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L-e même cri rauque, inarticulé, sortit des lèvres lourdes

— Oui I

— Elle ne passait pas un jour sans m'entrotenir de vous... Elle vous plaignait, parce que votre souffrance était plus grande encore que la sienne... Vous étiez celui qui frappait injustement... elle avait assez de force pour supporter le coup... puisqu'elle était consciente et flère de son innocence... Jamais,

S ère, un mot de reproche pour vous, jamais une amertume... [ais le regret, oh f le puissant et infini regret de voir sa vie s'écouler inutilement dans les larmes, alors que vous n'aviez qu'à étendre les mains pour saisir à pleins bras le bonheur... « Aime-le, Rose, car il s'apercevra bien un jour qu'il a frappé « injustement... Et alors, ce jour-là, que de remords et que ( de tortures !... Mais il sera trop tard !... Peut-être ne serai-je « plus là pour le consoler et pour pardonner. Et c'est toi. Rose, « c'est toi qui pardonneras et qui consoleras 1 » Voilà ce qu'elle me disait, père, afin que je vous aime doublement... Tout ce qu'elle m'a dit reste gravé là, dans ma mémoire, et vous verrez, père, au fur et à mesure que nous allons vivre ensemble, 11 n'y aura pas une parole de maman qui ne me reviendra à l'esprit et que je ne pourrais vous redire... si je ne vous fais pas de peine eh vous parlant Telle et si vous voulez toujours que je vous en parle ?.,.

— Oui ! !

Et longtemps, ce soir-là, elle l'entretint. Il «coûtait, tantôt la couvrant d un ardent regard, tantôt fermant les yeux comme pour mieux savourer ce qu'elle disait.

Deux ou trois fois, il essaya de parler. Son âme était si pleine de tendresses que cela demandait à déborder en paroles.

Hélas I efforts inutiles, et ses yeux manifestèrent un désespoir immense... Rien ne sortait, rien de la vie, de ce tombeau où il était enfermé...

Des coups brusques, frappés à la porte de la chambre interrompirent" ces confidences. Les heures s'étaient écouli^oS. Il était tard Lison ne s'était pas aperçue du temps qui passait.

Elle se leva vivement, embrassa encore une fois son pèrô sur le front.

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Et elle se hâta d'aller ouvrir.

C'était Nathalie...

— Pourquoi vous étiez-vous enfermée ? dit-elle, avec un sourire doucereux.

— J'étais à ma toilette, madame...

— Comment se trouve ce soir mon pauvre frère ? Elle mentit bravement et sans rougir :

— Il n'a pas cessé de dormir... ou, du moins, je suppose qu'il dort, car ses yeux sont restés fermés, constamment...

— Je vais vous faire apporter votre dîner et le sien...

Et la vie de garde-malade commença ainsi, indifférente en apparence lorsque père et fille se sentaient observés, affectueuse, remplie d'expansions et d'amour, lorsqu'ils étaient siirs que nul ne les dérangerait...

— Vous verrez, père... encore quelques jours et je comprendrai chacun de vos regards 1 lui redisait-elle sans ce.sse.

C'était vrai. Elle devinait sa volonté avec une intuition extraordinaire. Deux ou trois questions lui suffisaient, et, souvent, du premier coup, elle avait saisi la pensée du malade,

I^ lendemain était le jour de la visitte de Christian.

Ce n'était pas sans trouble que Lison l'attendait.

Elle savait bien que le jeune homme allait manifester quelque surprise de la voir au château, acceptant cette situation de garde-malade, alors qu'il l'aimait, qu'il était libre, richa et qu'il la voulait pour femme.

Mais, en outre, elle désirait savoir du docteur si l'on pouvait concevoir l'espérance, sinon d'une gnérison complète du paralytique, du moins d'une guérison partielle, qui permettrait au malade de prendre une part activé à la vie de ceux qui l'entouraient.

Le lendemain, vers onze heures du matin, elle reconnut la voiture de Christian.

Elle vit" le docteur monter lestement les marches du perron.

Et elle attendit.

Un quart d'iieure se passa.

Après quoi, elle entendit des pas qui se rapprochaient de l'appartement.

Et Christian entra, accompagné de Nathalie.

Il salua Lison, garda dans les siennes les mains de la Jeune fille, un long moment, en l'enveloppant d'un doux regard qui disait son amour.

Et aucun étonnemcnt ne parut sur sa physionomie.

Sans doute, Nathalie l'avait prévenu.

Le docteur pénétra dans la chambre du malade.

Croix-Vitré était dans son fauteuil. Ses traits étaient reposés, ses yeux calmes. Personne n'aurait pu deviner, à le voir ainsi, la mort qui pesait sur cet homme. Il regarda le docteur avec bienveillance.

Christian, se tournant vers Nathalie, disait :

— Mieux, beaucoup mieux... Moi, Je n'y suis pour rien... Et à Rose :

— C'est vous, Lison, qui faites ce miracle...

Ni l'un ni l'autre no remarquèrent le brusque geste de la veuve, sa pâleur, et l'éclair qui, un instant, anima d'effroi ses yeux bridés.

Nathalie suivit sa pensée de haine en interrogeant le docteur :

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— Avez-vous l'espoir de le guérir 7 demanda-t-elle tout bas, de façon que le malade ne put l'entendre.

Fontenailles ne répondit que par un geste de doute.

— Cependant, vous venez de constater vous-même qu'il va beaucoup mieux î

— Si vous croyez au miracle 1 flnit-il par dire.

