Les muscles de la
Fig. io5. — Cette figure montre les modifications de la morphologie du torse, lorsqu’à l’extension du tronc s’ajoute celle de la jambe. (Française âgée de vingt-quatre ans.)
BEAUTE DU MOUVEMENT
cuisse exercent sur la forme du tronc une influence bien moins notable que ceux de l’épaule et du bras, qui sont en relation plus intime avec lui. Nous savons pourtant que, pendant la flexion, le pli de l’aine se creuse, et qu’il s’atténue pendant l’extension; par conséquent, l’extension de la jambe doit avoir pour résultat une tension de la peau de l’abclomen.
La figure io5 montre nettement l'effet produit lorsque la jambe gauche est étendue et ramenée en arrière. Ici, l’action des muscles grand-dorsaux dans l’extension est augmentée par l’élévation des bras et l’extension de la jambe gauche ; sur le côté droit, la jambe n’exerce pas d’action , aussi l’abdomen est-il plus proéminent de ce côté que de l’autre.
Nous pouvons tirer de toutes ces considérations la conclusion suivante :
l’extension du tronc, à laquelle participent, ensem
Fig. 106. — Jeune fille de vingt-trois ans, d'origine franco-néerlandaise.
ble ou isolément, les quatre groupes
de muscles indiqués, fait généralement mieux ressortir la beauté
des formes corporelles, et cela d’autant mieux que la musculature est plus vigoureuse et la peau plus élastique.
Nos observations n’ont porté, jusqu’ici, que sur des corps bien faits, qui étaient pour la plupart des corps de jeunes fdles. Un autre exemple nous permettra d’étudier l’influence de l’extension sur un corps moins parfait et nous montrera, en même temps, le plus baut degré possible d’extension.
La figure 106 représente une femme âgée de vingt-trois ans, d’origine franco-néerlandaise, déjà reproduite vue de dos à la figure 3a. La figure 107 nous montre que les proportions de son corps, comparées au canon de Fritsch, sont absolument normales.
En revanche, elle présente comme défauts, outre les marques des jarretières, signalées plus haut, un relâchement dans l’élasticité de la peau, visible surtout dans la figure vue de lace, notamment aux seins. Malgré leur faible volume, ceux-ci tombent un peu, ils sont plus bombés à leur face inférieure qu'à leur face supérieure et leur limite inférieure est trop accusée : en un mot, la poitrine est légèrement pendante.
La figure 108 nous montre le même corps de profil dans la plus grande extension possible.
Nous voyons, tout d’abord, que les seins sont fortement remontés et sont devenus très plats : la poitrine pendante est donc complète-
BEAUTE DU MOUVEMENT
ment supprimée par l’extension. Mais nous remarquons ensuite que cette extension, poussée jusqu'à ses extrêmes limites, a fait
Fig. 108. — La même. Extension extrême du tronc.
naître deux plis profonds qu’on n’aperçoit point sur la figure vue de dos, dans la station droite (fig. 32). Le pli supérieur longe la base inférieure de la cage thoracique, et le pli inférieur se trouve au-dessus du sacrum.
Nous avons affaire, ici, a des plis naturels qu’on ne saurait considérer comme des défauts ; en effet, au rebord costal inférieur et à la surface postérieure du sacrum la peau adhère intimement aux parties sous-jacentes ; il est donc naturel que, lorsque le corps est fortement renversé en arrière, la peau du dos se ramasse entre ces deux points fixes et y forme, en haut et en bas, deux plis transversaux.
Lorsque la graisse est accumulée en quantité anormale, il peut se former un troisième pli dans la région du sacrum, au-dessous des deux précédents ; ce pli est alors un défaut.
Nous pouvons résumer ainsi l'influence de l’extension du tronc sur la beauté du corps : l’extension du tronc augmente la beauté des formes, la peau devient plus tendue, l’abdomen plus plat, la cage thoracique plus bombée, les seins sont plus fermes et se trouvent plus haut, les reins se creusent. De légers défauts de conformation peuvent être effacés par l’extension. C’est seulement dans l’extension extrême que l’apparition des deux plis transversaux du dos est normale. L’influence de l’extension est d’autant plus favorable que la musculature est plus vigoureuse et la peau plus élastique.
Flexion du tronc.
