ATTITUDES DU CORPS EN MOUVEMENT
Nous avons déjà dit, au second chapitre de cet ouvrage, que les anciens Grecs et les Japonais ont su rendre, avec une vérité parfaite, les mouvements, si difficiles à saisir, des êtres vivants ; chez nous, au contraire, il s’est formé au cours des siècles, dans les arts plastiques, une conception traditionnelle de la marche et de la course, qui est en contradiction absolue avec la nature. Quand la plupart des artistes, dont le regard est cependant exercé, subissaient eux-mêmes, à leur insu, rinfluence de la tradition, que pouvait-il advenir de la masse du public ? On transporta dans la vie quotidienne et l’on accepta comme conforme à la vérité la conception de la marche et de la course qui régnait dans les arts plastiques. C’est seulement de nos jours que les résultats de la photographie instantanée devaient prouver la fausseté absolue de la conception jusqu’alors admise.
Le cliché photographique montre bien plus nettement tous les détails que ne le fait l’oeil, trop lent, de l’homme ; il nous permet ensuite de fixer, d’examiner à loisir et d’étudier scientifiquement chacune des phases d’une action rapide ; or, cette étude a montré que toutes les images de la marche et de la course, que l’art a données jusqu’ici, ne correspondent à aucune réalité et que, abusés
BEAUTE DU MOUVEMENT
par elles, nous nous figurons avoir vu des choses qui, en réalité, n'existent pas.
L’influence que la découverte de cette erreur peut exercer sur nous-mêmes et sur les artistes de l’avenir, a été jugée de manières très diverses.
Fritsch dit que notre œil est incapable de percevoir plus d’un certain nombre d’images, soit neuf, par exemple, en une seconde ; l’appareil photographique voit plus clair et plus vite. Mais l’artiste, qui s’efforce de rendre l’impression du mouvement, doit substituer à une série de phases distinctes et consécutives une idée, une attitude neuve, inventée iiar lui-même, et qui puisse rendre en même temps toutes les impressions qu’il a reçues. Par conséquent, la représentation artistique du mouvement demeurera traditionnelle ; c’est tout au plus si les progrès de la science permettront à la tradition de s’affranchir de quelques erreurs.
Richer est d’une opinion différente II cite à l’appui de sa thèse l’exemple des anciens Grecs, dont la conception était absolument conforme à la vérité, et les efforts, souvent stériles, il est vrai, tentés par des artistes modernes pour se rapprocher de la nature dans leurs ouvrages; il affirme que la science réussira toujours davantage à convaincre les artistes, et avec eux le public, de leur erreur. Je me range à cette dernière opinion.
Quand la vérité est une fois reconnue, son influence se fait, tôt ou tard, irrésistiblement sentir. Que voyons-nous donc précisément, à l’heure actuelle? La tendance « moderne » dans les arts plastiques est-elle autre chose qu’une manifestation de l’influence, toujours grandissante, qu’exerce l’art japonais, naïf en apparence, mais supérieurement réaliste, en fait, sur l’esthétique traditionnelle et conventionnelle de la vieille Europe ?
Mais ce n’est pas, pour l’instant, à la représentation du mouvement dans les arts que nous avons affaire : c’est au mouvement en lui-même, ou, pour mieux dire, à l’influence qu’exerce le mouvement sur les lormes du corps féminin.
Les documents, malheureusement encore trop rares, nous sont fournis par la photographie instantanée.
VJ
Richer1 a tiré de celle-ci, au point de vue scientifique, un parti bien plus considérable que Fritsch. Le résultat de ses études, faites principalement sur des hommes nus, est le suivant :
La figure idy montre les empreintes des plantes des pieds dans
un double pas. La droite ab indique le sens de la marche ; parmi les lignes qui la coupent, la plus courte indique chaque fois l’axe des hanches, et la plus longue l’axe des épaules.
En a le corps repose, dans l’attitude symétrique, sur les deux plantes des pieds, les axes des hanches et des épaules sont parallèles.
Pour le premier demi-pas, la jambe droite se porte en avant, et, en même temps qu’elle, la hanche droite :
l’axe des hanches est oblique, l'axe des bras l’est aussi, mais en sens contraire, car, pour que l’équilibre soit maintenu, il faut que l'épaule gauche se porte en avant en même temps que la hanche droite, tandis que le tronc subit une rotation. A la fin de ce mouve-
Appui unilatéral droit .
Appui bilatéral.
Appui unilatéral gauche
Appui bilatéral .
Appui unilatéral droit
Appui bilatéral.
Fis