‹ La Beauté de Paris et la LoiChapitre 68 sur 96 · Voir le chapitre VI de cette seconde partie · texte numérisé non relu

Voir le chapitre VI de cette seconde partie

2. Guerre aux démolisseurs, Revue des Deux-Mondes, 1° mars 1832,

« À Paris,le vandalisme fleurit et prospère sous nos yeux. Le vandalisme est architecte. Le vandalisme se carre et se prélasse. Le vandalisme est fêté, applaudi, encouragé, admiré, caressé, protégé, consulté, subventionné, défrayé, naturalisé. Le vandalisme est entrepreneur de travaux pour le compte du gouvernement. Il s’est installé sournoisement dans le budget et il le grignote à petit bruit, comme le rat son fromage. Et certes, il gagne bien son argent. Tous les jours il démolit quelque chose du peu qui nous reste de cet admirable vieux Paris... Le vandalisme a ses journaux, ses coteries, ses écoles, ses chaires, son public, ses raisons. Le vandalisme a pour lui les bourgeois. Il estbien nourri, bienrenté, bouffi d’orgueil,presque savant, très classique, bon logicien, fort théoricien, joyeux, puissant, affable au besoin, beau parleur et content de lui. Il tranche du Mécène. Il protège les jeunes talents. Il est professeur. Il donne de grands prix d'architecture. Il envoie des élèves à Rome. Il est député. Il porte habit brodé, épée au côté et culotte française. Il est de l’Institut. Il va à la cour. Il donne le bras au roi et flâne avec lui dans les rues, lui soufflant ses plans à l'oreille. Vous avez dù le rencontrer (1). »

1. Rapprochez ces lignes des suivantes écrites par M. André Hallays: « Dans une des caves de l'Hôtel de Ville siège une societé se-

N'avons-nous donc aucune garantie d'ordre public ? Oui, nous avons même toute une législation sur la matière, mais cette législation quelques bienfaits que nous lui devions, est dans une très grande mesure inefficace, comme nous allons le démontrer par l'analyse de ses dispositions essentielles.

La loi du 30 mars 1887 (1) la première qui ait été rendue sur la matière (2) et qui, complétée par

crète, mais puissante composée d’architectes ‘et de fonctionnaires.Son but est d’enlaidir la capitale. Elle s'appelle la Société des ennemis de Paris.

« Depuis quelques années, elle redouble d'activité et ne compte plus ses victoires. Elle encourage les propriétaires à bâtir toujours plus haut ; elle exhorte les commerçants à couvrir de pancartes les plus nobles façades ; elle élabore à l’usage des architectes timides des plans biscornus et des élévations extravagantes ; elle découvre et signale des endroits où ces constructions folles seront les mieux placées pour outrager un monument admirable ou gâter une belle perspective; elle a son bureau de jurisconsultes pour apprendre aux bâtisseurs la manière de tourner les textes et de manquer aux servitudes, ainsi que pour fournir à l'administration des arguments qui justifient toutes les tolérances, »

Page 1