Lorsque, le corps étant étendu sur le dos, on veut se relever, ce passage de la position couchée à la position assise s’effectue par l’action simultanée de deux groupes de muscles principaux. Ce sont les muscles de la paroi antérieure du ventre, qui rapprochent laçage thoracique du bassin, et le vigoureux faisceau de muscles, dont l’un est le psoas, et qui constitue chez les animaux ce qu’on appelle le filet; ce faisceau va de la colonne vertébrale aux cuisses, en passant au fond de la cavité du bassin. Suivant la position du centre de gravité, ce dernier groupe de muscles rapproche les jambes du tronc ou le tronc des jambes. C’est par eux que s’opère la flexion du tronc sur les jambes.
Au contraire, dans la station droite, l’action des muscles précédents passe à l’arrière-plan, car, dans ce cas, le tronc dans sa flexion
BEAUTE DU MOUVEMENT
obéit surtout à la loi de la pesanteur ; la flexion est alors régularisée par le relâchement progressif des grands dorsaux et la traction correspondante du groupe auquel appartient le psoas ; mais la
Fig. 109. — Flexion du tronc, premier stade. (Autrichienne âgée de vingt ans.) (Photographie de O. Schmidt, Vienne.)
majeure partie du travail est effectuée par le propre poids du tronc, qui l’entraîne naturellement en avant.
Comme les muscles psoas, qui sont les antagonistes des grands dorsaux, les autres muscles servant à la flexion jouent un rôle plus ou moins accessoire et en quelque sorte négatif.
Les modifications du tronc produites par la flexion s’accentuent encore davantage lorsqu’on laisse pendre les bras et qu’011 fléchit les jambes.
En ce qui concerne le quatrième des éléments que nous avons étudiés plus haut, à propos de l’extension, la contraction du clia-
Fig. iio. — Flexion du tronc, deuxième stade. (Munichoise âgée de douze ans.) (Photographie de Recknagel.)
phra gmc et des muscles du thorax, elle est aussi soumise à la même loi.
Nous pouvons déjà nous en rendre compte en observant la respiration d'une personne fatiguée assise. Au moment de l'inspiration,
BEAUTE DU MOUVEMENT
il se produit une extension du tronc, une dilatation de la poitrine ;
Fig. in. — Flexion du tronc, troisième stade.
au moment de l’expiration, le thorax s'affaisse, le tronc se penche en avant et le dos se courbe fortement.
Nous avons donc affaire surtout, dans la flexion du tronc, à un
relâchement des groupes de muscles extenseurs et, seulement en seconde ligne, à l'action réelle des muscles fléchisseurs. En outre, la pesanteur joue ici un rôle beaucoup plus considérable.
La première modification qu’imprime au tronc la flexion en avant, c’est que le profil curviligne de la région lombaire s’aplatit de plus en plus et que la ligne courbe des reins devient d’abord une ligne droite, puis un arc à convexité postérieure.
Fig. ii2. — Dernier stade de la flexion du tronc. (Italienne âgée de vingt ans.)
La figure iog montre le premier stade de la flexion chez une jeune fille de vingt ans bien conformée.
Lorsque le tronc est fléchi plus fortement, le dos étant voûté, il se forme un pli à la face antérieure du ventre, un peu au-dessus de l'ombilic et au-dessous du rebord costal antérieur.
Ce « pli de la taille » apparaît naturellement pendant la flexion, même sur des corps jeunes et maigres, à la peau élastique ; on le trouve même reproduit dans les œuvres de l’art classique, entre autres sur la Vénus accroupie du Vatican.
La figure iio nous montre le pli normal de la taille sur le corps
BEAUTE BU MOUVEMENT
délicat d'une jeune Munichoise, âgée de douze ans, qui représente le deuxième stade de la flexion.
Au troisième stade apparaît un autre pli de la paroi antérieure du ventre, il est situé entre l’abdomen et le pénil et va mourir vers l aine.
C’est le « pli de l’abdomen » qui est, lui aussi, normal et constant. A ce stade de la flexion, le ventre forme entre les deux plis une saillie assez forte qui est surtout accentuée dans la région de l’ombilic, particulièrement riche en tissu adipeux.
La formation de ces plis de la peau s'explique par la contraction et le raccourcissement des muscles du ventre sous-j acents.
Ces deux plis apparaissent sur la figure 1 1 i avec leur configuration normale ; l’attitude de trois quarts permet également de voir la forte courbure du dos. Malgré
Fig. n3. — Danoise aux cheveux roux. (Photographie du D1' Kuhn-Faber.)
l’abondance assez grande de tissu adipeux,
ce corps offre des lignes tout à fait normales; -grâce à l’élasticité de la peau.
Le corps souple de la jeune Italienne de la figure 112 nous présente le dernier stade de la flexion. Cette flexion est si forte que
Fig. 1 1 4 - — La même, dans une attitude fléchie, montrant les deux plis de flexion.
les seins touchent les cuisses et que le menton repose sur les genoux.
