‹ La beauté de la femmeChapitre 8 sur 50 · INFLUENCE DU SEXE, DE L AGE ET DE L’HÉRÉDITÉ · texte numérisé non relu

INFLUENCE DU SEXE, DE L AGE ET DE L’HÉRÉDITÉ

Avec beaucoup de sagacité, mais encore plus de parti pris, divers anthropologistes tels que Albrecht, Delaunay, et des philosophes comme Lotze, Schopenhauer, etc., ont essayé de démontrer que la femme est moins élevée que l’homme dans l’échelle des êtres et qu’elle est plus proche du singe, ou bien ils ne lui attribuent qu’un état de développement inférieur, analogue à celui de l’enfant.

Ce sont surtout les observations minutieuses de Charcot, Richer et leurs élèves qui ont jeté un peu de lumière sur la question. On trouvera toutes les différences sexuelles soigneusement rassemblées dans le livre d’Ellis : Homme et Femme [Mann and Weib) .

Je ne veux point m’engager ici dans une nouvelle critique de ces opinions opposées et j’adopterai le point de vue représenté par 1 école de Charcot.

L’homme et la femme adultes sont deux types achevés et distincts 1, qui se sont l’un et l’autre éloignés également, mais dans une direction différente, du type primitif de l’enfant.

De même qu’on peut trouver chez certains individus mâles des traits qui se rapprochent du type de l’enfant et de celui de la femme, de même on trouve chez certaines femmes des traits voisins du type de l’enfant et de celui de l’homme.

C’est en ce sens qu’on peut parler de l’influence du sexe sur les formes normales du corps féminin.

Platon, Le Banquet : les deux moitiés qui cherchent à se réunir.

Hunter, le premier, a établi une différence entre les caractères sexuels primaires et secondaires.

Nous pouvons considérer comme caractères sexuels primaires les parties sexuelles eu elles-mêmes , comme caractères secondaires toutes les modifications qui transforment définitivement le corps de l’enfant en un corps d’homme ou de femme.

Dans tous les cas où les caractères sexuels primaires ne sont pas nettement accentués, chez les hermaphrodites, les caractères sexuels secondaires sont mixtes et tiennent à la fois du type masculin et du type féminin.

11 v a des cas où même des médecins expérimentés 1 sont obligés de recourir au microscope pour pouvoir décider s’ils sont en présence d'un hermaphrodite mâle ou femelle.

Mais, même en faisant abstraction de ces cas d’hermaphrodisme réel ou apparent, on trouve chez un grand nombre de femmes, à côté des caractères sexuels primaires

1 Sänger, Pozzi, Neugebauer. Cf.

Fig. 20. — Infantilisme de la femme, d’après Meige.

Centralblatl für Gynäkologie , 1898, p. 089 ss.

XFLUEXCE l)U SEXE, DE l’aGE ET DE LHÉrÉDITÉ

normaux, des caractères sexuels secondaires qui rappellent le type de l’homme ou de l’enfant.

Il est d’ailleurs impossible d'affirmer, en se basant sur les faits connus jusqu’ici, qu’il ne faille pas aussi, dans de pareils cas, tenir compte du développement incomplet des parties sexuelles.

Les principaux caractères sexuels secondaires chez la femme sont la délicatesse de l’ossature, la rondeur des formes, le développement des seins, la largeur des hanches, l’abondance et la longueur de la chevelure, l’absence de poils, excepté au creux de l’aisselle et au pénil.

Par suite, si nous voulons déterminer la constitution normale du corps de la femme, il nous faudra éliminer toutes les femmes qui présentent une ossature puissante, des formes anguleuses, des seins rudimentaires, des hanches étroites, des cheveux courts et peu abondants, de la barbe, enfin des poils entre les seins et au ventre.

Bien que le type nettement caractérisé de la virago soit facile à reconnaître, la détermination précise des formes trop viriles exige cependant, dans beaucoup de cas, une observation très attentive et même l’emploi d’instruments de mensuration.

Nous reviendrons plus loin sur les autres caractères sexuels secondaires lorsque nous étudierons une à une les diverses parties du corps.

