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Schéma de la marche humaine d’après Pocher

ment, le corps repose sur les deux pieds écartés à la manière d’un compas.

C’est à présent le pied gauche qui se lève, se détache du sol et se porte en avant. Dans l’élévation de la jambe gauche, le corps

Physiologie artistique . Doin, i8g5.

BEAUTE DU MOUVEMENT

repose uniquement sur le pied droit, tandis qu’à ce moment les axes des épaules et des hanches sont de nouveau parallèles. Dès que le pied gauche touche le sol, nous avons de nouveau la première attitude, mais eu sens inverse. La hanche gauche et l’épaule droite sont portées en avant, le corps repose sur les deux plantes des pieds.

La marche n’est donc pas autre chose qu’une succession de chutes du corps d’une position d’équilibre dans l’autre ; le corps utilise alternativement un ou deux points d’appui; en même temps, les axes des épaules et des hanches se croisent chaque lois.

Or, la photographie instantanée montre que les phases de chute ont une durée beaucoup plus courte que les phases de repos; ces dernières sont donc beaucoup plus faciles à observer.

Richer distingue, en conséquence, les phases d 'appui unilatéral droit , bilatéral et unilatéral gauche.

Il est facile d’habituer ses yeux à distinguer chacune des phases d’appui, quand la marche n’est pas trop rapide ; tandis que les phases de transition échappent davantage à l’observation visuelle.

L’appareil photographique, au contraire, peut fixer les différentes phases aussi nettement les unes que les autres.

Comme l'artiste, dans ses reproductions, n’a à se préoccuper que de l’effet produit sur l’œil humain, il est évident, d’après ce que nous venons de dire, que, dans la représentation de la marche, seules les phases d’appui l’intéresseront.

Richer, dans l’ouvrage cité, donne d’excellentes analyses des photographies instantanées : malheureusement son étude ne concerne que l’homme.

Muybridge1, à qui Fritsch a emprunté quelques planches, reproduit une longue série de photographies instantanées représentant la marche d’une femme nue. C’est, autant que je sache, le seul -document de ce genre que l’on possède. 11 m’a été malheureusement impossible de faire exécuter une série analogue.

La série de Muybridge présente deux défauts, qui ôtent à ses

1 Animal Locomotion. On elcctrico-photo graphie investigation , University of Pennsilvania. Philadelphie, 1887.

observations l’intérêt qu’elles pourraient avoir pour nous. D’abord,

son modèle a une démarche d’homme; il lait de grands pas, comme les hommes de Richer, tandis que la femme fait, en réalité, des

pas beaucoup plus courts. En outre, il n’est nullement tenu compte, clans ses ligures, cle l’influence du talon.

Pour se faire une idée exacte de la marche de la femme, il faudrait, ou bien laisser au modèle nu ses bottines, ou bien le faire exercer auparavant à marcher sans chaussures ; si l’on néglige cet exercice préparatoire, la femme a une démarche hésitante,

inquiète ou lourde, comme c'est le cas pour les figures de Muybridge.

J'ai pu faire des observations sur des femmes européennes qui s’étaient, pendant un long séjour dans les régions tropicales, habituées à marcher pieds nus ; M. Spyker en a exécuté une représentation schématique, en s’appuyant sur les données de Richer (fi g. 1 38-

La marche de la femme se distingue principalement de celle de l’homme en ce que les pas sont plus courts, le mouvement des hanches en avant plus accentué, les phases d’appui plus longues proportionnellement aux phases de transition, enfin les mouve-

Fig. 142-143. — Marche de la femme, pieds nus. V, VI.

ments compensatoires du buste sont moins aidés par le mouvement

des bras et davantage par la rotation des lombes.

La marche de l’homme a quelque chose de heurté et d'actif, celle de la lemme a un caractère plus passif, et ressemble à un balancement ; tandis que 1 homme cherche à atteindre l’équilibre qui lui échappe , la femme s’efforce de conserver l’équilibre existant.

Les modifications que subit la forme du corps féminin pendant la marche ne sont pas autre chose que les divers éléments de flexion et d'extension, dont nous avons déjà parlé en détail. Le corps passe d’une position hanchée à l’autre ; la position des jambes écartées, dans l’appui bilatéral, n’est qu’une transition de la position hancbée d’un côté à la position hanchée de l’autre côté, c’est-à-dire un balancement des hanches.