En faisant abstraction de ce fait que le pli de l’aine, entre le tronc et la jambe soulevée, s'est à la fois creusé et allongé, nous n apercevons ici encore, malgré l’extrême flexion, que deux plis : le pli de la taille et le pli de l’abdomen.
Ces deux plis sont ceux que nous devons considérer comme nor-
maux.
BEAUTE DU MOUVEMENT
Les différences que nous avons signalées apparaîtront encore plus clairement sur le tronc d’un seul et même sujet à la figure i i3 et à la figure 1 1 4 - Ces figures représentent une |eune Danoise, dont je dois la photographie à l’amabilité du professeur Léopold Meyer, la première dans la station droite, la seconde dans l’attitude fléchie.
A part la poitrine légèrement tombante, ce corps est à peu près normal.
La beauté des formes du corps fléchi repose principalement sur la tension souple de la peau, le développement convenable de la musculature et l’adhérence de la peau aux parties sous-jacentes. Mais l’attitude fléchie, par suite de la tension plus grande qu’elle détermine, exige des formes un plus haut degré de perfection. Un léger excès de tissu adipeux, un léger défaut d’élasticité de la peau et des muscles suffisent pour altérer les formes dans la flexion. Bien des femmes qui ont assez bonne apparence dans l’attitude de l’extension, montrent dans la flexion de nombreux défauts, au premier rang desquels se placeront ici encore les ravages causés par l’abus du corset.
Lorsqu’il y a excès de tissu adipeux sans que la musculature soit
Jeune Japonaise de Ivobe au bain.
suffisamment développée, il se forme un second pli au-dessus du pli de la taille et la limite inférieure des seins est marquée par un pli oblique. Nous trouvons ces deux défauts indiqués sur le corps d’ailleurs bien conformé d’une jeune Japonaise (fig. 1 15).
Enfin le pli de l’abdomen peut être accompagné d’un second pli ; le premier se trouve alors un peu plus près du nombril.
Chez les personnes très grasses, tous ces plis deviennent de profonds sillons entre lesquels s’élèvent des bourrelets de graisse. 11 arrive même que le ventre et les seins soient si volumineux et si pendants que toute flexion devienne impossible.
BEAUTE DU MOUVEMENT
Botation du tronc.
La rotation du tronc sur la colonne vertébrale ne produit pas de plis, mais seulement un déplacement latéral des parties molles ; il
en résulte une certaine modification des formes, en ce sens que certaines parties apparaissent plus de face et d’autres plus de profil, en même temps que les muscles intéressés dans la rotation se contractent.
Ces trois mouvements fondamentaux du tronc peuvent fournir les combinaisons les plus diverses. Tout d’abord la flexion et Texten-
sion suivant l’axe du tronc ou une ligne plus ou moins oblique peuvent se combiner avec la rotation. Des éléments d’extension peuvent entrer en jeu dans une des moitiés du corps en même temps que des éléments de flexion dans l’autre moitié. Contentons-
Fig. 117. — Plis latéraux déterminés parla rotation et la flexion.
nous ici d’indiquer brièvement quelles modifications peut subir la forme des plis lorsque la rotation s’ajoute à la flexion ou a l’extension.
Rappelons que nous avons à considérer dans les circonstances normales les plis suivants :
Extension :
a. Le pli de la taille (T).
b. Le pli des reins (L).
Il s’y ajoute le pli accessoire des reins indiqué sur la ligure i 16« en pointillé.
Flexion :
a. Le pli de la taille (T).
b. Le pli de l’abdomen (U).
11 s’y ajoute les deux plis
accessoires (en pointillé) situés l’un et l’autre audessus des deux précédents et un cinquième pli situé au-dessous des seins (fig. b ).
De tous ces plis, seul le pli de l’abdomen est limité de chaque côté par les épines iliaques antérieures.
Tous les autres plis peuvent par suite de l’inclinaison latérale et de la rotation se déplacer et se confondre l’un dans l’autre. Nous avons déjà fait remarquer plus haut que, lorsque la peau manque d’élasticité, l’attitude hanchée (fig. 80), qui n’est au fond qu’une inclinaison latérale du thorax vers la hanche, produit Fig. 118. — Les mêmes, quand la rotation deux plis de la peau. est P^us forte et s’accomplit en sens con-
, . traire.
Les plis 11e sont pas autre
chose que le prolongement antérieur des plis de la taille et des reins. On peut les voir à la figure 1 1 j , où ils sont produits normalement par l’inclinaison latérale et la rotation du tronc.
