JULES GUIFFREY
L'affichage commercial n’a pas peu contribué ces dernières années à altérer la beauté de Paris. L'on a vu s’étaler, jusque sur nos voies les plus élégantes, d'innommables badigeonnages lettres gigantesques et burlesques images,prônant les plus prosaïques des produits. Défi au goût et presque à la décence. Bien plus certains de nossitesles plus gracieux, de nos monuments les plus respectables ont été souillés par la promiscuité d’abominables réclames. C’est ainsi qu’à la pointe de la cité se hisse, au-dessus des maisons de premier plan, barrant la perspective de nos vieux monuments et gâchant
l'ensemble de ladmirable panorama, une énorme pancarte aux lettres lisibles du pont de la Concorde. C’est ainsi encore que la Tour de Jean sans Peur, dernier reste du fameux hôtel de Bourgogne, se détache contre un mur grouillant d'une vermine multicolore d’affiches plus grossières les unes que les autres (1).
L’envahissement de ces affiches constitue un indéniable danger pour la beauté de la capitale. Elles intronisent la laideur et le mauvais goût, leurs tons criards et discordants jurent avec la sobriété de nos lignes architecturales et la douce : harmonie de nos perspectives, elles multiplient Les aspects repoussants,bref,en dévorant Paris comme une lèpre, elles ne tendent à rien moins qu’à le défigurer.
« Où il y a lieu de s’insurger, c’est contre l’envahissement absolu de la réclame commerciale.
« Cela est devenu surtout depuis quelques
années, la hideur des plus belles places de Paris.
1 « Depuis quelque temps et sur plusieurs Doints, on s'ingénie à abimer les plus belles perspectives en mettant d'immenses affiches sur les toits. Je vous signale notamment celles qui ont été plantées sur des immeubles de la place Beauvau, à l'angle de l'âvenue de Marigny, de même rue Royale entre la rue Saint-Honoré etla Madeleine. Ces horribles placards sont du plus déplorable effet et dénaturent complètement l’aspect de ces belles voies qui sont l’orgueil de la Capitale. > (M. Froment-Meurire à la séance du Conseil municipal du 28 novembre 1910).
LORTSCH 17
DR
«La place des Victoires, avec son grand ordre monumental, est littéralement massacrée par les écriteaux, enseignes, pendus à chaque balcon quand ils ne traversent pas d’un balcon à l’autre coupant horriblement les grandes lignes verticales des pilastres. Et cela peint en noir ou en toute autre couleur sombre, avec des lettres monumentales dorées !
« Que dire également de l’effet d'ensemble des grandes lignes d'architecture conçues par Garniet pour la place de l'Opéra et les rues avoisinantes et (horreur écœurante !) de ces immondes enseignes lumineuses, de dimensions monstrueuses, qui surmontent ou barrent en travers tous les immeubles qui limitent ces rues et cette place? Là surtout est l’affreux enlaidissement de Paris (1). »
Les principes, exposés dans une autre partie de cet ouvrage (2), sont invocables ici encore et justifient une réglementation rigoureuse. Tout ce qui se présente sur la voie publique, doit satisfaire à cette exigence absolue de ne pas choquer les regards de ceux-là mêmes desquels relève cette voie publique, c’est-à-dire de la collectivité (3).