I.— TEXTES
" Qui craint le Seigneur ne se laisse point aller à la négligence.*' (Eccle. 7, 19.) — " Malheur à vous, qui payez la dîme et négligez les plus graves prescriptions de la loi : il fallait faire ceci et ne pas omettre cela." (Matt. 23, 23.) — " Serviteur méchant et paresseux, il fallait donc confier mon talent aux banquiers.'' (Ib. 25, 25.) — " Retirez-vous de moi, maudits : J'ai eu faim et vous ne m'avez pas donné à manger ; j'étais sans asile et vous ne m'avez pas recueilli; nu et vous ne m'avez pas revêtu ; malade et en prison, et vous ne m'avez pas visité." (It. 25, 35.)
Jésus lui-même a cité plusieurs exemples de fautes d'omission. " Les Pharisiens et les Scribes y dit-il.
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disen'. et ne font rien, ils lient de pesants fardeaux sur les éiaides des autres et ne veulent pas les toucher du doigt " (Matt. 23, 4). Omissions de secourir l'homme meurtri et péché du prêtre et du lévite. Omission de l'aumône au pauvre Lazare à la porte du riche. Omission du pardon envers le Prodigue de la part de son frère aîné qui refuse de se réjouir de son retour. Omission du bon accueil hospitalier envers Jésus de la part de Simon le Pharisien . . .
n. CONSIDÉRATIONS
I. — La beauté des âmes est ternie par la tiédeur et le relâchement. Ce cancer atteint l'âme dans la volonté, qui devient irrésolue et soumise à la loi du moindre effort, par rapport à l'activité spirituelle. Que de fois, pourtant, Jésus " a voulu " son perfectionnement par une interminable série de bienfaits : création, naissance dans une famille chrétienne, saint baptême, éducation et instruction religieuses, absolution et communion premières et suivies de tant d'autres depuis, vocation religieuse, sacerdoce et apostolat, multitude de grâces intérieures, de faveurs extérieures comme les blâmes et les corrections, les bons exemples, les lectures édifiantes, les retraites et les avertissements de la mort ! . . . Mais elle, '* elle n'a pas voulu I " Faute de bonne volonté, elle a perdu son innocence et la grâce sanctifiante, beauté de sa vie intime ; elle a perdu les grâces actuelles sans nombre ; elle a déprécié les devoirs de la vertu de religion ; omis ses exercices de piété
comme aussi les actes fréquents d'une piété î=olide et la sanctification de ses devoirs d'état !
Ce cancer a atteint Tâme dans so7i intelligence. Aux droits primordiaux de Dieu elle a substitué sa personnalité et ses forces, c'est-à-dire son orgueil et sa vanité, le désir excessif de l'estime d'autrui et les vues humaines, qui ont tué la pureté d'intention et l'esprit d'humilité ou l'amour des humiliations, la douleur de ses péchés et le ferme propos de s'en prémunir. Désormais, elle agit sous la pression ou de la nécessité, ou de l'intérêt personnel et humain, ou de l'appréhension du blâme et des reproches, incapable d'accueillir doucement un mot d'observation, rebelle de parti-pris, rancuneuse jusqu'au dédain et à la détraction. Sa vie est empreinte des marques de l'amitié avouée ou secrète, des préférences fondées sur l'origine, l'âge, la nationalité, la similitude des caractères ou des épreuve.^ . . . Laissez cette nature, seule, ainsi abaissée et humanisée : en public, elle ne fait pas encore trop mauvaise figure ; isolée et en secret, elle est faible, lasse devant elle-même et ses inclinations, parce qu'elle est ce qu'elle est, ni plus ni moins, à savoir: ''pauvre et aveugle, et dépouillée de sa charité initiale ". (Apoc. 3, 17.)
Ce cancer a atteint sa sensibilité. Le désordre des inclinations s'oppose à loi de la pénitence, à la réparation et à l'expiation du passé. La tiédeur inspire à l'âme le culte exagéré de la santé physique : elle travaille à éloigner la fatigue et le dérangement, par amour du repos, à se complaire dans l'indolence, à repousser la gêne et le travail assidu et tenace. Elle se livre volontiers à un sommeil prolongé et s'irrite qu'on le vienne troubler ou abréger, même par
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nécessité. Volontiers, elle proclame qu'elle se sent épuisée, harassée, souffrante et s'en donne la récompense par vanité, sauf à murmurer contre le plus léger malaise, ou un rhume, ou une migraine, et elle se laisse abattre pour un rien. Désormais " la chair convoite contre Vesprit ". (Gai. 5) . . . Comment énumérer les périls que lui présente la vue, pour la gourmandise, la jalousie, l'indignation, la colère, la volupté ; ainsi que Vouïe, pour tous les défauts et les fautes de la conversation ; le goût, le tact, la langue? . . . Quelles sources de langueur, de tiédeur, de relâchement dans les impressions, les émotions, les sensations qui alimentent les facultés sensibles : imagination, mémoire, cœur I . . . Les détails en seraient infinis !
