‹ La beauté de l'âme chrétienne, religieuse, sacerdotaleChapitre 91 sur 95 · I.— TEXTES · texte numérisé non relu

I.— TEXTES

" Est-ce que la vie de V homme sur terre n'est pas une tentation.'* (Job 7, 1.) — " Dieu vous éprouve pour quon voie clairement si vous V aimez ou non." (Deiit. 13, 3.) — " Veillez et priez pour ne pas entrer en tentation." (Matt. 26, 4.) — " Dieu netente personne." (Jac. 1, 13.) — " Que celui qui se croit affermi prenne garde à la chiUe." (I Soc. 10, 12.) — " Satan, homicide dès Vorigine, est un voleur qui ne vient que pour tuer et pour perdre." (Jean 10, 10.) — " Réjouissez-vous, lorsque vous tomberez en diverses épreuves" (Jac. 1, 2.)

La vie est une continuelle tentation. Elle Test en elle-même, à tout instant, jusqu'à la fin, partout et pour tous, même pour Jésus au désert . . . Mais la distinction est nécessaire : la tentation n'est pas le péché. Que d'âmes font cette confusion et cette erreur ! Elle a été pour les anges et pour nos premiers parents une tentative, une épreuve. Elle l'est aussi et le sera toujours pour toutes les âme» régénérées, depuis les apôtres Pierre et Paul jusqu'aux enfants atteignant l'usage de la raison et l'exercice de la foi.

I. — La beauté des âmes est menacée par la malice et par la haineuse perversité du démon. Mais elle est sauvegardée par la vigilance, la prière, la résistance.

Notez bien qu'il n'y a pas qu'un démon qui nous tente. . . ** Qiiel est ton nom, esprit immonde?'' Il répond à Jésus par la bouche du possédé : " Je

m'appelle légion, car nous sommes un grand nombre ici " (Marc 5, 9).

Le démon procède par degrés dans la tentation. Il commence par la suggestion faite à l'esprit, ou d'omettre un bien à réaliser, ou d'accepter un mal à éviter. C'est une invitation ou une proposition du péché et une incitation ou impulsion à le commettre. Ainsi en a-t-il agi avec Eve et avec Jésus.

Le démon fait ensuite appel au plaisir ou à la complaisance. Cette délectation imaginative et quasi sensible, toute intérieure, inaugure la faute, sans qu'elle la constitue cependant comme chute responsable et coupable, car cette impression n'est pas encore une adhésion de la volonté. Le consentement volontaire seul consomme le péché.

Le démon poursuit alors sa victime par Vohsession, qui est une insistance fréquente et violente. Il y a recours, surtout devant les lenteurs et les hésitations, devant la résistance plus ou moins intense de la volonté. Dès lors, il assiège et cherche à fatiguer, à épuiser les forces, afin d'entraîner l'acceptation et l'accomplissement du mal.

Le démon, voyant l'âme s'attarder et se complaire à la satisfaction du mal proposé, l'amène à y donner plein et entier consentement. La tentation a réussi, selon ses desseins, et le péché intérieur est accompli. C'est la chute réelle, même si l'acte ne reçoit pas au dehors son exécution. Dans l'âme et devant Dieu, le péché e^t consommé.

Le démon va parfois plus loin : il a recours, si Dieu l'autorise, à la possession et même à la persécution de sa victime. Phénomènes étranges et rares, il est vrai ! . . . L'austère solitude de Bethléem n'em-

LA BEAUTE DE l'aME INDIVIDUELLE 365

pécha point de hanter l'esprit de saint Jérôme des honteux souvenirs de Rome impure ; ni le désert ne garantit le grand saint Antoine des luttes les plus affreuses de son ennemi ; ni Hilarion contre ses assauts sans répit ; ni saint Martin, ni saint Paul luimême contre ^.es violentes persécutions . . .

Il n'y a point d'illusion à se faire. Qui que vous soyez, où que vous alliez, quoi que vous fassiez, il vous suivra avec votre om.bre. Et c'est Jésus qu'il poursuit dans votre personne . . .

II. — La beauté des âmes est menacée par l'incurable méchanceté du mo7ide et par ses scandales. Elle est sauvegardée par la vigilance, la prière et la résistance.

*' Le monde, tout eniier établi dans le mal (I Jean 5, 19), qui n'a pas connu Dieu (Jean 1, 10), pour qui Jésus n'a pas voulu prier (Ib. 17, 9), à qui il arrache ceux qu'il sauve (It. 15, 19) " est composé de l'innombrable multitude, chrétienne ou non, qui vit en état permanent du péché mortel, sans culte envers Dieu et le Sauveur. Ce monde-là se fait gloire de demeurer le complice de Satan dans son œuvre de destruction et de ruine.

Le monde est pour votre âme une menace par ses maximes : il fait de l'orgueil la règle de sa vie, et il érige en principe que l'humilité est une sottise et la pauvreté une démence ; il ne se contente pas d'être sensuel, charnel, immonde : il établit en règle que le plaisir est la loi de la vie ; il ne poursuit pas seulement les richesses, mais il tient l'indigence pour une honte et le détachement volontaire pour une folie . . . Il est le mal organisé et la radicale négation de la vertu sous toutes ses dénominations.