Si la détermination des formes viriles du corps féminin est difficile, celle de l’infantilisme l’est encore davantage, lorsque celui-ci n’est pas très nettement caractérisé.

Meige 1 donne la description d’un très beau cas d’infantilisme chez la femme. Le sujet en question était âgé de trente ans et ressemblait extérieurement à une enfant de douze ans environ. C’était une hystérique ; les organes génitaux étaient normalement constitués, mais leur développement s’était arrêté au même point que celui du corps lui-même.

Ce corps présente très nettement la structure d'un corps d'enfant, sans le moindre caractère sexuel secondaire (fig. 20). Les seins

Nouvelle Iconographie de la Salpêtrière, 189.1, p. 218.

sont absents, le corps absolument dépourvu cle poils; ni les hanches,

ni le haut des cuisses, ni les bras ni les épaules ne sont recouverts d’une couche adipeuse, comme c’est le cas ordinaire chez la femme qui approche de la maturité ou qui l'a atteinte ; le tronc est régulièrement cylindrique, la taille n’est point marquée, le bassin est étroit, le ventre est proéminent et n’est point séparé du pénil par une limite bien nette.

La ligure 21 représente une enfant âgée de douze ans et demi, dont le corps est tout à fait normal. C’est absolument le même degré de développement et l’analogie saute aux yeux.

Des formes d’infantilisme aussi accentuées, de même que le « virilisme » nettement caractérisé, sont très rares. L’existence de ce dernier est cependant un fait :

que l’on songe aux femmes à barbe exhibées comme curiosités dans les baraques foraines. Mais les cas moins prononcés de ces deux phénomènes ne sont point aussi rares qu’011 pourrait se le figurer.

Sur 100 femmes que j’ai examinées à ce point de vue* 4 présentaient des caractères plutôt virils, 2 des caractères plutôt infantiles.

Ainsi s’explique notre affirmation en apparence absurde, que le sexe peut avoir sa part d in-

Fig. 21.

Muniehoise âgée de douze ans et demi.

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fluence sur notre jugement du corps féminin. En effet, plus les caractères sexuels secondaires apparaissent nettement marqués sur un corps féminin, plus ce corps mérite d’être considéré comme normal.

Il peut également paraître paradoxal d’insister sur ce fait que läge exerce une influence sur les formes du corps; car personne n’ignore qu’une petite fille et une vieille femme ne ressemblent pas

à une femme dans l’épanouissement de sa beauté. Ce que je voudrais faire ressortir ici, c’est que cet épanouissement n’apparaît point à un âge fixe, qu’il a lieu tantôt plus tôt, tantôt plus tard, et que le facteur personnel joue ici un rôle considérable.

Il y a dans la vie de chaque femme un moment où sa beauté est à son apogée. Ce point précis pourrait marquer le sommet d’une courbe dont l’enfance formerait la partie ascendante et la vieillesse la partie descendante.

Il existe un cas où cette courbe de la beauté peut monter rapidement pour redescendre soudain avec la même rapidité. Nous sommes alors en présence de ce qu’on appelle en français (car les autres langues ne possèdent pas cette expression) la « beauté du diable ».

Dans d’autres cas, la courbe monte très lentement pour redes-

cendre avec la même lenteur: elle n’atteint son sommet que plus tard, mais ce sommet est plus élevé que dans le premier cas, et la chute de la courbe est moins rapide (fig. 22).

L’âge où la femme atteint l’apogée de sa beauté est très variable. Chez les peuples méridionaux, c’est souvent de la quatorzième à la quinzième année, chez les peuples germaniques (Allemandes, Hollandaises, Scandinaves et Anglaises), c’est presque toujours h vingt ans ou même plus tard. Je pourrais citer des cas où l’épanouissement complet ne se produisit qu’à trente et trente-trois ans.

Une spirituelle artiste me lit un jour la remarque suivante : la fin véritable de la femme est la maternité; par conséquent, la femme atteint son complet épanouissement lorsqu’elle est enceinte; donc, c’est lorsqu’elle est enceinte qu’une belle femme est le plus belle.