II. — La beauté des âmes est ternie par Vexcès du zèle. Pierre affirmait qu'il suivrait Jésus jusqu'à la mort pour lui et avec lui : il le renia trois fois, avec serment. Thomas dit aussi : '* Allons et mourons avec lui ! " (Jean 11) ; il se montra incrédule plus tard!
Ïj* empressement du zèle au devoir produit souvent au dehors, des âmes, sans la maturité de réflexion et de conduite, sans la maîtrise de leurs sens et de leurs inclinations, sans la science de converser avec Dieu et de se gouverner elles-mêmes, qui leur conviendraient bien, que l'Église attendait d'elles, que l'autorité et les fidèles espéraient qu'elles-mêmes auraient dû acquérir, avant de se produire. Elles se livrent à leurs devoirs d'état, aux relations avec le monde, sans étude ni surveillance sur leur humeur et leur tempérament ou sur leurs habitudes acquises, se montrant aux yeux d'autrui avides de louange, fières de leurs talents, prétentieuses de leurs droits
qui effacent ceux des autres, attachées à leurs vues, opiniâtres dans leur jugement, sans souplesse ni accommodation de caractère : ''Le Père céleste a révélé à une simple et ignare femme du peuple ce qu'il a caché à ces esprits superbes et gonflés d'eux-mêmes ! " (S. Bernard) . . .
L'empressement les pousse à leurs fonctions, tantôt avec précipitation, légèreté, impatience d'en finir, tantôt avec langueur, négligence, laisser-aller, ennui, sans connaissance de leurs obligations, ni examen de leur responsabilité. Dès lors, elles se manifestent sévères et dures envers les autorités, aigres dans la tâche assignée, réfractaires et comme factieuses envers leurs injonctions ; rigides et froides envers les âmes qui leur sont égales ou soumises, dédaigneuses des plus édifiantes, hautaines dans leura discours, railleuses des inexpérimentées ou timides, malédifiantes des plus jeunes, colères et emportées presque sans motif, rancuneuses et vindicatives sans lendemain . . . Leur règlement de vie, elles s'en dispensent à leur aise, selon le caprice : leurs raisons étant toujours légitimes et indiscutables.
Il arrive que, peu à peu et plus tard, devenues dangereuses, scandaleuses peut-être, exposées à s'égarer, en nuisant aux autres, l'on est forcé de les avertir et admonester, de les changer de place ou de les tenir à l'écart, d'enfouir même leurs talents. Déplorable extrémité ! Loin de se ressaisir, de s'accuser et d'avouer leurs torts, elles songent à rejeter la faute sur l'aigreur et la malice de délateurs exagérés, sur les préférences et la cruauté de l'autorité, sur la jalousie de l'entourage, aveuglées sur leurs égarements, insouciantes des mauvais exemples que re-
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marque tout le monde, portées aux excuses et aux essais de justification : ou bien elles refusent d'accepter les remèdes avec une sorte d'indignation, à la grande douleur des autorités devenues incapables de le utiliser à des fins, qui ont coûté tant de temps, d'argent, de labeurs, de soucis, de dévouement ! . . .
Quelle est la source d'où jaillissent pareilles misères ? C'est que, dans la vie intérieure, l'esprit de foi, l'abnégation et l'humiliation de soi, l'imitation et l'union à Jésus, la volonté et la gloire de Dieu n'ont laissé nulle trace, n'existent point ou n'existent plus ! D'où, nulle perfection acquise, ou une image vaine de perfection superficielle, sans racines : " La semence germée s'est desséchée, faute d'humidité ! " (Luc 8, 6).
li* empressement aux œuvres extérieures ravit la vie intérieure. Elles s'enchaînent fatalement : un travail fini, surgit un autre : l'âme est poussée sans boussole d'un flot à l'autre. Elle s'y livre, s'y complaît, s'y plonge. Ses exigences dispensent-elles de songer à soi, à la présence divine, à l'union céleste ? Demandez-le à Marie et à Joseph. Est-ce là le zèle des âmes ? C'est plutôt la malheureuse absorption de soi et le périlleux oubli de son âme desséchée.
Que penser d'un zèle indiscret, intempéré qui, d'ordinaire, embrasse tant qu'il en est écrasé ? Conçoit-on une belle âme, consacrée à Dieu et nourrie de la personne de Jésus, qui n'a le loisir ni de faire oraison, ni d'entendre la messe, ni de communier, ni de faire son action de grâces, de visiter le saint Hôte captif au tabernacle, d'examiner sa conscience, une fois le jour ? Qu'est-ce qu'un zèle qui ignore toute règle, toute borne, qui est tout
entier au dehors, jamais au-dedans ? Un tel zèle cessera d'être, car Tinfini n'est pas dans la nature. Il cessera, devant le dégoût, l'affaissement, la répugnance dévorant l'âme ; devant l'autorité endiguant ce torrent débordé ; devant les meurtrissures du cœur par l'ingratitude, la malveillance, la solitude, l'injustice. . . Il faut du zèle assurément ; mais qu'il soit selon la raison, la conscience, la foi ; renfermé dans ses limites, bien ordonné, qui sait se reposer à temps, qui soit alimenté d'en haut, qui ne tue point l'âme, afin de durer et de persévérer ! . . .