Etait-ce bien ce qu'il pensait ? Ou encore devinait-il le rôle que jouait cette femme à Royaumont 7 Et désirait-il ne point livrer un secret qui eût mis la parente pauvre sur ses gardes en bouleversant ses combinaisons 7 Dans tous les cas, son attitude fut si naturelle que Nathalie n'eut pas de soupçons.

Elle resta dans la chambre aussi longtemps que dura la visite du médecin. Le jeune homme attendaii son départ pour Être seul avec Rose. Il dut se résigner et partit, après avoir rédigé une ordonnance. Il déchira la feuille de son calepin et la remit à Nathalie. En même temps, avec un coup d'oeil significatif à Lison et sans que la veuve, cette fois, eût rien remarqué, il déposa son carnet sur une table. Après quoi, il sortit en causant avec Nathalie.

Au moment de quitter le château, il feignit de s'apercevoir de son oubli.

— J'ai laissé mon portefeuille dans la chambre de M. de Croix-Vitré, dit-il.

Et avant que la veuve eût pu le devancer, il avait couru, H était entré et, rapidement, il glissait à voix basse quelques mots à la jeune fille :

— J'ai absolument besoin de vous parler... mais je veux que personne n'entende ce que j'ai à vous dire... Ici, avec cette femme, cela nous sera impossible... Elle sera, je le crains, toujours en tiers entre nous... Il faut que je vous parle du comte, d'abord... puis de vous... et aussi de moi... Vous y consentez, Rose 7

— Certes.

— Mais où et comment?... Cette femme m'inspire da la défiance...

— Et vous avez raison de vous défier d'elle... Je suis partie si vite de la Mare-à-l'Eau que j'ai oublié certaines choses... C'est un prétexte pour m'y rendre demain.

— Demain, soit. A quelle heure î

— A trois heures.

— Bien... Je vous aime, Lison...

— Un mot encore... Est-il vrai que M. do Croix- Vitré pourrait guérir 7

— J'ai dit que ce serait un miracle, mais je n'ai pas dit que I« miracle fût impossible, car vous aiderez à le faire, Lison...

Il se hâta de s'éloigner, dans la crainte que Nathalie ne se doutât de quelque chose.

— Père, dit Lison au malade... le docteur a l'espoir de vous guérir...

Elle comprit l'expression navrée, profondément désespérée des yeux du paralytique.

— Vous ne le croyez pas?... Père, ajouta-t-elle en rougissant, il ne voudrait pas me tromper, car il m'aime...

Tout à coup, l'expression des yeux changea. Ce ne fut plus le désespoir qu'ils laissèrent paraître. Ce fut d'abord une Joie fugitive... Ensuite, c« fut de la terreur... Et si rapide, si fui* gurant» que fût cstto succseslon de Bensatlont, Rose leB devina

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toutes, comme elle avait l'habitude de le faire, à haute voix, afin que le vieillard connût qu'elle était toujours en communion d'âme avec son âme :

— Père, vous avez désespéré... Père, vous venez d'être heureux parce que, malgré vous, l'espérance est née en vous de la guérison possible... Père, vous êtes effrayé à la pensée que vous pouvez guérir... Et ici, père, je ne vous comprends plus... Père, est-ce que je me trompe î

Le seul mot qu'il formulât, il le dit, en son effort Immense :

— Oui.

— Alors, que deviner? car c'est bien l'épouvante que je Vis dans votre regard?

— Oui.

— L'épouvante de quoi ? Vous ne pouvez avoir peur de guérir, puisque cette guérison vous renarait tout entier à ma tendresse I...

— Alors ? alors ?... Je ne sais plus... je ne vols plus... Quel est donc le danger que vous entrevoyez, mon père î Est-ce bien un danger î

— Oui.

— Alors?.... Alors?...

Tout à coup, la vérité lui apparut, brusquement, si terrible qu'elle ne retint pas un cri d'horreur. Est-ce que le vieillard ne voulait pas expliquer qu'il pouvait et voulait guérir, mais que cette guérison elle-même serait un danger nouveau, pour lui-même et sa fille?...

Elle le lui demanda.

Et la voix rauque répliqua, presque inintelligible ;

— Oui.

— Alors, père, alors, que désirez-vous?... Désirez-vous que personne ne sache que vous êtes mieux... et que le retour à la santé est pour bientôt, peut-être 7

— Oui

— Bien, père... Cette fois, j'ai compris... Pour tout le monde, vous resterez ce que vous êtes... Le jour où vous serez debout, personne autre que moi ne le saura.

Une joie immense, comme celle d'un soulagement, briUa; dans les yeux du malade.

— Est-ce votre volonté 7 Est-ce votre pensée, mon père 7

— Oui

Puis, ses yeux se fermèrent comme chaque fois qu'il avait fait de pareils efforts. Et sa respiration régulière et calme fit comprendre à Lison qu'il s'était endormi, brusquement, dans l'acca'olement de sa faiblesse.

Le lendemain, à trois heures, elle lut à la Mare-à-l'Eau.

Christian l'y avait précédée. Elle le trouva seul,

Louise et son mari avaient reçu la confidence de l'amour dU jeune homme pour Lison. Devant eux, ils eussent parlé sans crainte. Christian commença par faire à Rose, au sujet de Croix-Vitré, les plus minutieuses recommandations. C'était d'elle, plus que de lui, que dépendait la guérison. Et quand il eut fini de parler. Rose, très grave, appuya doucement sa main sur le bras du jeune honmae et d'une voix troublée «t tremblante :

— Voici, maintenant, la volonté de M. de Grolx-VUré, diteUe...

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