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LE KIOSQUE DE L ETOILE AU PARC DENGHIEN

mine qu'on puisse rêver à un castel batailleur et s'enlève avec crànerie sur le ciel, derrière son mur d'enceinte pittoresquement lambrequiné et flanqué d'indestructibles maçonneries, restes des bastions primitifs. Épaulé à de puissantes tourelles, Écaussines Lalaing, qui de la maison de Groy passa à la maison d'Àrenberg, après avoir connu de multiples fortunes, renversement

de dés au fond de ce cornet qui est le hasard, évoque la pensée d'un burgrave vivant à l'ombre de ses mâchicoulis et soliloquant avec la nuit, le vent, l'ombre triste des ancêtres errant sur les créneaux, parmi les vols d'autours et d'éperviers.

Non loin, Ëcaussines d'Enghien ouvre son large porche d'entrée sur une délicieuse chapelle de gothique fleuri, en saillie dans un des angles de la cour, et, comme pour perpétuer la

mémoire de quelque légende d'amour et de deuil, continue à arborer dans son écusson cette énigmatique et troublante devise : « Qui-en-voelte-de-la-follie », d'où lui est demeuré le nom de château de la Folie, qu'il porte toujours.

Trazegnics, un autre manoir, d'antiquité vénérable, a conservé à travers les mutilations et les restaurations — ce qui ne diffère guère — un reste de la rude prestance qu'il devait étaler jadis, avant d'être déchu au rang de paisible gentilhommière ne guerroyant plus guère que contre les lapins de ses pelouses et les corneilles de ses tours.

Puis c'est, à Fontaine-l'Evêque, une aire gothique à lourdes poivrières, où, au temps qu'il poussait encore aux hommes des serres d'oiseau de proie, des aigles faisaient leur couvée et qu'un grand industriel moderne a transformée en un nid d'une féodalité aimable et accueillante, singulière fin pour un antre aussi terrible !

EGLISE PAROISSIALE D ENGUIEN.

Souvent le vieux repaire féodal est tout proche du Moloch industriel, ce Croquemilaine du siècle qui a pris la place de tous les ogres de la légende et, comme ces derniers, continue à prélever sur l'humanité la dîme et la corvée ; mais le meuglement de ses poumons de fer et le broiement de ses énormes mâchoires viennent expirer dans la mort des solidudes, sous le couvert des grands bois qui leur font une ceinture de piété et d'oubli.

Quelquefois, il est vrai, comme un tronc resté droit dans un bois décimé par la cognée, le donjon n'est plus qu'un pan de tour déchiqueté par le bec des ans et qui s'éternise au cœur de la ruine, sous le soufflet des fumées montées des usines, avec une mélancolie hautaine et méprisante. Partout d'ailleurs les traces de l'humanité qui précéda la nôtre sont demeurées vivantes à travers celte histoire écrite dans la pierre ; et quand ce ne sont pas des créneaux et des ponts-levis, ce sont des tombes, c'est de la poussière humaine qui parle dans la confusion de toutes les autres poussières. Une pensée d'art se mêle alors à toutes ces déchéances: parmi les curiosités du Tournaisis, les tombeaux

des de Melun à Antoing, des de la Broije à Estaimbourg, des de Beauffort à Ruines et ceux des du Chastel à la Howarderie signalent, du quatorzième au dix-septième siècle, la mode de la peinture polychrome à Tournai, où la peinture à l'huile était déjà appliquée à la sculpture en 1341.

Cette grande terre historique du Hainaut, qui fut dans le passé l'éternel champ de bataille des convoitises et des passions armées, prépare merveilleusement aux héroïques joutes de paladins dont les monts de la Meuse ont gardé partout l'homérique souvenir.

CHATEAU 1» I CAIISSINNES-LALAING.

A Mariemont, non loin du parc des soigneurs de la contrée, celle puissante et secourable famille des Warocqué, qui a recommencé pour le pays de la houille le miracle réalisé par John Cockerill à Seraing, on voit se réveiller, sous la forêt des folles végétations enlacées aux pierres d'un palais en ruine, la vision tragique des représailles de Henri IL L'armée impériale lui avait brûlé son château de Picardie, et à son tour, doublant les étapes, il arrivait comme un loup altéré de destruction, par monts et par vaux, secouer sur Mariemont les torches vengeresses de l'incendie. Il suffît d'une nuit pour que du palais où Marie de Hongrie tenait sa cour de ris et de grâces, parmi les fastueuses ordonnances d'un beau décor de pierre accommodé au goût de la Renaissance par l'architecte montois Jacques Dubreucque,

Dessin de D. Lancelot.

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