‹ La beauté de l'âme chrétienne, religieuse, sacerdotaleChapitre 53 sur 95 · I.— TEXTES · texte numérisé non relu

I.— TEXTES

" Marie donnera le jour à un fils, et tu V appelleras Jésus.^' (Matt. 1, 25.) — " Les bergers trouvèrent Marie et Joseph, et l'enfant couché dans une crèche." (Luc 2, 16.) — " Ils portèrent l'enfant à Jérusalem pour l'offrir au Seigneur." — *' Mon fils, votre père et moi, nous vous cherchions désolés." — '*Agé d'environ trente ans, on le croyait le fils de Joseph." (Luc. 3, 23.)

Selon les desseins du Ciel, il fallait un époux à Marie, mais en même temps un père à Jésus enfant,

adolescent, jeune homme. Ni la mère, ni l'enfant ne pouvaient seuls traverser les jours d'épreuve, de pauvreté, de péril imminent, de labeur constant. De plus, le grand miracle du Verbe incarné ne devait pas être exposé aux regards et à la discussion des hommes. Il demeurait caché à tous, même aux démons. C'est sous le voile du mariage légitime que le mystère s'accomplit et dura trente années.

II — CONSIDÉRATIONS

I. — Fils de David est le premier titre qui qualifie saint Joseph. Il en est le légitime descendant, de sang royal, comme le sont Marie et Jésus.

La postérité directe de David, héritière du sceptre et du trône, des prérogatives et des privilèges, antiques promesses, passe à Jésus par la généalogie de Joseph. Il lui transmet tous ses droits de la royale lignée. Les enfants ne succèdent-ils pas aux droits paternels ?

Mais, dans l'auguste personne de Jésus, s'éteindra la lignée de David. Il en sera le magnifique couronnement.

II. — ''Homme juste" est le second titre que confère à Joseph le Saint-Esprit lui-même.

La raison en est, a écrit saint Jérôme, que " son âme est embellie et enrichie de vertus et de perfection." Si le saint n'a pas exercé une éminente perfection, supérieure à celle de tous les bienheureux, il ne saurait être appelé juste. Il n'aurait pas eu la, justice réclamée par ses fonctions et par sa dignité, bien

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au-dessus assurément de celles qui sont conférées à tous les saints.

Parcourez tous les actes, signalés de lui dans l'Évangile, ils vous manifesteront sa foi et son espérance, son humilité et son abnégation, sa charité: il a excellé dans toutes les vertus.

III. — *' Père de Jésus " est le plus beau titre de Joseph. Et il l'est d'une façon unique au monde.

Il est, dit-on d'ordinaire, son Père adoptif ou nourricier. Sans doute. Il est plus et mieux que cela.

En effet, l'adoption est l'acte légal par lequel entre dans un foyer l'enfant d'une autre famille. Or, Jésus est bien le fils de Marie, légitime épouse de Joseph . . . Est-ce que le fruit de l'arbre planté sur votre terrain ou les trésors de la mine enfouie dans votre champ, ne sont pas votre propriété ? . . . Jésus, étant " le fruit béni " et le trésor de Marie, appartient à son époux : c'est plus que l'adoption.

Elle lui pouvait dire, le lui remettant dans les bras : " Prenez cet enfant. Il est à moi, donc il est aussi votre fils !"

Et ce qui vient rehausser la beauté de ce titre, c'est que Jésus est conçu et né par miracle et que Dieu récompense la virginité de la mère et celle du père par le don d'un Fils miraculeux lui-même . . .

IV. — Le rôle de père et les fonctions que lui imposent ce titre, Joseph les exerce, l'espace de trente années.

Bien que Jésus ne fût point son enfant selon la nature, sa grande affection lui octroya des droits, égaux à cause de la paternité réelle. Elle dépassait, assurément, tous les rêves concevables de l'imagination. Jésus est son bien, son trésor, sa propriété,

son tout. Il ne respire, ne sent, n'agit, ne souffre avec Marie que pour son enfant. Sa personnalité semble se fusionner dans la sienne.

Le nouveau-né, il le place sur son bras, contre son cœur, quand la mère le lui confie. Il le regarde et le contemple à loisir. Il lit dans ses beaux yeux, vifs et doux. Il le baise avec respect, le caresse, lui sourit. Il sent battre son Cœur sacré et il compte ses petites respirations . . . Quelle suave intimité, tout le cours de la Sainte Enfance ! Qui a jamais joui d'un tel droit ?

Joseph, vous ne le voyez occupé et préoccupé qu'à défendre, à nourrir, à élever Jésus. Après Marie» qui donc a su ou saura sur terre le mieux connaître, adorer, admirer, aimer, servir, toujours et partout, la nuit comme le jour ?

De sa personne, toutes les fatigues et tous les travaux, toutes les peines et les tortures morales ont Jésus pour objet et pour terme. Il est impossible d'énumérer les soupirs, les larmes, les sanglots qu'il a acceptés pour son Enfant.

Et il se voit investi de la mission de lui commander, de lui enseigner les mille détails de la vie expérimentale, aussi bien que de l'initier au modeste métier d'artisan ... Il prenait pour lui les travaux les plus rudes, les blâmes et les plaintes, les reproches et même, comme il arrive, les injustices des clients . . .

Le voilà le gardien de l'Enfant-Dieu, le protecteur de sa mère, le soutien et le consolateur des deux, le modèle éminent en vertu des ouvriers et de tous les pères de famille.

Aussi bien, quand sa vie est pleine et mûre, quand sa santé, qui a résisté à tant de privations et de la-

beurs, vient à fléchir et que son œuvre aboutit au terme de sa carrière, Joseph a mérité d'expirer doucement dans les bras de Jésus et sous les yeux endoloris de sa sainte épouse.

" Il faut croire, dit saint Bernardin, que Jésus, Fils de Dieu, qui a élevé au ciel le corps et l'âme de sa glorieuse mère, aura fait le même honneur à saint Joseph, le jour de l'Ascension ".

'* Comment eût pu refuser cette grâce à saint Joseph, écrit saint François de Sales, Celui qui lui avait été obéissant, tout le temps de sa vie ?. . . H est donc très certainement au ciel en corps et en âme." (V. J. Renard, S.J. Saint Joseph.)

Article III. — La Beauté de l'Artisan

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