LA CHAPELLE DE SAINT-BASILE
cantique, nous n'avons plus qu'à nous assouvir les yeux de l'objet même qui l'a inspiré.
Dans le Musée attenant à la chapelle, sous un portique formé de six colonnettes à faisceaux cannelés et relié par des chapiteaux de feuillage à un entablement ourlé d'une galerie dentelée, repose, éblouissante de pierreries et de ciselures, la chasse où est enclos le sang divin. Une floraison touffue de camées, d'écussons, de rinceaux recouvre les parois du mystérieux coffret, auquel, bien plus que les joyaux dont il est enchâssé, l'étonnant travail de l'orfèvre, ce Jean Crabbe qui l'exécuta en 1616, donne un inestimable prix. Au-dessus de la sainte relique, une voûte d'or et d'argent, car tout ici est d'un inétal sans alliage, laisse pendre de grosses perles pareilles à des larmes ruisselantes ; et, comme des pensées élancées à Dieu, trois édiculcs garnis de statuettes et ciselés en forme de lanternes où brûlerait le fou du céleste amour, achèvent le monument, avec un fouillis d'ornements flexibles comme des vrilles. C'est sur ce chef-d'œuvre, à peine déparé par quelques détails d'un art moins subtil, qu'il faut fermer sur soi les portes de la chapelle.
Autrefois, avant que le sang miraculeux eût investi le somptueux habitacle qu'il occupe aujourd'hui, une pompe inouïe accompagnait son passage à travers les rues de la cité. De
LA FLANDRE OCCIDENTALE
grand matin, des musiques annonçaient la solennité ; puis les Serments, en grand arroi, montés sur des chevaux harnachés, les Corporations avec leurs bannières, les Comtes suivis de l'étendard de Flandre, se réunissaient sur la place ; et, par-dessus les têtes découvertes, émergeant d'un flot de satin, de drap d'or et de pourpre comme un soleil sortant des eaux marines, bientôt apparaissait, au bruissement des tentures déroulées par l'air, au murmure des foules adorantes, au son des trompettes déchirant la volée des cloches, le témoignage indestructible des souffrances et de l'agonie du Christ. Pour se déployer dans un cadre moins pompeux, la procession que chaque mois de mai ramène aujourd'hui n'en garde pas moins, grâce à la magnificence d'un clergé qui semble avoir hérité des trésors de Golconde et qui, ce jour-là, les étale au soleil des rues dans une gloire de crosses, de calices, d'ostensoirs, de cassolettes, de vêlements sacerdotaux enflammés d'or et de pierreries, une émouvante et mémorative splendeur, comme si, des tableaux de Van Eyck et de Memling, le flot constellé des mages, des rois et des grands prêtres, sorti par la vertu d'un enchantement, se mettait à couler par-dessus la grise monotonie des mœurs contemporaines.
Pendant la ncuvaine qui suit celle sortie annuelle, c'est une tradition pour les dames brugelines de processionner le vendredi, isolément ou par grandes files, dans l'orbe décrit par le saint cortège ; et celle déambulation dure deux heures, soit qu'elles les emploient réellement et sans diversion à ce pieux exercice, soit, ainsi que l'insinuent de malicieuses langues, qu'elles profitent des libertés de ce jour exceptionnel pour se livrer aux flâneries amoureuses.
Le vendredi est encore consacré à une autre coutume: la chapelle, ce jour-là, revêt un air de fête ; au bout des cierges dansent des papillons de feu; parmi les illuminations, la relique du Saint-Sang trône, exposée aux regards. Alors, au rez des dalles,
enflammées par la réverbération des autels, traîne un vent d'adorations; tout un peuple dévolieux s'approche en tremblant de la pourpre sur laquelle repose le tube miraculeux, et chacun à son tour appuie ses lèvres au verre, dans un élan de communion spirituelle.