I.— TEXTES
" Qui néglige les petites choses, tombera peu à peu.'' (Eccli. 19, 1.) — " Nous péchons tout en bien des choses." (Jac. 3, 2.) — " St nous nous disons exempts de faute, nous nous trompons nous-mêmes, et la vérité nest pas en nous." (I Jean 1, 8.) — " Que nétes-tous froid ou fervent ! Mais parce que vous êtes tiède, je vais vous vomir de ma bouche." (Apoc. 3, 15.)
L'âme, résolue à se perfectionner doit s'habituer à la crainte et à Vhorreur du mal, même léger, s'il est consenti et agréé. Les fautes de surprise, de fragilité, d'entraînement peu réfléchi, ne sauraient blesser la divinité au même degré : elles ne produisent pas non plus les mêmes effets ... La crainte filiale naît des justes exigences de Dieu. Elle implique le sentiment de notre absolue dépendance envers sa Majesté souveraine, et l'appréhension des malheurs qui nous menacent, si nous avons l'audace de nous en affranchir. Vous invoquez sa bonté infinie ! Infinie en lui, c'est vrai ; infinie pour vous, non : témoin la douleur physique et morale, le péché et l'enfer, et même les médiocres jouissances qui vous lassent ! Craignez l'abus de cette bonté. Combien d'âmes en ont usé et abusé, au point de contraindre Dieu à les délaisser ?
IL— CONSIDÉRATIONS
I. — La beauté des âmes est altérée par les fautes vénielles, par rapport à Dieu.
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Cette faute est une mésestime de sa volonté : haute, bienfaisante, elle n'est sujette à aucune erreur et mérite l'amour, l'admiration, l'obéissance. Obéie ! elle l'est par la nature entière : pas une seule infraction, ni à travers l'immensité des mondes ou des siècles. Et l'âme divinisée se dérobe et résiste ! Elle préfère sa volonté chétive à cette volonté toutepuissante, aussi clairvoyante et impérieuse dans les petites que dans les grandes choses ! Être de néant, en bas, elle crie à l'Être infini, en haut : ''Je m* y refuse, moi ! "
Cette faute est une mésestime de sa sagesse : juste, bonne, elle ne fait rien sans un plan et un dessein, où tout concourt à un but, dont elle veut l'exacte exécution. Et l'âme consent à troubler cet ordre, à violer l'une ou l'autre de ces règles établies! Ce désordre, même léger, peut retentir au loin, se prolonger après la mort : comme une parole imprudente, un exemple influent, une autorité mal exercée. Dans le mécanisme d'une horloge, les rouages ne sont-ils pas dépendants ?
Cette faute est une mésestime de sa coopération : nécessaire, constante, universelle, elle soutient, comme elle inspire, chacun des actes, même le moindre : elle ne permet à aucune âme d'agir seule, même une seule fois ! Et elle se soustrait à son action légitime et elle transgresse le droit divin : son acte est ainsi vide, mort, méprisable. L'âme coupable amoindrit la gloire, la satisfaction, l'honneur que Dieu attendait ... La presque totalité des personnes, une fois grandies, pensent en tout pouvoir agir, non par le secours divin, mais par leurs propres forces, physiques et morales ! C'est insensé et c'est hérétique.
Cette faute est une mésestine de son amour : paternel, bienveillant, il souhaite l'intimité, la confiance, l'attachement, la gratitude. Le refus véniel l'afflige, l'attriste : c'est comme un regard qui glace, une indélicatesse qui froisse, un procédé qui affaiblit l'amitié. Un Père tend les bras : l'enfant s'en détourne, parce que cet effort lui coûte, que telle satisfaction l'attire. N'est-ce pas l'indice de l'égoïsme, de la dureté du cœur ?
Quels sujets de confusion et d'humiliation, de regrets sincères et de. bonnes résolutions.
II. — La beauté des âmes est altérée par la faute vénielle délibérée, par rapport à Vâme.
Cette faute est une diminution de son idéal : progrès dans la perfection, qui l'abaisse dans la pensée de Dieu et l'estime qu'il lui porte. L'âme reste inférieure à elle-même, sans atteindre telles hauteurs, telles délicatesses de conscience ou de vertu, sans même soupçonner, ni sentir les degrés de cet amoindrissement.
Cette faute est une opposition à sa ferveur : activité prompte, facile, fréquente des actes de la vie inté rieure, qui est ou passagère, ou permanente. L'âme a restreint, par sa faute, l'effusion des grâces actuelles qui sont en proportion de sa fidélité et de ses prières, lesquelles sont ainsi atténuées ; elle a altéré le bonnes dispositions de ses facultés, débarrassées de leurs défauts, de la volonté qui fléchit, du cœur qui faiblit, de l'esprit devenu moins attentif aux tentations.
Cette faute est une compromission de son bonheur présent et futur. Comment accepte-t-elle les peines intérieures, les joies disparues, les goûts affadis, les
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affections attiédies, les contrariétés et les tracas, les humiliations et les froideurs du mépris, les états maladifs si accablants ? . . . Comment aussi, les obscurités, les sécheresses, les délaissements, le dégoût des œuvres saintes, les anxiétés et les perplexités intimes ? . . . Il faut bien, pourtant, que le péché soit expié ! N'est-ce pas un bonheur qu'il le soit au plus tôt, et sur la terre ? . . . Sans tels péchés véniels, l'âme eût habité au ciel une région plus haute, plus illuminée, plus ravissante, plus près de Jésus et du trône de Marie, plus avant dans l'intimité de la Trinité sainte ! . . .
III. — La beauté des âmes est altérée par la faute vénielle délibérée, par rapport au prochain.
Cette faute diminue Vaptitude au bien général. Parce qu'elle prive l'âme de grâces actuelles, requises pour accomplir tous les devoirs et exercer les vertus, selon les circonstances urgentes. Est-ce que ses insuffisances ne la laissent pas inférieure à la charge imposée "^ Est-ce impunément qu'elle manque ou de bonté, ou de courage, ou de régularité, ou de prudence ? . . .
Cette faute implique la responsabilité de Vexemple, Toute parole, toute action, toute omission est comme une mauvaise leçon, jetée dans l'entourage. L'âme semble se rassurer, voyant qu'elle n'est pas la seule en faute. Comment délimiter les conséquences de l'exemple si contagieux ^ Jésus a-t-il assez insisté, avec force et menaces, sur les impressions communiquées aux âmes innocentes des enfants ! . . .
Cette faute peut causer un tort réel. Telle parole trop vive blesse et déconcerte ; un reproche immérité pousse à l'impatience ; le plus léger signe de
mépris éloigne pour longtemps ; un manque de surveillance peut laisser se produire des scandales. L'âme doit sans doute éviter le mal quand il paraît, mais aussi chercher à le prémunir, quand elle en a l'occasion : les lois morales et religieuses maintiennent l'ordre et la beauté parmi les personnes vivant ensemble, comme les lois physiques parmi les êtrea de l'univers . . .
Enfin, le Purgatoire révèle aux âmes la malice du péché véniel : il n'est ni un épouvantail, ni une menace sans effet, et les indulgences ne sont point pour nous assurer l'impunité. Le fait d'ignorer la nature de ses peines, la durée de ses souffrances, l'application des mérites, des messes, des indulgences, est pour toute âme chrétienne, religieuse, sacerdotale, un redoutable avertissement. Il en dit plus et mieux que tous les raisonnements ! . . . (V. Beaudenom, Prat. progress. t. II.)
Article III. — La Beauté, ternie par les omissions