‹ La beauté de l'âme chrétienne, religieuse, sacerdotaleChapitre 48 sur 95 · II.— CONSIDÉRATIONS · texte numérisé non relu

II.— CONSIDÉRATIONS

I. — La Résurrection de Jésus est la première récompense accordée aux douleurs de Marie.

A qui, plus qu'à elle, devait-il octroyer cette joie ? Cœur délicat, aimant, dévoué, il lui doit ce témoignage de filiale affection. Elle a eu d'en-haut la force et le courage de tant souffrir ; elle en reçoit la force de supporter un tel bonheur.

Dans tout l'éclat de sa splendeur, Jésus n'enleva rien à son abandon, associé à la familiarité et à l'intimité, lui parlant des douleurs qui ne reviendraient plus, des suavités et de la gloire qui seraient éternelles.

Et Marie en savourait la consolante douceur. Elle amassait ces sentiments dans son cœur, comme une source vive et intarissable, où désormais les âmes puiseront toutes les allégresses pascales.

Et ces apparitions se renouvelaient sans cesse durant quarante jours, embaumées des profondes délices d'une paix céleste.

II. — L'Ascension de Jésus vint-elle attrister le cœur de sa mère ? Assurément; la séparation la laissait seule. Mais quel triomphe rayonnant d'espérance ! Néanmoins une mère reste sensible à l'absence de l'objet aimé. Que dire de celle d'un Jésus ! . . .

Mais la joie et la paix éclatent dans ses traits : l'union des deux âmes demeurait la même, étroite,

pure, ravissante, en raison même de leur amour très intime.

'* Si vous m'aimiez, disait-il aux disciples, vous vous réjouiriez de mon départ vers mon Père.** Or, qui aima jamais Jésus si fort et si parfaitement ? Personne assurément. Personne donc ne se réjouissait comme elle de la joie du Sauveur.

Sur la montagne des Oliviers, il sourit une dernière fois à ses apôtres, surtout à sa mère et aux saintes compagnes de son exil. Adieu terrestre, avant le suprême, le céleste, l'interminable revoir !

Et tous, et Marie, le suivaient des yeux, avec un indicible amour, une espérance inimaginable ! Veuve isolée des siens, Marie devenait la mère de Jean, des Apôtres, des disciples, des âmes attachées à Jésus : elles étaient au nombre de cent vingt environ, noyau de l'Église naissante.

III. — La Pentecôte les trouva toutes assemblées au Cénacle, sanctuaire de la prière, où Jésus institua l'Eucharistie et le saint sacrifice.

Sur l'ordre même du Maître, il y avait là les ** frères " de Jésus, Jacques et Jude, comptés parmi les onze apôtres, Simon et Joseph leurs frères, Mathias, le nouvel agrégé au collège apostolique, des saintes Femmes et " Marie, Mère de Jésus ", tous en prière.

Le matin, cinquantième jour après la Résurrection, un grand bruit, comme celui d'un violei.t ouragan qui aurait envahi la maison, annonça la venue du Consolateur. Puis l'on vit apparaître comme des langues de feu, se reposant sur la tête de cl'acun.

Dans l'âme de Marie, nouvelle et insondable effusion, abondance des sept dons, des douze fruits, des huit béatitudes, qui accroissent sa sainteté !

Au surplus, communication des magnifiques faveurs de l'Esprit-Saint, qui lui conférait : la /oî, qui opère des prodiges ; le don des miracles, le don des langues, pour en user avec la plus parfaite prudence ; le discernement des esprits, Vinterprêtaiion des discours, la prophétie, pour lire dans les cœurs, pénétrer les mystères, présager l'avenir ; enfin les dons de guérison et d'assistance, dont Jésus prodigua si souvent les bienfaits pour toucher lestâmes et les sauver en sauvant les corps.

Ainsi Marie se voyait, à un degré supérieur, consacrer dans le rôle de Mère des grâces à l'égard des premiers chrétiens, de ce corps mystique de Jésus, confié maintenant à ses maternelles sollicitudes . . . Quelle grandeur dans la beauté de sa mission !

IV. — La Mère de l'Égîise naissante dévoue les dernières années de sa viduité à enfanter des âmes à Dieu. Elle habite, croit-on, Jérusalem, dans la demeure de Jean, modèle de ses vrais fils d'adoption. Combien d'années ? De l'an 29 probablement jusqu'à Tan 41 ou 42 environ.

Le silence, hélas ! plane impénétrable sur sa retraite et ses démarches. Les Actes la montre discrètement au milieu des âmes croyantes, lien d'unité et de charité. Ce demi-jour mystérieux convient bien à sa modestie habituelle, à son rôle de femme et de mère ; action douce, voilée, mais pénétrante, eflScace. Elle agissait par l'exemple de la prière en commun, ou privément, ou encore dans le Temple, où se portaient les Apôtres pour instruire.

