I.— TEXTES
" Il avait été instruit de la voie du Seigneur et, fervent d'esprit, il enseignait avec soin ce qui concerne Jésus." (Act. 18, 25). — " Vous aiynant mutuellement d'un amour fraternel, vous prévenant de témoignages d'honneur, actifs au devoir, fervents d'esprit, servant le Seigneur." (Rom. 12, 11.)
La ferveur est le mouvement de l'âme vers l'union divine : elle est opposée à la tiédeur. C'est l'activité même de la vie surnaturelle. Si elle se limite à des élans d'occasion, comme dans le cours d'une retraite, elle est transitoire. Demeurant permanente, ou mise en mouvement par une cause profonde, soutenue par des habitudes morales favorables, c'est Vêtat de ferveur . . . Cette cause profonde est la bonne volonté portant au bien et au devoir. Ces dispositions favorables ne sont autres que la nature morale restaurée, sans défauts saillants. L'âme fervente ou dévote (mot de S. François de Sales) fait ses actions avec facilité, promptitude et fréquence . . .
IL— CONSIDÉRATIONS
I. — La beauté des âmes s'accuse par les signes de la ferveur /permanente et parfaite.
Est fervente d'esprit, toute âme qui fait de la pureté d'intention le principe même de ses actes. Si elle converse ou enseigne, elle le fait pour la gloire de Dieu et le plaisir de Dieu, le bien des autres et leur édification. Si elle travaille et souffre, elle le fait *' afin que Ton voit ses bonnes œuvres et glorifie le Père des cieux ". Sa maxime est : " Tout pour la plus grande gloire de Dieu ! "
Est fervente d'esprit, toute âme qui vit dans le souvenir de la présence intérieure de Dieu, juge de ses intentions, témoin de ses efforts de peine et de dévouement généreux. Elle évite, dès lors, d*offenser ses regards ; elle écarte les fautes les plus minimes, les occasions qui y donneraient lieu, les circonstancca où elle prévoit la faute. Elle l'invoque, à toute heure, par des invocations indulgenciées et par des signes de convention, comme ses respirations et les battements de cœur automatiques.
Est fervente d'esprit, toute âme qui s'étudie à accomplir la sainte volonté de Dieu, avec courage, ardeur, assiduité, dans la fidélité aux grands préceptes, aux conseils évangéliques, aux prescriptions de la Règle. Elle l'adore et l'accepte dans les événements heureux ou malheureux et telle qu'elle est manifestée par la volonté d'autrui dans les choses temporelles et spirituelles. Les moindres bénéfices enrichissent dans le négoce, même moral et surnaturel.
Est fervente d'esprit, toute âme qui vise le perfectionnement de ses actions ordinaires. Sa devise est bien ** Fais ce que tu fais ", non pas avec divagation de la pensée, langueur et mollesse, non point à moitié et avec presse d'en finir, non pour la louange ou l'honneur humain, ni par ambition des grandeurs,
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mais avec attention, fermeté calme, en union avec ses trois modèles de Nazareth, avec l'application intense de la volonté. Nulle difficulté ne saurait abattre son courage ; nulle fatigue, nul ennui, nul dégoût, nulles critiques ne peuvent désarmer sa force de persévérance. Elle a son règlement personnel et elle l'exécute journellement : rien ne réussit à la détourner de ses fins.
"Est fervente d'esprit, toute âme qui aspire à de plus grandes choses pour Jésus, pour l'Église, pour les âmes, pour son pays, qu'elles soient ardues ou pénibles, faciles ou exigeant l'héroïsme. Elle est prête à tout, à la mort même. " Le feu ne dit jamais : Assez! " (Prov. 30, 16).
A ces indices l'on reconnaît les traits de l'attrayante physionomie de l'âme fervente.
II. — La beauté des âmes s'accuse par les effets de la ferveur parfaite. Une comparaison, empruntée à l'industrie contemporaine, les peut bien mettre en relief.
Une énorme chaudière est remplie d'eau froide. Le liquide est immobile, ne dégage aucune vapeur, refroidit les parois qui l'enserrent, reste impropre à la cuisson des aliments ... Le feu de la fournaise le transforme soudain : V immobilité cesse, l'ébullition fait flotter les impuretés, la vapeur se dégage, la chaleur rayonne, la cuisson s'opère, au besoin. Ces phénomènes sont analogues aux effets de la ferveur dans l'âme.
lusi ferveur tire l'âme de son inaction, de l'immobilité de la tiédeur. Par elle les facultés s'activent dans l'oraison, la prière, le devoir d'état, l'acquisition des vertus, les œuvres du zèle . . .
1,0, ferveur élimine de Tâme les scories et les résidus de la tiédeur. L'âme ressent une plus énergique répulsion du péché et des occasions qui y conduisent. La délicatesse de conscience s'est affinée, en proportion de la détestation du mal.
Ij3l ferveur réchauffe et consume l'âme de Vamour de Dieu : elle, glacée de langueur, grâce à ce feu intérieur, dégage une chaleur rayonnante surnaturelle qui la vivifie, la stimule, l'embrase. Elle atteint ainsi, comme par une contagion morale, les autres âmes de son rayon, de ses relations domestiques et sociales. Fervente, elle est un sujet d'édification pratique, d'amélioration, de conversion peut-être.
La ferveur élève l'âme à Dieu et aux choses de Dieu, comme la buée du matin s'évapore vers les hauteurs, grâce à la rosée nocturne. Dans le cœur naissent les saints désirs, chauds et puissants, dilatant le zèle, alimentant le sacrifice : sur les lèvres se pressent les aspirations de foi, les soupirs d'amour, et montent vers le trône céleste comme les nuées d'encens, partant des trois poitrines de Nazareth ! . . .
LsL ferveur alimente l'âme de mets spirituels qui lui garantissent vie, santé, force : méditations, confessions, communions, lectures, examens, visites aux autels, saint office. . . " Tout coopère à son bien ! " (Rom. 8, 28.) C'est Vefflcacité des choses spirituelles.
La ferveur est pour l'âme une puissance motrice incomparable. C'est la grande utilisation de la vapeur, de mouvoir les engins et de les entraîner sur les rails, sur les océans, dans les usines. L'âme fervente seule opère des merveilles : œuvres de miséricorde corporelle et spirituelle, entreprises difficiles à fonder, à entretenir, à développer, obstacles à franchir ou
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à renverser. . . C'est le dévouement infatigable des saints, des missionnaires, des fondateurs et fondatrices des plus belles œuvres de l'Église, pour Dieu et les âmes ! . . .
Article II. — La Beauté de l'âme par la Joie