Lorsque la rotation est plus forte et s’opère dans le sens opposé (fig. 1 1 8) , les deux sillons sont dirigés un peu plus obliquementet sont situés plus près de la ligne médiane du corps.
La figure 119 enfin est très instructive. Elle nous montre d’une manière très caractéristique, par suite de la flaccidité de la peau, à la fois les plis de formation normale et ceux dont la présence constitue un défaut, Du coté droit, le tronc est dans l’attitude de l’ex-
Fig. 119. — Plis défectueux très marqués, produits par la rotation et la flexion à gauche.
tension, il est fléchi du coté gauche et en même temps le thorax est tourné de ce même côté. Il résulte de cet ensemble de conditions que les plis apparaissent beaucoup plus nettement sur le côté gauche. Nous y voyons, outre le pli de la taille et celui de l’abdomen, qui sont trop fortement accusés, surtout sur le côté gauche, le pli accessoire de la taille, et entre les deux plis de la taille l’extrémité antérieure du pli des reins.
D’après ces exemples fondamentaux, le lecteur pourra facilement imaginer lui-même toutes les autres combinaisons. Nous croyons donc
BEAUTE DU MOUVEMENT
pouvoir nous dispenser de passer systématiquement en revue toutes les modifications du tronc dont l’énumération serait fastidieuse.
Grâce à ces considérations, nous pourrons comprendre bien plus facilement l’influence qu’exercent les diverses attitudes sur l’ensemble du corps.
Les principales attitudes du corps au repos sont la position couchée (decubitus), la position assise et la station droite ; celles du corps h l’état de mouvement, la marche et la course.
On appliquera facilement les résultats de cette étude à la position agenouillée, accroupie, à la marche sur un plan incliné, aux diverses attitudes d’une personne qui monte ou descend un escalier, qui soulève, porte ou pousse devant elle un fardeau, qui danse, etc.
La question est exposée d’une manière systématique dans Fritsch et dans Richer.
Station droite.
Dans la station droite le corps tend naturellement à prendre une attitude qui lui permette de conserver son équilibre avec le moindre effort musculaire possible.
La manière la plus simple d’atteindre ce but, c’est d’avancer la région du bassin et d’incliner légèrement les épaules tout en les ramenant en arrière. On obtient ainsi l’attitude « nonchalante » (fig. 120, à droite) que nous devons considérer comme l’attitude naturelle dans la station droite.
Les trois fillettes de six, huit et dix ans, que représente la figure 120, sont toutes les trois plus ou moins dans l’attitude droite typique; chez la plus grande surtout, celle de droite, elle est très nettement marquée et particulièrement naturelle.
Cette attitude est caractéristique pour le corps nu. Insistons dès maintenant sur ce fait, que les vêtements, suivant leur forme et leur poids, influent très fortement sur la place naturelle du centre de gravité, circonstance dont on n’a pendant longtemps pas assez tenu compte, comme nous le verrons plus loin, dans l’étude physiologique des formes du corps. A notre époque et en Europe, où
les femmes passent la plus grande partie de leur vie dans leurs
Fig. 120. — Trois petites Munichoises (six, huit et dix ans), dans l’attitude naturelle.
vêtements, on en trouve bien peu qui sachent, une fois déshabillées, se mouvoir avec aisance.
BEAUTE DU MOUVEMENT
L’élément qui influe le plus sur l'attitude du corps, c’est la hauteur des talons.
Pour pouvoir conserver son équilibre avec des talons, il faut nécessairement transformer son attitude naturelle en une attitude raide et presque militaire (fi g. 12 1 et 122).
J’ai déjà montré ailleurs 1 qu’il ne faut nullement condamner les talons, lorsqu’ils 11e sont ni trop hauts ni trop étroits, et qu’ils contribuent même il augmenter la beauté du corps, notamment lorsque les jambes sont un peu courtes.
Le seul fait qui nous intéresse ici, c’est que l’élévation produite par les talons est souvent très favorable à la beauté du corps ; mais les femmes bien laites, aux jambes longues, peuvent s’en passer.
Une autre forme de l’attitude naturelle « nonchalante » c’est la position d’équilibre dans laquelle la région du bassin se trouve portée en arrière, tandis que les épaules sont ramenées en avant. C’est l’attitude typique d’un grand nombre de Vénus, et elle se trouve particulièrement accentuée dans la Vénus de Médicis.
reposant sur toute la plante du pied.
Ions sont surélevés .
