‹ La beauté de l'âme chrétienne, religieuse, sacerdotaleChapitre 87 sur 95 · I.— TEXTES · texte numérisé non relu

I.— TEXTES

" Ceux qui commettent le péché sont ennemis de leur âme." (Tob. 12, 10,) — " Vâme qui aura péché^ meurt elle-même." (Ezéch. 18, 20.) — " Quiconque commet le péché en devient V esclave." (Jean 8, 34.) — " Le péché, une fois consommé, engendre la mort." (Jac. 1, 15.) — " Si quelqu'un ne demeure point en moi, il sera jeté dehors, comme la branche, et il desséchera, et on le jettera au feu, pour y brûler." (Jean 15, 6.)

Rien n'est beau comme l'âme, possédant la vie surnaturelle. Telle la splendeur d'âme des trois personnes de Nazareth . . . Chez les âmes chrétiennes, religieuses, sacerdotales, rien aussi n'est plus fragile que cette vie, qui est une simple qualité sans consistance propre et qui ne subsiste que par un rayonnement continuel : tels les nuages d'une blancheur transparente, au sommet du firmament aux jourj d'été. Telle encore une lampe étincelante s'éteint par la rupture du courant électrique. Le seul péché grave ravit instantanément à l'âme sa beauté. Comme par miracle, la foi et Vespérance, racines enfouies et sans tiges, persistent encore . . .

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IL— CONSIDÉRATIONS

I. — La beauté de l'âme, ou chrétienne, ou religieuse, ou sacerdotale, devient une repoussante laideur aux regards de la divinité : elle est dépouillée de la grâce s andi fiante, de son éclatante splendeur, de la joie ou du bonheur surnaturel, de rwnion avec la société des âmes justes . . .

Toutes ces belles prérogatives succombent, quand apparaît le péché grave, il y a incompatibilité entre lui et la grâce ou présence de Dieu dans l'âme. En effet, la grâce ne vit que par Faction de son auteur, laquelle est subitement arrêtée et ne peut arriver jusqu'à elle ; effet de cette action divine, la grâce cesse de rayonner sur elle et de s'y imprimer . . . Par là même, le péché lui ravit la beauté surhumaine qu'elle tenait d'elle et laisse dans l'âme une tache immonde (Bossuet) . . . La joie est bannie du cœur, car plus l'intimité avec Dieu était douce, plus la rupture avec lui est douloureuse. Le fils, assis à la table opulente de son Père, se voit condamné à se contenter d'un festin abject ! . . . Il est encore, à certains égards, dans la société surnaturelle de ses frères, mais il y est comme la paille dans le froment, comme la brebis perdue dans le troupeau ; il a rompu le lien sacré qui l'unissait à son Dieu. Hélas ! cet état, irréparable en soi, peut s'aggraver par l'endurcissement, qui s'oppose à la réconciliation en l'éloignant des tendresses de son Père.

II. — La beauté de i'âme, quelle qu'elle soit, devient une repoussante laideur aux regards de la divinité. Elle est dépouillée des vertus infuses, des dons et des fruits du Saint-Esprit, des béatitudes

évangéliques, parfois radicalement de la foi et de Vespêrance surnaturelles, directement déracinées par rhérésie.

La grâce transformait la substance de l'âme ; les vertus et les dons transformaient se» facultés. Comme ces trésors augmentent tous à la fois dans l'état de grâce; ainsi, ils s'évanouissent tous simultanément en état de péché ... Le péché triomphe de l'énergie des vertus, car il oblige Dieu à priver l'âme des qualités dont il est l'auteur. Puis, ces vertus surnaturelles émanant de la grâce, comme de l'âme émanent l'intelligence et la volonté, doivent aussi disparaître avec elles. Dieu, chassé de l'âme, ne s'en sépare point sans lui retirer les perfections qui forment son cortège. Sera-t-on étonné qu'une seule calomnie grave puisse accumuler tant de ruines ? Hélas ! l'homme détruit plus vite qu'il n'édifie : ainsi le coup de revolver du meurtrier sépare soudain l'âme du corps, qu'il est incapable d'unir ensemble . . . Les dons et les fruits, les béatitudes ne subsistent en l'âme que par Vhahitation même du Saint-Esprit. En éloignant ce céleste Consolateur, il est juste que le pécheur soit privé de ses faveurs. Aussi bien la grâce et la charité divine, une fois ravies, il est impossible que les dons leurs puisse survivre : l'incandescence venant à s'éteindre dans une pièce de fer, lumière et chaleur cessent aussitôt en elle . . . L'apostasie tue la foi ; le désespoir, l'espérance : c'est la ruine totale de la vie divine . . .

m. — La beauté de l'âme, quelle qu'elle soit, devient une repoussante laideur aux regards de la divinité. Elle est dépouillée de Vefficacité des mérites

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du passé et rend stérile la vie présente en vue de la vie future, où l'attend une souffrance éternelle.

Le mérite est le droit à la récompense, proportionnée aux œuvres. Mais les mérites et les œuvres d'hier ne sont pas devenus mauvais par le péché d'aujourd'hui : Dieu les garde en vue et est prêt à les couronner. Couronnera-t-il une âme rebelle, indigne, coupable envers lui ? Versera-t-il sa gloire dans une âme souillée ? Suffit-il qu'elle ait été belle et juste dans le passé ? Elle est donc incapable de toute récompense. — Le péché ravit aux œuvres, dans l'état d'inimitié avec Dieu, leur fécondité. Elles sont sans prix devant lui. Non point qu'elles soient mauvaises, appelant de nouveaux châtiments. On doit même les faire, car elles préparent les grâces du retour. Ainsi en est-il du Publicain : " Seigneur, ayez pitié de moi, qui suis un pécheur / " Sa voix trouva un écho dans le ciel : il se retira en état de grâce ! — Toutefois ces œuvres sont radicalement impuissantes à mériter la possession de la béatitude suprême : elles resteront à jamais ensevelies dans la stérilité et dans l'oubli.

Le retentissement du péché dans l'autre vie est le dogme terrifiant de Véternité des peines. De Judas, prêtre et apôtre, Jésus, la Vérité en personne, a affirmé : " Il eût été bon pour cet homme qu'il ne fût pas né ". (Matt. 26.) Si l'enfer n'était pas pour lui éternel. Judas monterait un jour au ciel, où il donnerait à Jésus un second baiser, en lui affirmant à son tour : " qu'il en avait menti à la dernière Cène !"

Article II. — La Beauté altérée par les fautes vénielles

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