Je lui répondis que c’est bien en réalité le cas, lorsque l’époque du plein épanouissement coïncide avec le premier mois de la première grossesse. Car la grossesse, comme le savent tous les médecins, rend la nutrition plus active, tous les tissus regorgent, la carnation de la peau est plus tendre et plus vive, les seins sont plus rebondis et plus fermes, et le charme du plein épanouissement augmente jusqu’au moment où l’enflure du ventre, au cours ultérieur de la grossesse, vient compromettre l’harmonie des formes.

Nous avons vu, à propos de la femme que représente la figure 20, combien il peut être difficile de reconnaître l’âge d’une femme à son extérieur.

Dans l’ouvrage classique, auquel est empruntée cette figure, Souques et Charcot ont décrit, sous le nom de géromorphisme cutané, le cas d’Amandine qui, bien qu’âgée seulement de vingt et un ans, donne l’impression d’une vieille de soixante ans, par son corps couvert de rides.

Je renonce à reproduire ici sa photographie, fort intéressante sans doute, mais peu agréable à regarder, et renvoie à l’original 1 les lecteurs désireux de se renseigner.

Iconographie de la Salpêtrière , 1891, p. 170.

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A côté de ces cas extrêmes, il en existe un grand nombre d’autres moins nettement caractérisés et sur lesquels il est plus difficile de porter un jugement. Chacun pourra s’en convaincre aisément, en comparant les femmes du même âge qu’il connaît. Cette comparaison le persuadera que le moment où la beauté atteint son apogée est très variable, suivant les femmes, et n’est aucunement lié à un âge particulier.

Nous avons déjà exposé la part d’influence qui revient à l’éducation et au genre de vie sur le développement et la conservation de la beauté.

Mentionnons encore ici qu’en général les femmes appartenant aux classes privilégiées, sauf de rares exceptions, arrivent à la maturité plus tard et restent belles plus longtemps que celles des classes ouvrières.

Nous voici maintenant arrivés à un troisième élément, qui influe sur la constitution normale du corps : l’hérédité, ou, pour mieux dire, l’élève.

Je voudrais voir ici le mot élève pris dans le sens qu’on lui donne en l’appliquant aux chiens et aux chevaux — qu’on me pardonne la comparaison — lorsqu’on dit qu’ils ont de la race.

On apprécie la valeur du chien ou du cheval d’après son arbre généalogique, en supposant qu’il possède, en outre, les nobles qualités physiques que l’on recherche.

L’arbre généalogique a bien aussi, dans l’espèce humaine et en particulier chez l’homme, une certaine valeur marchande, mais on se soucie fort peu, dans ce cas, des qualités physiques ou des défauts.

La véritable race, au sens scientifique du mot, n’est pas exclusivement celle qui figure dans l’almanach de Gotha, mais elle se compose de toutes les familles qui, au cours de nombreuses générations, ont toujours vécu au milieu de circonstances particulièrement favorables et n’ont jamais contracté d’alliance qu’avec leurs égales. Une telle sélection, poursuivie pendant des siècles, donne forcément d’excellents résultats. Elle s’est produite, aussi bien que dans la noblesse, au sein de la vieille bourgeoisie et chez les paysans restés purs de tout mélange.

Mon expérience personnelle me permet d’affirmer qu’on trouve fréquemment, dans de vieilles familles de Hollande, pays très conservateur, de pareils exemples de beauté corporelle, aussi bien chez les hommes que chez les femmes.

Par contre, c’est aussi un fait bien connu qu’on trouve chez les Juifs, par suite de l’oppression qui a pesé sur eux pendant des siècles, et malgré leur force de résistance, beaucoup plus d’individus physiquement mal constitués que chez aucun autre peuple du monde.

Plus les avantages physiques des deux individus qui contractent une nouvelle alliance sont nombreux, plus les résultats de la sélection seront appréciables pour la race. Aussi, le mariage d’un gentilhomme avec une paysanne, d’un Italien avec une Autrichienne, pourra-t-il produire une amélioration de la race, à condition qu’ils soient tous deux parfaitement sains et normaux.