III. — La beauté des âmes est ternie par les omissions positives, déjà si innombrables dans le zèle excessif.
Il y a l'omission des hojines inspirations et des plaintes de la conscience. Le sel ne s'affadit pas instantanément et sans cause. La lumière ne s'éteint pas subitement dans l'âme. La voix du Maître, tantôt douce, imperceptible, caressante, encourageante, retentit en elle comme aux orei les des apôtres ; tantôt forte, sévère, terrifiante : " Retire-toi loin de moi, Satan ! Tu m'es un scandale, car tu n'as pas le goût des choses qui sont de Dieu, mais qui sont des hommes " (Matt. 16, 23). Pierre avait parlé comme un homme naturel et sensuel ; tantôt elle se fait bienveillante, miséricordieuse, compatissante -/'Pierre, m' aimes -tu y " (Jean 21). — ''Voulez-vous, vous aussi, m'abandonnera " (It. 6). — " Ainsi vous n'avez pu veiller, une heure, avec moi ! " (Matt. 26) . . . Ne tient-il pas ces propres divers aux âmes qu'il visite à la communion !
La voix de la conscience n'est jamais muette : elle défend, elle blâme, elle réprimande ! ** Cela
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n*est pas permis ! " (Matt. 14) : parole de reproche du Précurseur, qui est décapité pour Tavoir prononcée ! Elle commande et elle prescrit : '* Fais cela et tu vivras ! " (Luc 10). Elle menace et elle reproche : " Je suis Jésus de Nazareth que tu persécutes ! ** (Act. 9).
Il y a Tomission des devoirs de religion, qui alimentent l'âme et lui donnent la santé et les forces, chaque jour, semaine, mois, année. Elle fait peut-être ses exercices de piété : c'est pour avoir conscience de s'en acquitter. Mais comment l'a-t-elle fait ? " Dieu ne vous demande point de réciter des mots, mais leur sens et leur esprit! " (S. Augustin). L'omission ne tarde pas à s'insinuer dans une journée sans contrôle, laissée à l'initiative personnelle, à la merci des fluctuations de circonstance. Puis l'omission devient, elle-même, une habitude, qui suspend le cours de certaines grâces. Quel est le secret de tant d'exercices, produisant une si médiocre récolte de fruits ? Évidemment, l'omission de l'attention et du recueillement, de l'intensité des efforts habituels, de l'application des facultés à l'oraison, aux prières, aux examens.
Il y a l'omission des occasions des actes de vertu.
Des occasions de ^'humilier devant les autorités et les âmes de l'entourage, devant l'insuccès, les épreuves, les manquements : " Ton frère est revenu^ et ton père a tué le veau gras . . . Lui, il s'indigna et ne voidait pas entrer ! " (Luc 15). L'aîné refuse de se réjouir et de s'abaisser ainsi devant son frère scandaleux, mais repentant.
Des occasions de mortifier le corps, les sens, les facultés sensibles : vigilance sur le silence, la modestie, les privations à table ; sur le cœur, ses affections et ses aversions, ses goûts et ses répugnances, ses tristesses sombres et ses joies exubérantes . . . Peut-on oublier les exemples donnés à Nazareth !
Des occasions d'accepter les douleurs physiques et les souffrances morales. Toute âme cherche le plaisir et la gloire ! " Pouvez-vous boire le calice que je dois moi-même boire I " (Matt. 20). Les apôtres se disputent le premier rang, rêvent le règne temporel de leur Maître, sollicitent une place à ses côtés, réclament la rémunération d'avoir tout quitté pour lui. . . " Vous boirez, il est vrai, mon calice ! " (It. Ibid.). Et tous eurent à verser leur sang par le martyre, saint Jean excepté.
Des occasions, d'exercer la charité sous ses diverses formes, charité et bonté en pensées, en jugements, en interprétations bienveillantes, en sentiments de tout genre, en paroles et en conversations, en actes de compassion, de prévenance, de délicatesse, d'abnégation, de dévouement même héroïque jusqu'à l'oubli et au pardon des plus révoltantes injustices. *' Les ouvriers murmuraient contre le Père de famille... Quoi ! vous leur payez le même salaire qu'à nous! . . . Est-ce que votre oeil est mauvais, parce que je suis bon ? Prenez ce qui vous revient et allez ! " (It. Ibid.)
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Article IV. — La Beauté, restreinte par les imperfections