INFLUENCE DES MALADIES SUR LA CONFORMATION DU CORPS
Beaucoup de maladies peuvent se déclarer et guérir sans modifier en rien la conformation du corps, d’autres la modifient de telle sorte que le profane même s’aperçoit sur-le-champ de leurs effets; dans d’autres cas, les tares laissées par la maladie ne sautent point immédiatement aux yeux et souvent même ne sont découvertes qu’avec peine par les gens du métier. Nous n’avons pas à nous occuper ici du premier groupe de maladies, qui comprend particulièrement les maladies infectieuses, aiguës, comme la fièvre typhoïde, la scarlatine, la rougeole, etc. Nous ne parlerons pas davantage du second, car chacun reconnaîtra facilement une bosse, un nez camus, des yeux chassieux ou une jambe trop courte, et n’hésitera pas à refuser une constitution normale aux individus affligés de ces difformités.
Quant au troisième groupe de maladies, celles qui ont pour résultat de légères déformations, il mérite d’attirer particulièrement notre attention.
Comme la forme extérieure du corps dépend en première ligne du squelette, des muscles qui l’entourent, de la peau et de la couche adipeuse, nous devrons insister principalement sur les maladies qui atteignent ces différentes parties. Les maladies qui affectent les organes internes ne viennent qu’en seconde ligne et dans la mesure où elles exercent une influence sur la forme exté-
rieure.
Parmi toutes ces maladies, les plui importantes sont de nouveau celles qui atteignent le corps à l’époque de sou développement, parce qu’elles peuvent alors exercer sur les formes encore délicates et inachevées une influence plus durable qu’à l’âge adulte.
La plus répandue et la plus connue des maladies qui influent principalement sur le squelette est le rachitisme. Il apparaît presque toujours de un à quatre ans, rarement plus tard. Son principal symptôme est un trouble particulier dans la croissance des os *, qui par suite de l’insuffisance du dépôt calcaire, restent mous et s’épaississent aux articulations. Ils cèdent à l'action musculaire et à la pression exercée par le poids du corps ; il en résulte des déviations; celles des jambes sont particulièrement remarquables chez les enfants malades qu’on a fait marcher. Si la guérison survient, elle s’accompagne d’un dépôt calcaire très abondant qui transforme définitivement en infirmités les déviations des membres et l’épaisissement des articulations.
Sur la fréquence du rachitisme les opinions sont très partagées, car, comme le fait remarquer Vierordt, le terme de rachitisme n’est pas également compréhensif chez les différents auteurs
Pour apprécier la fréquence et la gravité de cette maladie ils ne se placent pas toujours au même point de vue.
J’irai encore plus loin que Vierordt et, fort de mon expérience personnelle, j’ajouterai qu’un grand nombre de cas de rachitisme faiblement caractérisé échappent complètement à l’observation des médecins. A l'époque où j’étais chef de polyclinique à Berlin je m’aperçus du fait et je découvris presque dans chaque famille d’ouvriers un ou plusieurs enfants rachitiques ou l’ayant été, qui n’avaient jamais reçu les soins d’un médecin. Dans l’espèce ce qui nous intéresse, ce n’est point la gravité de la maladie, mais seulement les modifications permanentes qu’elle détermine et, en première ligne, les déviations des membres inférieurs. Nous pouvons donc admettre que la proportion de 3o p. ioo considérée par Senator et Ritchie comme un maximum est en réalité un minimum.
1 Cf. Vierordt. Rhachitis und Ostéomalacie, 1896, Hôlder.