Et maintenant, quand

Fig. 1 44- — Viennoise âgée de dix-huit ans, vue de dos pendant la marche.

le corps d’une femme en marche sera-t-il beau, quand ne le sera-til pas ?

BEAUTE DU MOUVEMENT

D’ap rès ce qui précède, nous pouvons donner la définition suivante de la beauté de la

démarche féminine. La démarche de la femme est belle, quand elle présente bien nettement le caractère féminin de balancement, avec la prédominance aussi grande que possible des éléments d’extension sur les éléments de flexion.

Prenons comme exemple deux photographies d’un même modèle vu de dos, pendant la marche

(fig. 1 44, 1 45).

Dans la première attitude (fig. 1 44) ? l’harmonie des formes est sauvegardée par l’heureuse répartition des éléments de flexion et d’extension ; dans la seconde attitude (fig. 1 45), l’abaissement du bras gauche et la rotation trop forte qu’accomplit le thorax du côté de la jambe portante, font apparaître un vilain pli sur la hanche gauche, Fig bien que, dans la position des jambes, le caractère féminin de la démarche n’ait subi aucune altération.

i/(5. — La même, dans une attitude défectueuse.

Nous n’avons pas à insister sur les déplacements clu pli fessier

Fig. i/(6. — Jeune fille vue de dos dans la montée d’un escalier.

qu’on observe pendant la marche sur la figure vue de dos; il n’y aurait qu’à répéter ce qui a été dit au sujet de la position lianchée.

IÎEAUTK DU MOUVEMENT

Les diverses autres attitudes que peut prendre le corps féminin

Fig. 147-130. — Jeune lillc courant. I. II, III, IV.

dans les variétés de la marche, sont soumises aux mêmes lois. Ici encore il nous suffira d’un exemple (fig. 146), qui représente une

femme de conformation irréprochable, clans la montée d'un escalier.

La fesse gauche, plus saillante par suite de la position hanchée, les reins plus cambrés par suite de l’inclinaison en arrière du buste, la jambe droite portée en arrière dans l'extension du corps, mettent en relief le caractère sexuel féminin et achèvent d’arrondir les

Fig. i 5 1-132. — Jeune fille courant. Y, YI.

formes; tous ces éléments d’extension rehaussent la beauté du corps.

Dans l’ensemble, les lois signalées à propos de la marche s’appliquent également à la course. Bien que ce mouvement soit nécessairement plus violent, le caractère féminin peut également y apparaître très distinct du caractère masculin. Tandis que, chez l’homme, l’effort pour se porter en avant s’exprime par une forte flexion de tout le corps, la femme rejette le buste en arrière et porte les hanches en avant, d’une manière caractéristique. L’abaissement de la tête augmente chez l'homme l'expression de la force, la tête rejetée en arrière rehausse, chez la femme, la grâce du mouvement.

BEAUTE DU MOUVEMENT

Richer a donné pour la course, telle qu’elle apparaît sur les photographies instantanées, une définition basée, comme celle de la marche, sur les « points d’appui ».

Il distingue, comme dans la marche, un « appui unilatéral gauche » et un « appui unilatéral droit », mais 1 « appui bilaté-

ral » devient, dans la course, la « phase de suspension ». Dans notre dessin schématique (fig. 147-132), la figure 1 représente l’appui unilateral droit, où arrive le corps après la phase de suspension, et d’où il reprend son élan dans les figures 3 et l\. Les figures 5 et 6 représentent la phase de suspension, d’où le corps passe cette lois à l’appui unilatéral gauche.

Il ne nous est pas possible, pour l’instant, de fournir pour tous les mouvements du corps féminin des documents photographiques. Mais les exemples que nous avons cités suffisent à démontrer que le corps en mouvement peut être lui aussi jugé tout à fait objectivement, et qu’on possède ici encore un critère qui permet de déterminer les limites à l’intérieur desquelles sont comprises les innombrables formes de la beauté en mouvement, c’est-à-dire la grâce féminine.

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