1 Cf. Frauenkleidung, p. 1G4.
Dans cette attitude, les grands dorsaux doivent se contracter pour
empêcher la chute du corps en avant.
On admet généralement comme type d’attitude pudique celle de la Vénus de Médicis1. Mais on a tort, car lorsqu’une femme habituée aux vêtements est surprise nue, elle prend une position toute différente. Elle incline légèrement le tronc en avant, relève les épaules, croise les deux bras au-dessus des seins et cache autant que possible les parties sexuelles en croisant les cuisses.
Telle est l’attitude naturelle qui exprime la pudeur. L’attitude de la Vénus consacrée par l’art est, à mon avis, une sorte de compromis entre cette attitude naturelle et l’attitude symbolique de la déesse de la fécondité dans la conception primitive, montrant d’une main ses seins et de l’autre ses parties sexuelles.
Les artistes sont arrivés peu à peu à ne voir dans la déesse que la lemme, car il est absurde de penser qu’une déesse de la beauté puisse avoir honte de sa nudité.
Par la contraction des muscles du dos, de la cuisse et de la fesse, l’attitude naturelle et nonchalante se transforme en l’attitude verticale droite, qui, vue de face, n’est pas autre chose que la station droite symétrique du corps déjà signalée plus haut (fig. 33).
' Cf. Havelok Ellis, Geschlechtstrieb und Schomgefühl, traduction allemande de Kotscher, 1900.
Cette attitude, plus fréquente dans l’art moderne que dans l’art antique, exige que les proportions du corps soient rigoureusement
Fig. 124- — - Position hanchée d’après Richer.
normales. On reconnaît en effet d’un coup d’œil la plus légère asymétrie dans les deux moitiés du corps et seul un corps, d’une beauté parfaite pourra produire une impression favorable dans cette attitude.
C’est cependant l’attitude fonda
Fig. xa5. — Jeune fille de vingt ans, originaire des pays rhénans, dans une position légèrement hanchée.
Richer distingue deux types de
entale qui sert de base à toutes les autres attitudes droites.
Dans cette attitude (fig. i 23), l’axe du tronc est perpendiculaire à la ligne des épaules et à la ligne des hanches en leur milieu ; les axes des jambes suivent une direction à peu près parallèle de l’axe du tronc et le poids du corps est réparti également sur les deux jambes.
Lorsque l’une des hanches s’abaisse et que l’autre se déplace latéralement, l’attitude symétrique se transforme en attitude hanchée. Le centre de gravité se déplace alors de telle façon que presque tout le poids du corps repose sur la jambe correspondant à la hanche la plus haute. Cette jambe est appelée jambe portante et son axe est oblique. L’équilibre du corps est maintenu par 1 inclinaison de la colonne vertébrale du côté de la jambe portante.
L’autre jambe subit par suite de 1’abaissement de la hanche un allongement artificiel qu’on corrige en fléchissant le genou ou en tournant le pied en dehors.
position hanchée (fig. 124).
BEAUTE DU MOUVEMENT
Dans la première (celle Je gauche), l axe du troue (ab) est parallèle à l’axe de la jambe portante (cd) ; dans la seconde (celle de
droite), le prolongement de l’axe du tronc (ab) coupe l’axe de la jambe portante (cd).
Dans la première position, il faut, pour que l’équilibre soit conservé, que le haut du corps soit plus fortement incliné du côté delà jambe portante. Au fond, ces deux attitudes ne sont que des degrés différents de la position hanchée.
Considérons un corps absolument normal dans une attitude légèrement hanchée (fig. ia5) et traçons les différents axes en tenant compte de la flexion lombaire de la colonne vertébrale; nous obtenons ainsi une attitude qui correspond à la première position hanchée de Richer. Mais nous constatons en même temps que seule la partie supérieure de l’axe du tronc est parallèle à l’axe de la jambe portante, tandis que la partie inférieure prolongée coupe ce dernier axe.
Supposons maintenant que la personne placée dans cette attitude se balance sur les hanches. La hanche droite se porte alternativement sur le côté et vers la ligne médiane, et, en même temps, l’axe de la jambe correspondante suivra une direction tantôt plus, tantôt moins oblique. Le haut du corps maintient l’équilibre grâce à l’inclinaison, plus ou moins grande suivant le cas, de la colonne vertébrale. Plus la hanche s’éloigne de la ligne médiane, plus le corps se rapproche de la deuxième position de Richer; réciproquement, plus la hanche correspondant à la jambe portante se rapproche de la ligne médiane, plus le corps se rapproche de la première position.