Le monde professe des erreurs, en tout et partout. Il a des contre-vérités qui détournent les âmes de Dieu de la perfection et du salut éternel. La religion, devoir fondamental de tous, il en fait une affaire d'impression et de convention : Dieu est tantôt sévère et tyrannique, à son sentiment, tantôt indulgent et s'accommodant des péchés. Les dogmes sont absurdes et les miracles impossibles . . .

Le monde offre, de toutes parts, des séductions, qui portent les dehors de la nécessité, qui s'infiltrent comme un poison lent et délétère. Elles s'inoculent avec tant d'agréments et d'enivrements qu'elles revêtent les formes de l'amitié, de l'opulence, de la mode, des arts, de la religion même.

Le monde a ses temples et ses rites: fêtes mondaines, assemblées de réjouissances, la nuit de préférence, où les sens s'hallucinent, où le cœur s'émeut jusqu'à se pervertir . . .

Le monde a ses saints qu'il honore à sa façon, c'est-à-dire ses grands hommes, ainsi que ses cérémonies ridicules et menteuses . . . Aussi bien, il se déclare tour à tour le champion des vertus qu'il est incapable de pratiquer, le juge dont la sentence est sans appel, contre Dieu et ses préceptes, contre l'Église et ses ordonnances qu'il viole sans cesse et sans remords, le défenseur hautain des, incrédules et des scandaleux publics . . .

Le monde déborde de railleries et de moqueries contre la vie chrétienne, la vie religieuse, la vie sacerdotale. Il s'arroge le droit de les diriger, de les approuver, de les condamner ... Il a en réserve des menaces, des persécutions, des lois de haine et de vengeance,

ayant recours à la calomnie, au mensonge, à la violence, à la spoliation, au meurtre indirect . . .

Le monde use de toutes ses ressources, qui sont immenses, en vue des scandales, afin de pervertir l'innocence et de la flétrir dans les âmes les plua inexpérimentées : livres, théâtres, cinémas, gravures, spectacles et chants . . .

Attendez !. . . " Xe monde sera jugé ! " (Jean 12. 31).

III. — La beauté des âmes est menacée par la nature déchue, par ses inclinations et ses passions. Mais elle est sauvegardée par la vigilance, la prière, la résistance.

" Chacun est tenté par sa propre concupiscence qui r entraîne et V enserre'' (Jac. 1, 13). Ce terme concupiscence désigne le penchant naturel vers les plaisirs des sens. Elle porte l'âme à agir contrairement à l'ordre, à la raison, à la loi de Dieu. Elle est l'appui principal du démon et la grande force du monde. Toute seule, elle demeure en nous un redoutable ennemi de notre sanctification. Elle revêt les trois formes suivantes.

Uorgueil — ou l'estime excessive de soi-même et le désir exagéré de l'estime d'autrui — porte l'âme à faire fonds sur ses idées, sur ses ressources, sur sa volonté personnelle: d'où des erreurs de conduite et des déceptions. Il obscurcit la notion du besoin de Dieu, du recours à Dieu : négation implicite de la nécessité des grâces et de la fragilité humaine laissée à elle-même. Il attaque aussi le droit de Dieu, qui n'esi pas seulement le principe des actes vertueux, mais il en est encore la fin : la vue de nos intérêts, même légitimes, n'est que secondaire . . .

La sensualité — ou la recherche des plaisirs sensibles — substitue les inclinations de l'instinct animal aux prescriptions nobles de la raison et de la foi. Elle accorde la prédominance des délectations et des passions grossières à l'honneur et à la dignité de soi, au respect de sa personne et de sa destinée immortelle, de la personne d'autrui et de son salut éternel. *' Ceux qui appartiennent au Christ^ ont crucifié leur chair avec ses concupiscences. (Gai. 5, 24) . . . Les plaisirs des cinq sens et des facultés inférieures sont la négation explicite du perfectionnement moral et surnaturel.

Ij' amour des biens extérieurs, poussé à un degré intense, devient l'occasion d'un triple désordre : elles servent d'aliment à l'orgueil, d'instrument puissant à la sensualité, de détournement des biens spirituels et des secours de Dieu. Il se manifeste sous deux formes : l'attachement excessif à ce que l'on possède et le désir passionné d'acquérir toujours. L'unique jouissance est de posséder. . .

IV. — Les avantages de la tentation sont appréciable^', si l'âme vient à la vaincre. L'épreuve est la condition commune, active le travail de la vertu, expie le péché pardonné, exerce la fidélité et la patience, réhabilite l'âme et appelle la rémunération.

Toute âme peut en triompher : négativement, en n'y prêtant nulle attention et en la portant sur un autre objet ; potiitivement, par la vigilance, la prière, la résistance immédiate et persévérante. (V. Ribet, Ascct. chréi.)

Page 1