II.— CONSIDÉRATIONS
I- — La famille est, après la religion, la seconde âme de l'humanité entière. Si le rayonnement divin de Nazareth, père, mère, enfant, vient illuminer, réchauffer, féconder tous les cœurs d'un même foyer, aussitôt les âmes y partagent l'éclatante splendeur des trois âmes modèles, proposées en exemple au monde par l'Évangile.
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Par une institution spéciale, Jésus a voulu unir les âmes des deux époux par la communication de sa grâce sacramentelle : sur-le-champ, elle les embellit d'une céleste beauté et leur apporte un secours et une force pour leurs devoirs futurs.
L'enfant, qui reçoit d'eux la vie de la nature, a besoin d'un autre sacrement afin de recevoir aussi la beauté de la vie surnaturelle. Jésus a institué dans ce dessein le baptêmey sacrement de régénération, par où il vit dans l'âme de cet enfant.
Il a grandi au physique et au moral. La vie se révèle telle qu'elle est, une milice et un champ de combat : alors un autre sacrement vient donner à cette vie du Christ le sceau de la force et de l'affermissement : la confirmaiion dans la vertu.
Adolescent et jeune homme, il reçoit dans la lutte des blessures graves, il subit des défaillances, des dégradations, des chutes mortelles : sa vie surnaturelle est éteinte. Jésus la lui restaure par le sacrement de pénitence : il redevient son hôte, son ami, son frère.
Bien plus, l'adolescent voit poindre le grand jour : il rapporte Dieu dans sa poitrine, devenue le tabernacle et le ciboire vivant de VEucharistie. Ses parents ont partagé le même festin. Et Jésus, présent et croissant au foyer, agrandit les aspirations, élève les pensées, transforme la vie, divinise en quelque sorte la famille entière.
Le jeune homme peut-être a fait choix de sa carrière et devient l'élu du sanctuaire : le sacrement de r Ordre vient achever la grandeur surnaturelle qui en fait un autre Christ et qui projette sur la. famille un reflet de sa royauté.
Enfin parents et enfants touchent tour à tour au terme de la vie, comme Jésus, Marie et Joseph successivement. Dans une visite dernière, le Christ accourt vers l'âme, pour la marquer d'une extrêmeonction, pour la munir de sa propre présence comme d'un viatique au départ pour l'éternité.
Comment exprimer la beauté de l'amour, de la vénération, de la religion, qui s'attache à ce foyer, où Jésus se rend sensible à toutes les étapes de la carrière et où la parenté le suit encore, même dans la mort, avec une majesté agrandie par l'auréole d'immortalité dont il couronne le deuil des tombeaux! (P. Félix., Con}., 1860.)
II. — L'Église de Jésus, en vertu de son autorité et de sa doctrine, exerce sa mission de sauvegarder la beauté des âmes, au sein de la société, comme dans la famille chrétienne.
Elle sauvegarde cette beauté par le retour périodique de ses fêtes liturgiques. Culte magnifique qui s'impose, depuis tant de siècles, à l'univers entier, soumis à ce cycle impérieux et inéluctable : Noël, Epiphanie, Pâques, la Toussaint ... Et les générations se succèdent, prosternant leur intelligence et leur volonté, purifiant leur cœur et leur conscience, pliant leurs mœurs et leurs coutumes, catholiques et non catholiques, à travers les continents et les îles.
Elle sauvegarde cette beauté par ses Tiers- Ordres : ceux de saint Norbert, ceux de saint François, ceux de saint Dominique. Des multitudes d'âmes, de tout sexe, de tout âge, de toute condition, adhèrent à ces associations, adoptent leurs règlements, se livrent aux exercices de piété et aujç œuvres
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de miséricorde. Elles sont comme la lumière et le sel des villes et des campagnes, formant autant de familles spirituelles dans l'ordre de la grâce. Leurs prières, leurs bons exemples, leur esprit de pénitence et de renoncement sont des préservatifs personnels et des ferments de piété et de bonnes mœurs . . .
Elle sauvegarde cette beauté par ses Archiconfrêries diverses et les Confréries de la Sainte Vierge, dites aussi Congrégations d'Enfants de Marie, Ce sont, l'expérience en témoigne partout, de puissants instruments de salut et de perfectionnement, facilitant à la jeunesse des deux sexes la pratique de la vraie vie chrétienne, au milieu des occasions dangereuses et des obstacles les plus insurmontables.
Elle sauvegarde cette beauté par les missions et les retraites paroissiales. A des époques périodiques, la parole de Dieu, qui expose devant les fidèles, groupés à l'église selon leur âge et leur sexe, les principales vérités de la religion, opère des merveilles de conversion et de transformation, des œuvres cachées d'amélioration et de ferveur intense, au sein même des meilleures agglomérations urbaines et rurales. Combien de milliers d'âmes ont retrouvé dans ces saints exercices le chemin de la vertu et du ciel ! . . .
