CHAPITRE PREMIER CONDITIONS REQUISES D'UNE DÉFINITION DU BEAU
Notre première tâche doit être de définir ce que nous entendrons par le mot de beauté. Le moment est décisif. A chacune des définitions que nous pourrions adopter correspond une esthétique spéciale. Suivant en efifet que nous concevrons le beau d'une manière ou de Tautre, il est clair que nos goûts prendront une orientation dififérente et que tous nos jugements seront modifiés. De là valeur de notre définition initiale dépend la valeur de tout notre système. Le premier pas que nous allons faire va nous engager dans la bonne ou la mauvaise voie. Cela vaut qu'on y prenne garde.
La diversité des définitions proposées, entre lesquelles les théoriciens hésitent encore, montre que le problème à résoudre est difficile. Mais en quoi consiste précisément la difficulté ? La beauté n'est pas une* chose existant par ellemême, un objets dont la nature intime pourrait nous être à jamais impénétrable ; ce n'est pas non plus une idée toute faîte^ une idée innée, que nous aurions à extraire des profondeurs de notre entendement : c'est simplement une qualité que nous attribuons aux choses. Quand je dis d'un objet qu'il est beau, je sais apparemment ce que je veux dire, et quelle qualité J'entends lui attribuer. Il ne peut y avoir rien là de mysté-
rieux ni de profond. La difficulté est ailleurs. Elle tient au caractère un peu flottant de la notion qu'il s'agit d'enfermer dans une définition précise. Cette notion diffère d'un esprit à l'autre, et dans le même esprit d'un moment à l'autre. Elle a subi, au cours des âges, des transformations. Son évolution n'est pas arrivée à son terme. Le mot de beauté est un de ces mots à faceftes, qui varient de nuance et d'éclat selon le point de vue, et renvoient à chacun des images différentes. Nous voyons quelle est la nature de l'effort que nous aurons à faire. Il ne s'agira pas de creuser l'idée du beau, mais de la fixer. Entre les diverses liotions qu'un même mot peut nous suggérer, il nous faudra faire un choix.
Mais comment choisir ? Et pourquoi nous fixer à une notion plutôt qu'à une autre? Aucune ne s'impose a priori. Aucune ne peut être dite la vraie. Quand une fois nous aurons dit ce que décidément nous entendons par la beauté, il en résultera pour nous des obligations logiques* Nous ëerons tenus de maintenir cette idée; nous devrons cherchei^ une formule exacte pour la rendre, et cette formule sera la véritable définition du beau, tel que nous le concevons*
Nous n'en sommes pas encore à chercher la formule qui rendra le mieux notre concept ; ce que nous cherchons^ c'est ce concept lui-même. Le choix initial que nous avons à faire ne peut être déterminé ni justifié par des raîsonâ logiques, mais par de simples raisons de convenance. Cela ne. paraîtra peut-être par suffisant à quelques-uns. On va dire que nous nous résignons à établir nos théories sur une base bien peu consistante. Mais ce n'est pas de notre faute. Nous ne faisons pas ici de la géométrie, mais de l'esthétique. Quand il est question de beauté, faut-il s'étonner que l'on juge parfois sur de simples nuances, et que l'on invoque au besoin des raisons de sentiments ? Nous voulons donner à, nos théories toute la certitude qu'elles comportent, et non une rigueur factice. )
Voici donc quelles seront les raisons qui présideront à notre choix.
U est à désirer tout d'abord que la définition que nous