Doumic, op. cit., p
PES, Le troduire celte architecture germano-américaine,
véritable défi à nos traditions et à notre génie national (1).
1. « Je trouve déplorable le développement exagéré que tendent à adopter nos architectes pour les maisons parisiennes.
« À mon avis cela est le résultat de l'influence étrangère et non des besoins réels,
« Pendant deux siècles, la France a été pour l’Europe la grande éducatrice artistique ; situation qui pour notre pays, a été une source de gloire et de fortune.
« En est-il ainsi maintenant? Nous sommes bien obligés de reconnaître qu'il n’en est rien, que notre prestige est sérieusement atteint.
« Les peuples étrangers ont-ils fait des progrès, sont-ils arrivés à des productions supérieures? Pas le moins du monde. C’est nous qui, peu à peu,semblons perdre notre puissance de production artistique, nous qui perdons peu à peu notre confiance en nous et adoptons sottement, par snobisme, le goût des nations au tempérament artistique médiocre ou barbare.
« Ces constructions gigantesques de l'Amérique peuvent avoir làbas leur utilité, leur raison d’être. Ici elles seraient une hérésie et, dans notre chère et belle ville, autant d’injures à notre sens artistique national, fait de mesure et d'harmonie.
« .… Restons donc Français, améliorons-nous, si nous le pouvons, en imitant les qualités des étrangers, mais n'adoptons pas les manifestations inférieures de leur civilisation » (Lettre de M. Carmon à M. Massard).
« Paris est fort joli, mais il ne faudrait pas l’enlaidir sous prétexte de le rajeunir.La folie du moderne-style s’est emparée du monde entier. L'architecture, le premier des arts, puisque à vrai dire il les comprend tous, semble travailler au maquillage des cités.
«.… Qu'on en finisse avec ces pagodes, ces styles asiatiques ou chirurguieresques abolis en Espagne, qui sont peut-être pittoresques à Java ou chez les Hindous, » (M. Claretie, dans Le Temps.)
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Et l’on se trouve encore parfois en présence d’une indigence de combinaisons ou d’une nonchalance vraiment extraordinaires. C’est ainsi que certaines de nos façades n’ont pour ainsi dire pas de lignes. Les motifs de décoration dont l'architecte se sera déchargé sur le sculpteur en tiennent lieu. L’ornementation architecturale proprement dite fait presque complètement défaut. Tel ce tout récent grand hôtel de la rive gauche qui, avec sa pâtisserie décoralive, semble un énorme fromage mou aux boursouflures bizarres.
Influence du goût étranger, laisser aller des architectes, et encore le relâchement de l’enseignement professionnel, la hâte incompatible avec tout bon travail, autant de causes qui expliquent le mauvais goût et la médiocrité générale de l’ornementation des constructions d'aujourd'hui.
Peut-on rendre les auteurs du décret de 1902, responsables en dépit de leurs excellentes intentions, des conséquences déplorables de leur œuvre?
Les auteurs du décret ont certainement fait
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preuve d’imprévoyance en ne se méfiant pas davantage des abus que pourraient causer et le mauvais goût de nos décorateurs modernes, qui devait se donner libre carrière dans les larges limites désormais permises et qui lui étaient une sorte de prime, et surtout la fièvre de spéculation qui devait amener les constructeurs à faire litière de toute préoccupation esthétique. Évidemment il est difficile de donner d’une main et de retenir de l’autre, d'autant plus que les dispositions du décret ont pu, trop rarement hélas ! être appliquées avec goût et discernement et donner lieu à d’heureuses innovations. Aussi bien nereprocherons-nous point aux auteurs du décret, sous réserve des développements qui vont suivre, de ne pas avoir pris assez de précautions. Les précautions nécessaires ne pouvaient être prises qu’en neutralisant pratiquement le décret. C’est dans le principe même de celui-ci que réside le vice initial, comme nous le démontrerons en étudiant le remède à apporter à la situation présente.
8 2 Mais, et c’est ici qu’éclate leur inexplicable et inexcusable imprévoyance. Le tort le plus grave des auteurs du décret de 1902 a été de prendre une mesure générale, s'appliquant indifféremment
à toutes les voies de la capitale. Sous l'empire de la réglementation antérieure et notamment sous le second Empire s'étaient édifiés de part et d'autre de certaines de nos rues et boulevards des rangées entières de constructions présentant un aspect identique : même style de façades, même forme de toitures. Ainsi s'étaient constitués de véritables ensembles architecturaux évidemment quelque peu froids et monotones, mais non dépourvus de grandeur, des ordonnances dont la régularité n’était pas sans beauté. Quoi qu'il en soit, plusieurs de nos voies et parmi les plus fréquentées, étaient pourvues d’une incontestable unité à laquelle il était très hardi de porter atteinte : une saillie quelque peu accentuée, un faîte plus élevé que les autres devaient immanquablement non pas apporter une heureuse variété mais rompre l'unité voulue de l’ensemble.
