front replendissant des desseins du salut du monde et, sur les lèvres, un sourire divin ... Le voici aux pieds du Précurseur, son parent retrouvé et bientôt martyr de la vérité. Au baptême, révélation du Fils par l'Esprit-Saint, symbolisé par la colombe, et par la voix du Père, venant des cieux . . . Puis, c'est le désert, le jeûne, la tentation, qui vont inaugurer sa mission.
II — CONSIDÉRATIONS
î. — La science divine ou incréée est propre au Verbe incarné et lui est commune avec les deux autres Personnes. C'est la Sagesse éternelle, absolument incommunicable à aucune créature et si souvent exaltée dans les Écritures.
Mais il y a trois sciences distinctes dans la splendide âme de Jésus, qui s'y harmonisent merveilleusement, bien que d'une façon mystérieuse pour nous.
La science iniuitlve ou la vision directe de la Divinité, laquelle s'est manifestée à son âme, à l'instant même de sa création. On l'appelle aussi vision héatifiqiie, parce qu'elle la rend pleinement heureuse. Elle constitue le ciel des anges et des Bienheureux, dans la contemplation et la jouissance inexprimable de la divine essence : elle est réservée aux élus de l'avenir, à nous qui travaillons à la conquérir avant la mort. . . .Notez toutefois que le Verbe incarné a retenu les effets de cette vision, afin de permettre à son âme de souffrir et de mériter : telle une digue très puissante permet de suspendre le cours d'un grand fleuve et d'en détourner les eaux.
La science infuse est faite des lumières que le Verbe lui communiquait sans cesse et directement : vaste domaine des connaissances nécessaires à son grand rôle de docteur, de prophète, de thaumaturge. L'on comprend un peu cette science, si l'on analyse la vie des saints contemplatifs : ils ont reçu d'en-haut des connaissances non acquises, des lumières directes sur les consciences, sur les événements, sur leur état
LA BEAUTÉ DE jÉSUS-CHRiST 133
personnel. El l'âme de Jésus fut dotée de cette science, au premier instant de Tlncarnation.
La science acquise, la seule où Jésus a progressé, lui vint de l'éducation de ses parents, du jugement et du raisonnement, de l'expérience des années. De la sorte, on peut dire qu'un jour " sa sagesse " était moindre que le lendemain, qu'elle " croissait devant Dieu et les hommes " ; donc, en réalité. Elle semble le diminuer. Non. Elle le rend semblable à nous, plus apte à nous comprendre et plus accessible à notre médiocrité. Aussi va-t-il parler dans la langue qu'il a apprise, user de^ comparaisons et des paraboles à la mode orientale, prier et souffrir comme nous . . .
II. — La prescience de Jésus, communiquée à sa belle âme, connaissait d'avance toutes les choses présentes et futures, et discernait chaque âme individuellement, séparément des autres.
Bien que créée, finie, bornée à d'étroites limites, son âme a le pouvoir de saisir d'un coup d'œil tout le monde des âmes. C'est ainsi que la mémoire humaine, à l'aide des images conservées dans les millions de cellules et de fibres du cerveau, rappelle soudain, sur un ordre de la volonté, les moindres détails des lieux, des personnes, des faits, et du passé relaté dans l'histoire, et du présent où l'on vit. Souvenirs, noms, formules, vocabulaire de plusieurs langues, la mémoire les ressuscite avec ordre, .sans confusion ni mélange. . . C'est ainsi que des millions de récepteurs de télégraphie sans fil, adaptés à toutes les fenêtres de la ville de Paris ou aux arbres innombrables d'une immense forêt, recevraient la même
dépêche aérienne simultanément, c'est-à-dire la même pensée transmise par le courant d'émission.
Si la mémoire, secondée par le cerveau, et les ondes électriques aidées par des instruments matériels, opèrent cco étonnantes merveilles, il convient d'admettre la connaissance simultanée de toutes les âmes par Tintelligence humaine de Jésus. Qu'elle est grande, puissante, bonne, aimante ! Comme le soleil atteint de ses rayons chauds et fécondants les régions les plus vastes, chaque brin d'herbe, chaque graine, chaque fleur : ainsi cette âme sublime nous éclaire, nous réchauffe, nous aime personnellement, de la crèche à la croix, comme au tabernacle et au sommet des cieux ! . . .
III. — La vie intime de toute âme baptisée se déroulait d'avance à son intelligence et à son cœur.
Ainsi quand il travaillait à Nazareth, il pensait à nous, à moi, à nos parents et amis, à tous ; quand il prêchait l'Évangile, imposant ses préceptes, expesant se^ conseils, étalant sa belle doctrine, il nous avait sous les yeux . . . Quel charme devraient nous inspirer ces lointaines visions !
Mieux que cela ! Pour l'âme de Jésus, ni passé, ni présent, ni avenir : rien qu'une vue totale et immédiate! Ainsi, si je prie au pied de l'autel ou si je parcours les stations, il voit ces actes de piété dans son esprit, et il en éprouva des consolations ; si je souffre d'une calomnie et si je la pardonne au coupable, je le réconfortai alors en imitant son exemple. D'autre part, l'offense présente, le péché consenti aujourd'hui, chaque faute le blessa alors, à travers les dix-neuf siècles qui nous séparent de lui.
Quelle splendide révélation dans ces effets rétroactifs de la prescience de Jésus ! Elle devrait provoquer dans chaque âme chrétienne et religieuse deux sentiments dominants : la crainte et l'horreur de la moindre faute volontaire ; l'amitié et l'union intime avec Jésus, jointe à une gratitude, à une joie, à une paix infinies !
Article IL — La Beauté de sa Doctrine