L’expérience a démontré que les descendants de deux individus « de race » sont d’autant plus vigoureux, que les familles ellesmêmes sont moins apparentées. Au contraire, de nombreux mariages entre membres d’une même famille amènent de plus en plus une dégénérescence d’abord seulement intellectuelle, puis aussi physique.

Ce fait s’explique d’une façon très simple. Aucun être humain n’est absolument et parfaitement normal. Si deux personnes appartenant à des familles différentes s’unissent, il est très vraisemblable que les imperfections de l’une ne seront pas celles de l’autre. Les enfants pourront, il est vrai, hériter aussi bien des imperfections que des avantages de leurs parents; mais les imperfections de l’un des parents seront masquées par les avantages de l’autre. Au contraire, si les deux individus qui s’unissent appartiennent à la même famille et possèdent, avec les mêmes avantages, les mêmes imperfections, les imperfections aussi bien que les avantages des parents apparaîtront mieux caractérisés chez les enfants. Plus ces unions entre parents seront fréquentes et plus aussi s’accentueront chez les descendants les tares et les qualités de la famille.

L’homme étant généralement plus porté à remarquer les défauts

INFLUENCE DU SEXE, DE LACE ET DE l’hÉüÉDITÉ

que les qualités de ses semblables, on désigne d’ordinaire plus particulièrement sous le nom d’hérédité la transmission des tares, non celle des qualités, et, en parlant des antécédents héréditaires de telle ou telle personne, on songe presque toujours à l’héritage d’imperfections que lui ont léguées ses ancêtres.

Un premier fait, qui montre nettement l’influence de l’hérédité , c’est ce qu’on appelle l’air de famille. Mais comme la plupart des nouveau-nés se ressemblent, cet air de famille n’apparaît que dans le cours ultérieur du développement. Chose frappante, au moment où les enfants grandissent, il arrive très souvent qu’on retrouve en eux, non les traits des parents, mais ceux des grandsparents. Aussi, conseillons-nous aux jeunes gens qui ont envie de se marier d’étudier d’abord en détails, lorsqu’ils choisiront leur fiancée, non seulement la mère de celle-ci, mais aussi ses deux grand’mères.

Un phénomène plus curieux encore, c’est la réapparition de telle ou telle particularité sautant par-dessus plusieurs générations et qui sera commune, par exemple, à la plus jeune des filles d’une famille et à l’aïeule dont on ne connaît plus que le portrait.

L’hérédité conçue dans ce sens plus large, c’est-à-dire l’atavisme, a fourni à Paul Bourget le sujet de son roman Cosmopolis. Il y montre que, malgré les efforts que font les gens du « grand monde » pour n’appartenir à aucune nation, le caractère de leur race finit toujours par se manifester chez les uns comme chez les autres.

Nous pourrons alors admettre aussi, en la concevant de cette manière, une immortalité scientifiquement fondée de l’âme et du corps, puisqu’en chaque homme revivent les particularités de tous ses ancêtres, et que les siennes propres continueront à vivre à leur tour dans ses descendants.

Mais, ici, la lutte pour la vie intervient à son tour; elle permet seulement aux individus les mieux constitués de transmettre leurs qualités à travers de longues séries de générations, pendant que les individus plus faibles sont condamnés à disparaître.

Il en résulte que nous devrions chercher à obtenir dans la race

humaine des produits toujours plus beaux et plus vigoureux, si, dans la lutte actuelle pour la vie, les qualités intellectuelles ne jouaient pas un rôle plus grand encore que les avantages physiques.

Il est impossible d’établir des règles générales permettant de déterminer l’influence favorable ou défavorable de l’hérédité sur la constitution du corps. Mais il sera, au contraire, souvent possible, dans un cas donné, de prouver l’existence de cette influence.

Ainsi donc, quand nous faisons intervenir le sexe, l’àge et l’hérédité dans notre jugement du corps féminin, nous devons rechercher d’abord si les caractères sexuels secondaires sont nettement marqués; nous devons ensuite déterminer, pour la femme à laquelle nous avons affaire, le moment d’apogée de la beauté; il faut enfin définir la part d’influences que les générations précédentes peuvent avoir exercées.

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