Comment les auteurs du décret n’ont-ils pas pensé à prendre cette précaution élémentaire qui eût consisté à excepter ces voies du bénéfice des dispositions nouvelles. Ainsi auraient été prévenues ces surélévations et ces protubérances et ces constructions entières, « gigantesques pâtés de pierre et de ciment, qui se jouent des coudes, par une métaphore hardie, entre les maisons voisines dont elles bousculent l'architecture et rapetissent les proportions », abominations contre les-
quelles il n’y a qu'un cri de stupeur et de protestation indignée. Ainsi certains aspects de la capitale qu’on se plaisait à croire intangibles auraient été respectés. Les horreurs de la rue de Rivoli, de la rue de Castiglione (à supposer que l'administration ait raison lorsqu'elle prétend que les servitudes ne frappent que les façades), les horreurs de l'Étoile, les horreurs de cet admirable quai d'Orsay (2) auquel sa double ligne de vieux et grands arbres et de nobles demeures, palais, aristocratiques hôtels, donnaient un air d’incomparable et de solennelle grandeur ne se seralent Jamais perpétrés.
« Dans l'immense agglomération parisienne, la
1, « Du pont même de la Concorde, que voyons-nous? A droite, sur le quai d'Orsay, quelles sont ces deux bâtisses nouvellement construites entre le Cercle de l’agriculture et le délicieux petit hôtel qui était, il y a quelques années, le Ministère du Commerce ? Est-il possible d'imaginer rien de plus laid et de plus baroque ? Tous les styles s’y trouvent entassés de da façon la plus saugrenue et la plus incohérente. Cela a quelque chose de convulsif et de délirant. Je ne sais qui a dit de ces façades qu’elles étaient un vrai carnaval de l’architecture la plus discordante. Ces deux maisons sont dominées par un couronnement monstrueux, l'une par un clocheton, l’autre par un champignongigantesque. Et adjacents à ces façades ambitieuses, des murs nus étalent leurs flancs ouverts au-dessus des constructions voisines, montrant aux yeux des passants consternés leurs courettes, leurs cuisines, leurs closets et leurs souillardes. Et cela suffit à nous gâter cette admirable perspective de la Cité, des toits du Louvre, des quais, c'est-à-dire un des plus beaux spectacles du monde, » (M. Chastenet à la Chambre, séance du 24 juin 1909.)
voirie n’a pas distingué entre tant de quartiers d’origine et de destination différentes. Elle a péché par une trop grande hardiesse.Elle a laissé construire des façades nouvelles sur des rues qui conserventunstyleous’harmonisentavec un ensemble décoratif. La rue Soufflot,ou l’avenue de l'Opéra s’accommodent mal des encorbellements et des dômes qui masquent les perspectives monumentales. La surélévation del’ Hôtel des Deux-Mondes,l’addition d'une colonnade à ses étages supérieurs offrent un contraste choquant avec les pilastres amincis des façades voisines (1). Le dôme aigu de la Samaritaine se trouve mal placé dans le prolongement des toits du Louvre (2). Celui de l'Hôtel Astoria détruit toute l'harmonie du rond-point de l'Étoile. [Le style de l'Hôtel de Ville de Versailles flamboie en face de la majestueuseet tranquille architecture du Palais] (3). »
1. «.… Si de l'Opéra nous tournons les yeux pour admirer la belle perspective de l'avenue de l'Opéra, celle-ci nous paraît toute bossuée par les constructions nouvelles ; la plus remarquable est sans contredit l'hôtel des Deux-Mondes, dont les empiétements se produisent en hauteur et en avancement de façade.N'étaient la fraîcheur des pierres et la laideur de l'architecture, on pourrait croire qu'il s’agit d’une construction antérieure au percement de l’avenue, frappée d’alignement, mais non encore expropriée. » (M. Chastenet à la Chambre, séance du 24 juin 1909.)
2. « Les nouveaux magasins de la Samaritaine avec leurs formes lamentables de siphon pour sparklets et leur bariolage au safran déshonorent leur quartier. » (Albert Guillaume.)