‹ La beauté de la femmeChapitre 10 sur 50 · INFLUENCE DES MALADIES SUK LA CONFORMATION DU CORPS · texte numérisé non relu

INFLUENCE DES MALADIES SUK LA CONFORMATION DU CORPS

C’est dans la classe ouvrière des grandes villes que la maladie est le plus répandue, et c’est précisément cette partie de la population qui fournit aux artistes la plupart de leurs modèles. Nous pouvons admettre que sur cent femmes du peuple, il y en a sûrement au moins trente qui ont été rachitiques.

L’exemple de Klein montre clairement le danger auquel s’expose un artiste qui ne porte point son attention sur ce fait. Dans son tableau, le Jugement de Paris1, l’épaisseur des articulations du pied, des poignets et la déviation des membres inférieurs prouvent d’une manière certaine que les trois déesses ont été atteintes de rachitisme. Le prix est sans doute décerné à Aphrodite parce que c’est elle qui présente les symptômes les mieux caractérisés. La fameuse Eve de Stuch a été, elle aussi, dans sa jeunesse assez gravement atteinte de la même maladie.

D’après Vierordt, le manque d’air et de lumière, la mauvaise hygiène de la peau et la mauvaise nourriture jouent un rôle considérable dans le développement du rachitisme. C’est aussi pour cette raison qu’on la rencontre moins fréquemment dans les classes plus fortunées. Les principales modifications causées par le rachitisme sont les suivantes :

Epaississement du poignet, surtout du côté du petit doigt (apophyse styloïde).

Déviation de l’avant-bras, dont l’axe forme un angle ouvert en dehors avec l’axe du bras.

Déviation de la colonne vertébrale et du thorax.

Rétrécissement du bassin, ce qui peut rendre le ventre plus ou moins pendant.

Epaississement des chevilles et des apophyses articulaires du genou.

Déviation de la jambe et de la cuisse, jambes en manche de veste (jambes en O), jambes tortues, cagneuses, pied plat.

Mentionnons seulement en passant les effets plus graves du rachitisme tels que les fractures des membres, les modifications des os

' Publié par la Société berlinoise de photographie.

Fig. 23. — Femme présentant des marques évidentes de rachitisme antérieur.

ticulation du pied elle-même est épaisse

du crâne et le chapelet rachitique (saillies des articulations à l’union des côtes et du sternum).

Toutes ces modifications peuvent, dans la suite, s’atténuer partiellement on même disparaître tout à fait, mais presque toujours l’épaississement des articulations reste tel quel.

L’exemple suivant expliquera les faits que j’ai exposés. La femme représentée à la figure 23 présente des indices très nets de rachitisme antérieur.

Au bras gauche on remarque la (orte courbure de l’extrémité du cubitus au-dessus du poignet du côté du petit doigt, ainsi qu’une légère déviation de l’avaut -bras. La jambe gauche présente une déviation caractéristique qui est notamment très visible au-dessus de la malléole interne. L’aret lourde.

INFLUENCE DES MALADIES SUIÎ LA CONFOII MATION DU CORPS

Cette figure présente des défauts d’un autre genre, sur lesquels nous aurons à revenir plus loin.

Toutes les autres maladies concernant les os n’ont, en regard du rachitisme, qu’une importance secondaire. Elles l'ont, en effet, subir aux membres des transformations si profondes qu’il convient de les laisser en dehors de notre étude.

Le ramollissement des os (ostéomalacie), l’inflammation de la moelle (ostéomyélite) et d’autres encore appartiennent à cette catégorie.

Le deuxième facteur qui détermine la forme extérieure du corps c’est la chair, autrement dit les muscles.

En faisant abstraction de certaines affections graves de la moelle ■épinière, au cours desquelles des groupes plus ou moins considérables de muscles s’atrophient, Erb, Landouzy, Déjerine, Leyden, etc., ont décrit certaines maladies qui, surtout chez les individus jeunes, attaquent des groupes de muscles bien déterminés et toujours les mêmes, qui commencent par se développer d’une manière anormale pour se ratatiner ensuite. Ainsi, dans la forme étudiée par Erb ce sont presque toujours des groupes de muscles bien déterminés de l’épaule et du bras qui sont atteints ; dans une autre catégorie de cas ce sont les

muscles du dos et des jambes que le mal attaque tout d’abord.

Fig. 24. — ■ Myopathie primitive progessive d’après Londe et Meige.

Charcot a rangé toutes ces formes diverses sous la même dénomination de « Myopathie primitive progressive ». Erb 1 a suivi plus tard son exemple et rassemblé ses différentes descriptions de la maladie sous le nom de « Dystrophia muscularis progressiva » (atrophie progressive des muscles).

Indépendamment des troubles fonctionnels qu’elle produit, cette maladie exerce, suivant sa localisation, une grande influence sur les formes et attitudes du corps.

Dans une des formes de la maladie, par exemple, ceux des muscles du tronc et des épaules qui sont attaqués de préférence sont les muscles antérieurs et postérieurs qui aboutissent à l’épaule et viennent d’en bas (pectoraux, trapèze, grand dentelé, rhomboïde, sacro-lombaire, grand dorsal), tandis que les muscles venant d’en haut (deltoïde, sus-épineux, sous-épineux, etc.), restent à l’état normal.

Il en résulte que la tète et le cou sont projetés en avant, les omoplates sont saillantes et la région supérieure de la poitrine est aplatie. Dans les membres inférieurs, ce sont principalement les grands muscles fessiers et les muscles extenseurs antérieurs de la cuisse qui sont atteints d’abord par la maladie. 11 en résulte que la partie antérieure de la cuisse est très aplatie et le pli entre la fesse et la cuisse beaucoup plus accentué.

Les deux phénomènes que nous venons de décrire apparaissent déjà nettement dans leur premier stade, comme on peut le voir par la figure 24, empruntée à la monographie de Londe et Meige 2.

Comparez-la avec la figure 2j qui représente une Berlinoise âgée d’environ vingt-six ans et douée d’une musculature particulièrement bien développée : le dos est robuste, la poitrine bombée, la cuisse ronde, la iesse forme avec la ligne postérieure de la cuisse un angle très ouvert ; le contraste avec le corps de Pauline C. L. (fig. 24) qui a environ le même âge, est saisissant.

Les maladies de la peau 11’ont pour ainsi dire pas d’influence

» Erb, Dystrophia muscularis progressiva, Leipzig, 1 8g i .

1 Iconographie de la Salpétrière , t.VH, pi. XIX, 1894, p. 442 ss.

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