La forme du corps est modifiée par la position hanchée de telle sorte que la moitié du corps correspondant à la jambe portante est à l’état de flexion, l’autre à l’état d’extension.
Cette attitude f ait mieux ressortir la ligne du bassin et des hanches et par conséquent aussi le caractère sexuel féminin. Nous pouvons donc caractériser cette attitude, à laquelle on a si souvent recours dans les arts plastiques, comme très avantageuse pour la beauté des formes.
Elle peut être modifiée à l’infini par une flexion plus ou moins forte, par la rotation du tronc ou de ses différentes parties, par les mouvements des bras et de la tête. Un défaut très fréquent chez la femme, les jambes cagneuses (jambes en X), peut être dissimulé complètement par un emploi judicieux de cette attitude, plus facilement toutefois de face et de profil que de dos.
La figure 127 nous fournit un excellent exemple de l’influence favorable ou défavorable de la position hanchée.
Chez la première des deux jeunes filles, dont le corps est tout
BEAUTE DU MOUVEMENT
à fait normal, la forte courbure de la hanche gauche met bien en
Fig. 127. — Deux jeunes filles de seize ans dans la position hanchée, vue de dos. (Photographie de Reknagel.)
évidence le caractère sexuel secondaire féminin et en rehausse la beauté juvénile.
LA lîEALTE DE LA I-EMME
La seconde a les jambes cagneuses, la peau est flasque, le dos trop arrondi dans la région des épaules. Cette attitude met encore plus en relief la laideur du genou tourné en dedans; au-dessus de la jambe gauche apparaît un pli cutané très accentué; enfin la courbure anormale du dos est encore soulignée. L’attitude hanchée a donc pour résultat d’accentuer chez la première les avantages, chez la seconde, les défauts.
Nous pouvons tirer des considérations qui précèdent, ces conclusions générales : la station verticale droite n’est belle que lorsque le corps est parfait; la position hanchée peut augmenter la beauté du corps normal et dissimuler de légers défauts.
Position assise.
La position assise a pour condition essentielle une flexion des cuisses sur le
... , , ,, , tronc; ce dernier pouvant
Fig. 128. — Position assise, le buste fléchi 1
et les bras abaissés. se trouver a 1 un quelcon-
que des différents stades de l’extension, de la flexion et de la rotation. Les figures 100, 101, io5, iiy et 1 1 8 en donnent toute une série d’exemples, auxquels nous renvoyons le lecteur. La flexion des cuisses brisant pour ainsi dire la ligne du corps, celui-ci ne pourra jamais dans la position assise révéler aussi complètement ses beautés que dans la station droite. En revanche, un corps aux jambes trop courtes ou légèrement
BEAUTE DU MOUVEMENT
déviées produira un meilleur effet assis que debout, parce que la position assise interdit la comparaison entre les mesures de longueur du buste et celles de la partie inférieure du corps.
Fig. 12g. — - Position assise, montrant les modifications de la forme lorsque le buste est en extension, et que les bras sont, levés.
Il en est de même naturellement pour la position agenouillée, accroupie, à cheval, etc.
Deux photographies de la même personne (fig. 128 et 12g) nous montrent les limites extrêmes entre lesquelles varient les modifications subies par le tronc dans les différentes attitudes assises.
Le buste de la jeune fille représentée assise à la figure 128 et dont le corps est assez normal, nous montre tous les caractères étudiés plus haut de la flexion au troisième stade. Par suite de la légère flaccidité de la peau, il s’est formé un double pli de la taille et un pli sous les seins. Dans l’extension, avec les bras levés, toutes les beautés du tronc ressortent admirablement; les seins notamment ont une forme parfaite.
fl en résulte que plus l’extension du buste est grande, plus la position assise est belle.
En tenant compte de ce que nous avons déjà dit à propos de l’extension et de la flexion, nous pouvons établir pour la position assise et son influence sur la beauté du corps les principes suivants :
La perfection du corps se manifeste avec moins d’évidence dans la position assise que dans la station droite. Lorsque les jambes sont courtes ou tordues, mais que le tronc est bien conformé, le corps produira surtout une bonne impression dans la position assise. Enfin la position assise influe d’autant plus avantageusement sur la forme du corps, que l’extension du buste est plus considérable.
Une attitude très mouvementée des membres, dans la position assise, exige, pour 11e point porter préjudice à l’harmonie des formes, une très grande élasticité de la peau.
Position couchée.
Entre la position assise et la position couchée, on peut imaginer de nombreuses attitudes intermédiaires, qui diffèrent surtout de la première par la flexion moins grande des jambes.
La figure i3o en est un exemple.
