I.— TEXTES
" La crainte du Seigneur donnera l'allégresse et la joie." (Eccle. 1, 11.) — "Je vous ai dit cela, afin que ma joie soit en vous et que la vôtre soit 'pleine." (Jean 15, 11.) — " Les disciples eurent une joie extrême en voyant le Seigneur ressuscité." (It. 20, 20.) — " Réjouissez-vous dans le Seigneur toujours : soyez dans la joie." (Phil. 4, 4.)
La joie est un épanouissement de l'âme, un frémissement du cœur. Mauvaise, si elle vient du sentiment du mal, du péché commis, du scandale ou des malheurs du prochain, de la haine de Dieu et de ce qui touche à la religion et à son culte ; dangereuse souvent, si elle provient des biens sensibles, comme les festins, les danses, les réunions publiques, les richesses, les amitiés douteuses. ^on?ie, elle est le fruit savoureux du devoir accompli, des actes de vertu ; supérieure, si elle s'inspire du sacrifice et de l'héroïsme patriotique ; surnaturelle, si elle résulte des éléments intérieurs de la grâce . . .
I. — La beauté des âmes comporte la craiyite filiale et la sainte tristesse, sœurs de la joie.
Les bienfaits de la tristesse contrebalancent ses dangers. Elle procure à l'âme le détachement des biens terrestres, en lui montrant la vanité des honneurs, du bien-être, des affaires, des divertissements.
Elle aide l'âme dans Vexpiation du passé, en opposant la douleur à l'excès des joies, l'humiliation à l'excès de l'exaltation. ** Mon âme est triste jusqu'à la mort ! " (Matt. 26, 38.)
Elle transfigure l'âme par la générosité, car d'instinct elle résiste au mal qui l'atteint personnellement; par la forcCy car le désir de sortir de la souffrance réveille ses énergies; par la bonté, car l'expérience du malheur la rend compatissante aux douleurs du prochain.
Les bienfaits de la crainte servent de fondements mêmes à la joie. Sans doute, la peur et l'horreur de l'offense sont excellentes ; mais la délicatesse de conscience produit le respect pour les vertus dominantes, foi, espérance, charité, justice, pureté : elle entretient la vigilance sur soi, la sécurité de l'innocence . . .
Toutefois, la crainte filiale constitue la révérence attendrie envers Dieu. A l'amour qui avance vers lui, elle ajoute le saisissement qui retient en face de la majesté souveraine et la perfection infinie.
Toute âme belle conçoit et pratique ainsi le respect du nom de Dieu, la tenue modeste dans la prière et la fréquentation des sacrements. Respect aussi des personnes consacrées à Dieu : prêtres, religieuses, évêques, pape ; des choses saintes : églises, tabernacle, eau bénite . . .
II. — La beauté des âmes s'accuse par les sentiments de joie dans les membres de la même famille.
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Dieu est plus que Créateur : c'est " le Père des cieux ! " par la communication de sa vie au saint baptême.
Chaque âme sanctifiée est son enfant. Le ciel lui revient de droit, comme font les biens des parents ici-bas. Et ce ciel, ce n'est pas le bonheur, à la manière humaine, mas la félicité même de Dieu. C'est la vision réelle, " face à face ", la possession et la jouissance de ce Père si bon, si beau, si aimant, si parfait. Et l'âme le sait, l'espère, en jouit d'avance avec tressaillement !
Puis elle comprend pourquoi son Dieu lui a montré tant de condescendance et communiqué tant de secours ! Pourquoi aussi il lui a envoyé Jésus, pauvre, humble, laborieux, souffrant . . . Pourquoi ce Fils aîné, frère des adoptés de son Père, a daigné rester avec elle dans l'Eucharistie et compléter son grand mystère de l'Incarnation par la Communion... C'est que l'âme, et les autres âmes de la sainte Église, ne forment toutes ensemble (\\iune seule famille ! Quelle perspective d'allégresse !
Dans la même famille, les cœurs ne font quun cœur. Là, on sait patienter longtemps. On oublie vite les torts. On donne ses soins aux malades et l'on reçoit tous les témoignages de l'affection profonde et durable des âmes.
Ainsi, ce Père qui est aux cieux, ce Jésus qui se donne en nourriture, ces liens de parenté, cette union commencée ici et inaltérable au ciel, toutes ces choses délicates sont pour l'âme, en état de grâce habituelle, une intarissable source de joie inexprimable. Si elle craint de la tarir, elle s'honore de ce sentiment. Si elle craint de briser ces liens
d'amour, elle Tappréhende plus pour Jésus que pour elle-même. Non, jamais elle ne voudra consentir à contrister tous ces cœurs qu'elle aime et qui l'aiment plus et mieux encore !
III. — La beauté des âmes s'accroît aussi de îa joie qui vient des personnes et des choses d'ici-bas.
Unie à Dieu par l'humanité de Jésus, l'âme goûte, aussi bien, les belles joies de la terre : les choses lui en versent les gouttes venant du Créateur, comme l'air, la lumière, la chaleur, les scènes de la nature . . . La mobilité des heures du jour, des aspects des saisons et des objets, selon les âges, de la demeure située à l'horizon natal, tout répond à notre besoin inné de changement. L'espoir des choses qui ne sont pas encore, le souvenir de celles qui ne sont plus, les rêves mêmes qui ne se réaliseront point, tout nous verse quelques rayons de joie. Beauté des paysages, beauté de la flore et de la faune, beauté humaine, ravissent le cœur e!: transportent tour à tour d'allégresse et de bonheur.
La joie lui vient surtout des personnes. S'il en est qui nous froissent, blessent, calomnient, nuisent de toute manière, il en est plus qui nous estiment, affectionnent, défendent, honorent. L'amitié, prolongement de la parenté, rassérène l'âme, la rend heureuse par les marques de sympathie et de bonté. L'entourage des connaissances lui donne le témoignage de ses qualités et sait partager avec elle la félicité fugitive de la vie sociale.
Toutefois, la plus pure joie de la nature lui vient d'une conscience bonne et sereine. Loin de vouloir le mal à autrui et de lui porter l'ombre de scandale, elle lui souhaite et fait le bien, elle lui verse le bon-
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heur : n'est-il pas infiniment doux au cœur bon de se communiquer en belles actions de dévouement et de charité ! . . .
Article III. — La Beauté de l'âme par la Paix