‹ La Beauté de Paris et la LoiChapitre 67 sur 96 · Paul Léon. La beauté de Paris, Revue de Paris 15 novembre · texte numérisé non relu

Paul Léon. La beauté de Paris, Revue de Paris 15 novembre

2, Haussmann et les travaux de Paris, Revue hebdomadaire, 5 fé-

vrier 1910.

nouvelles,anéanti tous les souvenirs et dispersé toutes les vieilles pierres. Les seuls percements de la rue de Rivoli entre le Louvre et l'Hôtel de Ville et du boulevard Saint-Germain entre le Palais-Bourbon et la rue du Bar nous ont coûté le premier la charmante fontaine du Diable, l’hôtel d'Angevillier, l’hôtel de Montbazon où habita Coligny, la tour Bubat et combien de vieilles maisons pittoresques el charmantes, le second, d’admirables hôtels du xvir° et du xvirr° siècles, l'hôtel de la Force, l'hôtel de Samuel Bernard, l'hôtel de Broglie, l’hôtel de Forcalquier, l'hôtel de Montmorency, l'hôtel d'Humières, l'hôtel Bentheim. »

On a mis en avant pour justilier ces exécutions les exigences de la vie moderne, la nécessité qu'il y a, à mesure qu'augmentent le commerce et la circulation, à élargir les voies existantes ou à en percer de nouvelles, fût-ce aux dépens et sur les ruines des œuvres du passé. Et de fait la beauté, chaque fois que s’est élevé un conflit entre le présent et le passé, a toujours cédé le pas à la prétendue utilité (1). Haussmann donna l’impulsion. Sous le second Empire, Paris se transforma « avec une rapidité extraordinaire, aux dépens de sa

1. Neuf fois sur dix, en pareille affaire, il ne s'agit pas de l'utilité générale, mais de l'intérêt particulier des architectes, des entrepre-

neurs de travaux, ou des marchands de terrain,

beauté parfois même aux dépens de sa salubrité. Au dédale capricieux des anciennes rues on substitua partout la géométrie de grandes avenues lugubrement rectilignes (1), oubliant que le plan compliqué des vieilles villes répondait presque toujours aux exigences du climat et au besoin de la salubrité.

« 51 l’une des voies nouvelles rencontre sur son tracé un vieux quartier, riche d’admirables facades, ou bien une vieille église, un cloître, une tour, on renverse l’osbstacle impitoyablement. Il est vrai que, comme on sait ce que l’on doit à l’art, pieusement, l’on va porter dans un musée quelques mascarons défigurés par la brutalité des démolisseurs, quelques frontons avariés, quelques colonnettes brisées et même l'horloge du vieux beffroi. »

Et cette fièvre sévit toujours. La troisième République n’a, sous le rapport des déprédations commises, rien à envier au second Empire.

L’on croirait écrit d'hier, tant il s'applique aux circonstances actuelles, ce vigoureux dithyrambe de Victor Hugo (2) dont nous ne pouvons empècher d’extraire les lignes suivantes si justes dans leur énergie flétrissante.

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