Le tronc est au troisième stade de la flexion ; par suite de la rotation vers la gauche, les plis se trouvent davantage de ce côté ; l’élévation des bras atténue le caractère de la flexion, surtout du côté droit où l’élévation plus grande du bras s’accompagne de l’extension de la moitié droite supérieure du tronc.
Par contre, à gauche aussi, l’extension plus considérable de la
BEAUTE DU MOUVEMENT
jambe compense la flexion du tronc. Grâce à ce concours de circonstances, le corps apparaît, malgré la plénitude des formes, sous
Fig. i3o. — Attitude intermédiaire entre la position assise et la position couchée, dans laquelle l’élévation du bras droit et l’extension de la jambe gauche compensent heureusement les désavantages de la flexion du torse.
un jour favorable; mais l’abaissement du bras droit suffirait à détruire cette impression.
2ÖO
Dans la position couchée proprement dite, nous n’avons pas seulement à tenir compte de l’extension, de la llexion et de la rotation, mais aussi d’un autre élément important, la pesanteur. Toutes les parties molles, qui ne sont point soutenues par des os, retombent, et cela d’autant plus que leur poids est plus considérable et qu’elles sont moins maintenues par l’élasticité de la peau.
Quelques exemples subiront à expliquer ces diverses influences.
Les conditions les plus favorables se trouvent réunies à la figure 1 3 1 qui représente un corps svelte, à la peau élastique, étendu sur le dos.
La moitié droite du corps est un peu plus élevée que la gauche, et il en résulte que le ventre distendu est plus aplati à droite qu’à gauche. L’extension des deux bras lait remonter fortement les seins et en même temps les aplatit ; nous remarquons cependant que le sein gauche, obéissant à la loi de la pesanteur, est descendu légèrement dans le creux de l’aisselle où sa limite apparaît nettement marquée. Chez les femmes dont les seins manquent de consistance, ceux-ci s’aplatissent tellement dans cette position, que seule la. diminution de la profondeur des aisselles permet de reconnaître leur présence. Il en résulte que, dans cette attitude, le corps de la femme apparaît plus jeune, et, lorsque les seins sont peu développés, plus voisin des formes de l’enlant.
La figure 162 représente une jeune Autrichienne dont le pannicule adipeux est très abondant et la peau d’une élasticité médiocre. Elle est couchée sur le dos en demi-flexion, avec légère rotation vers la gauche.
Le caractère de la llexion est encore accentué par la position des bras abaissés.
Nous voyons ici avec encore plus de netteté que l’abdomen entraîné jmr son propre poids, retombe vers la droite ; les seins retombent sur le côté et vers le bas ; sous le sein gauche apparaît un pli déterminé par la flexion plus forte de ce côté et par le déplacement du bras. Dans le cas présent, l’élévation du bras elle-même 11e subirait pas, comme à la figure i3o, pour donner une belle forme à la poitrine, car la flexion de la moitié gauche du corps laisse-
Position couchée sur le dos, en extension. (Italienne âgée de vingt ans. (Photographie de Plüschow, Rome.)
rait persister le pli au-dessous du sein. Toute flexion, si légère soit-elle, fera immédiatement ressortir les défauts d’un pareil corps.
Pour terminer la série des exemples, nous pouvons comparer différentes attitudes d’un même modèle, dont le corps n’est pas
Fig. i32. — Position couchée sur le dos, en flexion, mettant nettement en relief l'action de la pesanteur sur les seins et le ventre, lorsque la peau n’a pas conservé une élasticité suffisante.
d’ailleurs absolument sans défauts. Toutes les photographies ont été prises par O. Schmidt, de Vienne.
La figure 1 3 3 nous présente cette personne dans la station droite, les bras abaissés; la figure 1 34 dans la station droite, les bras levés.
Nous voyons dans la première attitude (fig. 1 33) , que les seins sont très développés et que par suite de leur poids et du défaut d’élasticité de la peau, ils sont légèrement pendants. Au-dessus de la taille apparaît un sillon transversal produit par le vêtement, les
IÎEAUTE DU MOUVEMENT
muscles de l’abdomen ont peu de relief, le ventre est trop proéminent à sa partie inférieure, surtout à gauche, par suite de la position hanchée à droite. Dans l’attitude de l’extension, les bras levés (fig. 1 34) ces défauts sont atténués, sans cependant disparaître. Les seins sont légèrement plus haut, dépassent fortement le bord inférieur des grands pectoraux, le caractère de la poitrine pendante est encore assez reconnaissable. Le sillon transversal produit par le vêtement est encore visible ; au ventre, le relief musculaire s’accuse un peu davantage sur la ligne médiane par suite de la contraction des grands droits abdominaux.