Elle sauvegarde cette beauté par une série d'œuvres diverses : les Conférences de Saint-Vincent de Paul, les Patronages ou Associations de jeunesse, les Cercles d'ouvriers catholiques, les Sociétés de préservation, de bienfaisance, de charité ou d'assurance mutuelle, appelées aussi Mutualités . . . C'est le contrepied catholique des sociétés mondaines, maçonniques, sportives ou de gymnastique. C'est la réalisation pratique des deux voies dont Jésus a parlé
dans l'Évangile : la voie large qui mène à la perdition par les fréquentations perverses et par l'entraînement à tous les vices ; la voie étroite qui aboutit à la vie éternelle par les compagnies honnêtes et édifiantes et par la contagion des exemples de vertu et de religion . . .
III. — La société chrétienne, fondée sur la famille croyante et pratiquante, sauvegardée dans les éléments des principes religieux, manifeste ainsi une beauté et un éclat incomparables.
Qu'elle le veuille ou non, chaque nation, constituée en société, n'est que la coalition des familles juxtaposées sur le sol de la patrie. Fatalement, elle relève de Dieu et de Jésus-Christ, créateur et rédempteur des individus et des nationalités.
Chaque nation ou nationalité a pour base Véducatiuny et physique, et morale, et religieuse. Le progrès matériel n'offre aucune garantie de valeur et de salut : on ne saurait le dédaigner comme élément et facteur du bien relatif. Mais la beauté des âmes prime les agréments du bien-être et les jouissances de la sensualité.
L'éducation est à son tour la racine qui fait germer les vertus individuelles, domestiques, morales, sociales et surnaturelles. Ces fruits de l'éducation, associés à la fidélité généreuse à tous les devoirs, constituent l'arôme et l'aliment qui sauvegardent la vitalité nationale : c'est bien, quoi qu'on pense ou dise, le sort des catholiques en France, au Canada, en Belgique ... en tout milieu où la majorité des âmes vivent de la grâce et de la vie surnaturelle.
La société contemporaine nous offre deux visions. Oh ! le triste spectacle! Villes et campagnes, le
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monde est plein d'êtres humains. Beaucoup l'ignorent, ce Dieu bon, et aussi ce Jésus miséricordieux ; ou ils vivent volontiers dans cette ignorance. Quel profond silence ! Les âmes sont muettes. Aucun chant de louange, aucune prière, ne montent vers le ciel ! Qui pense à lui parmi la foule qui circule, dans le sous-sol des mines, dans les ateliers bruyants, les manufactures, les usines où s'agitent tant de bras, respirent tant de poitrines, battent tant de cœurs ? Trop souvent, le blasphème retentit avec scandale, les chants obscènes et les conversations, le mal sous ses formes laides ou séduisantes, servent de nourriture à cette triste portion de l'humanité souffrante !
Oh ! le ravissant spectacle ! Il est des âmes qui excellent dans tous les genres de vertu. Enfants, adolescents, jeunes gens et jeunes filles, pères et mères, vieilles personnes infirmes, tous forment le groupe nombreux des âmes, âmes victimes, âmes réparatrices, âmes sans tache mortelle. Leurs moindres prières, actions ordinaires, actes de vertu, sacrifices, souffrances physiques et morales sont surnaturels ou d'ordre divin. Songez que le Verbe et TEsprit-Saint opèrent en elles chacun de ces actes méritoires. C'est la beauté de ces âmes, beauté divine, sachez-le, qui fait la grande gloire de Dieu. Plus chaque âme est belle ou de vertu acquise, ou d'amour expansif, ou de calme repentir, ou de zèle ardent, plus le nuage doré de la gloire s'élève, s'élargit, rayonne, de telle sorte qu'il couvre d'en haut toutes les hontes et les laideurs du spectacle hideux !. . . Toutes, malgré leurs diversités, palpitent de la même vie : l'amour divin !
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Supposez que la société entière, sans exception d'une seule âme, adopte cet amour divin avec toutes ses exigences et tous ses fruits. Imaginez que, répondant aux desseins de Jésus et aux appels de son Église, toutes les âmes prient, communient, vivent de la divine présence de Jésus ! Jésus apparaîtrait véritablement comme le Maître du monde, l'hôte adoré et aimé des âmes ! Le monde, en se divinisant ainsi, pourrait alors parler de paix universelle et de fraternité réelle !
Vision de rêve pour la terre, où luttent le bien et le mal. Vision réalisée au ciel des âmes pures et belles, au ciel de Jésus avec son éternelle splendeur ! . . . (V. Beaudenom, Prat. jprogr., t. 2.)
Article III. — La Beauté des Ames religieuses