Elle participait avec les saintes Femmes à *' la fraction du pain.'' (Act. 2), c'est-à-dire à l'Eucharistie, à la visite quotidienne de Jésus. Comme elle

devait exhaler le suave parfum de la plus haute piété, de la dévotion la plus parfaite : première adoratrice du saint sacrement !

Elle entretenait des relations de charité et de miséricorde avec le groupe de peraonnes amies et de sa connaissance. Il en venait de Samarie, de Galilée, toutes néophytes dans la foi, toutes charmées de ses conversations, de ses conseils, de son amabilité si attrayante.

Modèle des veuves, elle inspirait aux unes l'amour de la pauvreté, aux autres l'affection des miséreux, à toutes le détachement du monde, le goût de l'oraison, le zèle des conversions.

Elle vit sans doute les convertis les plus notables s'approcher d'elle, pour recourir à ses lumières et l'interroger sur la passé de Jésus. Peut-être a-t-elle ramené à la foi chrétienne bon nombre de cœurs hésitants et d'esprits encore indécis ! Et les Apôtres, et les disciples ne cessaient de provoquer ses conseils.

Quant aux apôtres Evangélistes, ils entrèrent assurément en relations fréquentes avec Marie. Elle les renseignait tour-à-tour sur les divers mystères, selon les desseins de l'Esprit-Saint qui éclairait et guidait son intelligence . . . Quelle immense gratitude la sainte Église doit vouer et garder envers l'inspiratrice des principaux faits évangéliques !

Elle fut témoin des premiers épisodes de la vie de l'Église, grâce à la parole ferme et hardie de l'apôtre saint Pierre ; témoin des premiers miracles, des premières persécutions, des nombreuses conversions. Elle vivait toute la vie intime des âmes : Saul terrassé, Etienne lapidé, les apôtres emprisonnés et fustigés . . .

Ainsi son âme si belle montait toujours dans la radieuse lumière et s'abîmait dans les profondeurs de l'amour; malgré les coups de la douleur devant les endurcis et les païens, elle menait une vie de plus en plus angélique et céleste.

V. — La Dormition de Marie approchait : mort ou sommeil de courte durée. Sa sainteté était au comble, sainteté qui défie toute humaine appréciation. De rimmaculée-Conception à ce terme final, la grâce s'est incessamment accrue dans une proportion déconcertante, inestimable à nos conceptions, immense comme l'océan. Elle surpasse dans sa beauté toutes les splendeurs des légions angéliques et du nombre incalculable des élus réunis.

Innocente, elle avait, comme l'innocent Jésus, subi tous les maux de la vie. Comme lui, elle devait mourir. Comme lui, elle devait ainsi consoler nos deuils et encourager notre faiblesse, qui s'effraie de passer par ce chemin.

Mais elle s'endormit sans les infirmités de l'âge, sans les souffrances de la maladie, sans les transes de l'agonie : son martyre avait duré toute la vie et l'avait abreuvée d'angoisses au Calvaire. Imperceptiblement, les yeux au ciel, sous les regards des siens et des apôtres, dans un dernier sourire, l'âme quitta le corps virginal, sans en effleurer la paix inaltérable.— " La charité ne meurt point ! " (1 Cor. 13.)

Selon les uns, elle vécut 59 ans, selon d'autres 63 ou même 72 et plus : la première opinion paraît la plus probable.

VI. — L'Assomption de Marie s'appuie sur la croyance traditionnelle de l'Église primitive, et

même sur la révélation divine, dépôt sacré confié à l'Église.

En vérité, tout, dans sa personne, s'oppose à la décomposition du tombeau. Tout, plutôt, exige l'incorruption et la vie. Son incomparable pureté, son innocence absolue, sa belle virginité conservée dans sa maternité, l'amour unique de Jésus, l'Incarnation, l'exemption de toute faute... appellent l'affranchissement de la mort et de ses conséquences, la résurrection et la migration vers les joies éternelles. Son rang et sa place sont là-haut, à côté de son Fils. Au-dessus du désert de ce monde, Marie s'élève vivante dans son corps ressuscité, appuyée sur son bien-aimé, attirée par lui dans la gloire, oii il la couronne comme la reine des Anges et des élus.

C'est là qu'elle glorifie le Seigneur, tressaille d'allégresse en Jésus ; qu'elle régnera éternellement, abaissant les regards de sa bonté et de sa miséricorde sur toute âme qui l'invoque, qui l'aime, qui l'imite surtout. . .

*' Un grand signe parut au ciel : une femme revêtue du soleil, la lune sous ses pieds et, sur sa tête, une couronne de douze étoiles.'* (Apoc. 12.)

Article VI. — La Beauté de son Culte

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