Dans la position couchée sur le dos, en extension, tous les défauts ont presque complètement disparu.
Le ventre est plus plat, il est même légèrement creusé à droite. Les seins ont une bonne convexité, le caractère de la poitrine pendante est presque complètement effacé à leur partie inférieure, et l’on ne reconnaît un défaut qu’au sein gauche dont le segment inférieur descend trop bas dans le creux de l’aisselle.
Dans la position couchée sur le côté, en flexion, on reconnaît le
Fig. 1 33 . — Modèle féminin dans la station droite, les bras abaissés.
défaut d élasticité de la peau, d’abord h l’exagération du pli de la taille au-dessus de la hanche, ensuite et surtout à la manière
extraordinaire dont le ventre pend sur la cuisse gauche
Fig. 1 34- — La même, les bras levés.
droit s’est complètement creusé; la moitié du ventre située du nombril est aplatie et comme étalée sur la cuisse.
le flanc
à gauche Quoicpie
BEAUTE DU MOUVEMENT
le bras droit cache la plus grande partie des seins, on peut cependant reconnaître le caractère de la poitrine pendante au pli qui se forme sous le sein droit.
Cet exemple nous montre que la position couchée sur le dos, en extension, est de beaucoup la plus favorable pour dissimuler ou atténuer les défauts d’un corps mal conformé.
Le squelette du dos ayant un développement particulièrement considérable, le poids des parties molles exerce une faible influence sur la plus grande partie de son modelé extérieur, quelle que soit l’attitude choisie ; par conséquent, les modifications que subit sa forme dans la position couchée ne sont pas, à beaucoup près, aussi importantes que celles de la poitrine et du ventre. Nous pouvons cependant ici encore distinguer une bonne et une mauvaise configuration.
La figure 1 3 5 montre le dos d’une jeune Italienne dont le corps est svelte, la peau ferme, la musculature bien développée; la figure 1 36 représente une Autrichienne de dix-huit ans, dont la peau est flasque, le pannicule adipeux plus abondant, et la musculature moins vigoureuse.
Le contour de la première est partout gracieux et ferme cependant ; les fesses, en particulier, malgré leur faible volume, sont très bien conformées et ne sont aucunement aplaties.
Le corps de la seconde est potelé au contraire ; toutes les formes sont plus molles, la fesse droite est plus aplatie, le pli fessier gauche est plus oblique que chez l’Italienne. Il s’est formé, au-dessus de la hanche gauche, un pli de la taille qui est un défaut dans cette attitude.
Indiquons encore que, dans la position couchée, un défaut de longueur des bras, ou des jambes est moins apparent. Cela tient à ce que nous sommes beaucoup plus habitués à mesurer à vue d’œil des corps placés verticalement, et qu’il est plus difficile, souvent même impossible, d’apprécier de petites différences de longueur dans un plan horizontal.
Nous en avons un exemple frappant dans le dessin de Thérèse Schwartze (fig. 17 1) exécuté d’après un modèle aux proportions
irréprochables, comme j’ai pu m'en assurer personnellement. Au
premier coup d’œil, les jambes paraissent trop longues, mais, si l’on
place la figure
verticalement,
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Voici donc
les conclusions
que nous tirons de cette étude
sur la beauté des attitudes du
corps au repos : Un beau corps de femme est beau dans quelque attitude que ce soit, et d’autant plus beau qu’il est plus svelte. Néanmoins l’extension, dans toutes les attitudes, rehausse les qua-
BEAUTE DU MOUVEMENT
lités du corps. La position couchée sur le dos, en extension, est surtout avantageuse. On peut, par le choix judicieux de l’attitude,
atténuer de légers défauts et faire paraître le corps normal. Il faut souvent veiller cependant à ce que les éléments d’extension prédominent sur ceux de flexion.
Les défauts que présentent les axes des membres peuvent être atténués ou dissimulés complètement par la flexion, dans la position
assise ou couchée; les défauts que présentent les membres au point de vue de la longueur disparaissent dans la position assise ou couchée.
Même de graves défauts du tronc peuvent disparaître dans la position couchée, en extension. Pourquoi les peintres, qui peuvent tirer des lois de la perspective un bien plus grand parti que les sculpteurs, représentent-ils si souvent la femme nue dans la position couchée, sinon, dans la plupart des cas, parce que cette attitude leur permet de dissimuler toutes les légères imperfections du modèle et de mettre mieux en lumière toutes ses beautés?